Apprendre mieux

Un blog de Bernard Lamailloux – ingénierie pédagogique et artistique

Bénéfique Manuscrit…


Il n’y a pas d’idée philosophique, si profonde ou si subtile soit-elle, qui ne puisse et ne doive s’exprimer dans la langue de tout le monde (Henri Bergson).

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Je voudrais vous parler aujourd’hui de « Maléfique manuscrit ! », un roman de Marie Agostini.

Marie Agostini est philosophe, enseignante et chercheuse. J’ai eu la chance d’assister à une de ses interventions en 2009 (j’en ai parlé dans un autre blog).

Elle anime également des ateliers de philosophie pour enfants dans une classe de CM2. Comme elle l’écrit elle-même, « Ces ateliers […] représentent un moment où les enfants ont la parole, où ils peuvent s’exprimer librement, où ils peuvent s’affirmer en tant qu’individus et sortir de l’indifférenciation générale dans laquelle ils sont noyés. C’est un espace où ils peuvent poser et identifier les problèmes que leur pose l’existence et y chercher une solution qui leur soit propre. » (source : http://www.mariedemarseille.com/atelier.html )

Pour elle, écrire des romans pour de jeunes lecteurs est une conséquence logique de son engagement.

Maléfique manuscrit !, son premier roman, a été publié par la maison d’édition « Rouge Safran ». (Illustration de Laurent André). Il est sorti en septembre 2009.

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Alors que sa classe visite le Préau des Accoules, à Marseille, Lou Valesca, une adolescente au caractère bien trempé, découvre le cadavre d’un homme : un certain Moreau, professeur d’histoire. Celui-ci semble avoir consacré ses recherches à un manuscrit inédit du XVIème siècle.La découverte de ce manuscrit serait-elle le mobile du meurtre ?

Ses amis, Chloé, petite scientifique en herbe, et Arthur, amateur d’histoire au cœur tendre, décident d’aider Lou à élucider ce meurtre.

Leur enquête les conduit à s’intéresser à l’histoire de la Provence et, plus précisément, à la période de la Renaissance.

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Avec mes deux plus jeunes enfants, nous avons  vraiment adoré ce livre à l’intrigue très prenante et aux personnages particulièrement attachants. Et en prime, nous avons appris beaucoup de choses !

Parlons de la place de Lenche, pour commencer. J’ai un peu connu cette place (quartier du Panier, à Marseille), dans une autre vie, surtout pour y jouer de la musique : c’était dans les années 1975-1980, un de mes amis musiciens avait l’habitude d’y jouer tous les soirs pour les clients des bars et restos de la place, il jouait de la guitare pour accompagner sa copine, qui poussait la chansonnette et passait le chapeau parmi l’assistance à la fin. Ensuite, la tournée finie, ils se produisaient tous les deux dans une espèce de café-crêperie pourvu d’un sous-sol au plafond magnifique, tout en voûtes et pierres apparentes, toujours sur cette place de Lenche (pas loin du théâtre). A la fin de leur prestation (c’est-à-dire au petit jour, le plus souvent), ils étaient payés « au bouchon », c’est-à-dire au nombre de bouteilles de cidre consommée par les « clients spectateurs ».

Pendant une semaine, mon ami ayant contracté une angine, je suis allé le remplacer pour qu’il puisse conserver son revenu et surtout sa place (en effet, en l’absence du barde habituel, les partons de bistrot ne s’encombraient pas trop de scrupules, et avaient tendance à dire oui au premier guitariste va-nu-pieds se présentant devant leur boutique à l’heure où ça rapporte, celui-ci devenant ipso facto le nouveau « titulaire », si l’on peut dire…)

Je me suis donc mis en devoir de jouer les guitaristes intérimaires pour la copine de mon ami (le temps que celui-ci se refasse une santé), c ‘est dire si j’ai eu l’occasion de parcourir la place de Lenche dans tous ses recoins ! Eh bien en lisant ce livre j’ai appris une chose qui m’a beaucoup touché : il se trouve que cette place n’est ni plus ni moins que… l’ancien agora de Marseille ! Bon, je sais, aujourd’hui, cette information figure certainement quelque part sur la place elle-même, mais justement, j’ai grandi à Marseille, j’habite maintenant à 70 kilomètres de cette ville, mais jamais je n’y suis retourné « en touriste »… Je prends d’ailleurs a résolution de réparer cet oubli !

Dans le livre de Marie il y a plein de passages qui valent leur pesant d’or : les réflexions des enfants, par exemple, m’ont parfois fait hurler de rire, comme lorsqu’ils s’offusquent des questions archi barbantes dont les profs ont parfois le secret (…quand ces profs s’ingénient à rendre ennuyeuses les choses les plus passionnantes). Alors que nos petits héros se demandent pourquoi il ne vient jamais à leurs enseignants d’en poser de toutes bêtes, de questions, comme (je cite Marie) « A quelle heure commencent les épisodes des Simpson ? ». C’est bien simple: mes propres enfants (qui pourtant ne manquent pas de ressources) n’auraient pas trouvé mieux… D’ailleurs je soupçonne fortement la jeune dame d’avoir piqué cette phrase à un de ses élèves au cours d’un de ses  ateliers…

Dans un même ordre d’idées,  la question de savoir pour quelle raison nous apprenons l’histoire quand nous sommes à l’école  est soulevée dans un passage de ce livre. Eh bien Marie place cette réponse, tout à la fois percutante et ingénue, dans la bouche d’un de ses petits héros : « On apprend l’histoire pour pouvoir sortir la date de Charlemagne au Trivial Pursuit ». Quand je vous dis que ça vaut son pesant d’or…

Tout le reste est à l’avenant… on comprend tout de suite qu’on a affaire à une personne qui s’intéresse vraiment aux autres… C’est terrible, mais je me souviens très bien qu’un de mes professeurs de lycée nous avait dit en début d’année « Je sais très bien que j’ai parfois l’air de sortir d’un vieux cadre poussiéreux… eh bien soit, qu’à cela ne tienne, j’assume parfaitement, vous me verrez donc sortir quelquefois de mon vieux cadre poussiéreux. C’est ainsi ».

Marie Agostini, quant à elle, tout en poursuivant son activité de recherche en philosophie et en sciences de l’éducation, n’est absolument pas en-dehors de ce qu’on appelle la vraie vie et les vraies gens, contrairement à ce que j’ai pu constater avec effroi  chez quelques-uns de ses congénères. Pour nous faire toucher du doigt (ainsi qu’aux enfants dépeints dans le roman) la notion de « nous ne sommes jamais sûrs à cent pour cent de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas »… pour nous faire mieux comprendre cette notion, donc, elle n’hésite pas à faire référence au film Matrix !

Je dois hélas à la vérité d’avouer avoir côtoyé nombre de savants de broussaille qui feraient à coup sûr des mines de chat offusqué en constatant qu’un enseignant peut avoir recours à des « références aussi triviales ». C’est que, que du haut de leur suffisance, ils n’ont rien compris à ce qui fait l’essence des choses, alors qu’à mes yeux Marie est tout simplement tombée dedans quand elle était petite, pour ne plus jamais en ressortir depuis.

Dans cet ouvrage, nous apprenons aussi énormément de choses sur l’histoire de la Provence (par exemple, la cathédrale de la Major, que dans mon enfance nous appelions « la grosse abeille » à cause de ses rayures pas vraiment décoratives, a été construite sur l’emplacement d’une cathédrale plus ancienne, comme en témoignent les quelques fragments de mur en calcaire rose de La Couronne qu’on peut y trouver).

La philosophie y occupe bien entendu une place de choix. Le mythe de Teuth, dont j’ai déjà parlé ici à propos du développement d’internet, y est par exemple présenté d’une manière accessible et attrayante.

Enfin, cette histoire est parsemée d’un certain nombre de débats de classe (ah… on sent bien que c’est du vécu !) qui sont autant d’occasions de soulever des questions qui à mes yeux vont très loin, mais – toujours pareil – sans jamais avoir l’air d’y toucher.

Normal : chez les vrais artistes, l’effort et le travail ne se voient jamais !

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2 réflexions sur “Bénéfique Manuscrit…

  1. Le , Francoise ta cousine a dit:

    Coucou Bernard,
    Je ne connais pas Marseille, mais tu m’as donné envie de lire ce livre… et peut etre de le faire lire à mes petits neveux.
    Bises
    Françoise

  2. Salut Bernard,

    Comme tu le sais, j’ai aussi vécu à Marseille. Bien que je ne sois pas nostalgique, je me souviens du J4 où j’allais taquiner le gobi, je me souviens d’une petite librairie derrière les Réformés où celle qui allait devenir ma compagne, m’a offert le Seigneur des Anneaux, dans la version gros livre chez Pauvert. Aujourd’hui ce livre trône sur l’étagère du haut de ma bibliothèque ; les autres livres le respectent. Ils savent qui il est vraiment. Je me souviens de la patisserie en haut de la Canebière où j’achetais des part de tarte à la poire qu’on engloutissais comme des affamés. Il est vrai que nous parcourrions notre ville en quête de nouvelles aventures. Je me souviens du marché aux livres et aux disques du cours Lieutaud où je me rendais en pélerinage tous les samedi. Combien de trophés ramenés et de découvertes les plus improbables. Je me souviens de la rue Breteuil et de son cinéma où j’ai passé des nuits en enchainer les chefs d’oeuvre et les séries B. Marseille c’était aussi cela et bien plus encore.

    A bientôt, Denis

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