Apprendre mieux

Un blog de Bernard Lamailloux – ingénierie pédagogique et artistique

Archives mensuelles de “septembre, 2013”

Les jeux psychologiques : le principe

Bonjour,

L’article de la semaine dernière vous présentait un étrange bestiaire marin, métaphore de la condition humaine, où figuraient carpes, requins et autres dauphins… je vous ai même parlé d’un animal hybride que j’appelais le requin déguisé en dauphin.

Un des commentateurs a évoqué une situation où un « requin déguisé » joue à « Je voudrais tellement que tu m’aides, je suis certain que tu le peux« , avec une idée derrière la tête : celle de mieux mettre tout son petit monde en échec par la suite.

Typiquement , il s’agit là de ce qu’Eric Berne (fondateur de l’analyse transactionnelle) appelle un jeu psychologique.

Qu’est-ce qu’un jeu psychologique ?

Dans son ouvrage « Des jeux et des hommes« , Eric Berne définit le jeu psychologique comme « le déroulement d’une série de transactions cachées, complémentaires [entre plusieurs protagonistes], progressant vers un résultat bien défini, prévisible ».1 .

Quelques exemples de jeux

En fouinant un peu sur le net, j’ai fini par tomber sur un clip vidéo étonnant, constituant une excellente introduction aux jeux psychologiques par l’exemple. C’est présenté par… Gérard Jugnot !

Plusieurs jeux décrits par Eric Berne y sont ici répertoriés et explicités. je trouve que cela vaut toutes les démonstrations, je vous laisse regarder ça:

La semaine prochaine je vous donnerai de plus amples informations sur le sujet. Comme vous le verrez, toutes nos salles de cours, salles de formation, et plus largement l’ensemble de nos lieux de travail… et de vie quotidienne (y compris la vie de couple ou la vie de famille) sont le théâtre quotidien de ces jeux psychologiques. En prendre conscience, c’est déjà le début d’un moyen d’espérer y échapper un jour pour… du mieux !

C’est tout le bien que je nous souhaite.

Bien à vous,

Bernard

filet

1. [D’autres renseignements fort utiles sur ce sujet sont fournis par le site analysetransactionnelle.fr , où ces concepts (…et beaucoup d’autres !) sont décrits et détaillés de manière très pédagogique, documentée, complète.]

Un nouvel animal sorti des abysses du développement personnel : Le requin déguisé en dauphin

Bonjour,

Vous savez que je m’intéresse depuis longtemps au développement personnel, et à ses applications en situation de formation. Car une situation de formation revêt souvent les aspects d’un petit théâtre dans lequel chacun des participants va venir se glisser, fût-ce malgré lui, dans la peau d’un personnage écrit il y a bien longtemps. Quel personnage ? Celui qui nous correspond le mieux, ou encore celui dont nous nous sentons le plus proche. En général, ces comportements sont croqués à merveille par nos amis les illustrateurs, comme en témoigne l’image ci-dessous.

Les participants comme le formateur les voit

Les participants comme le formateur les voit

Cette image provient d’un de ces documents photocopiés et re-photocopiés des dizaines de fois, et donc piquetés de mille pattes de mouches parasites. Il est de ceux qu’on fait circuler dans les bureaux à l’heure de Caméra-Café, et qu’on affiche volontiers dans la salle qui a des couattes… J’en ai récupéré un exemplaire que j’ai patiemment restauré à la palette graphique. J’ignore totalement l’identité de l’illustrateur de génie qui a pris sur le vif cette « photo plus vraie que nature »… Comme j’aimerais pouvoir le féliciter !

Un jour, un collègue formateur m’a même fait remarquer ceci : « Non seulement tous ces personnages existent, mais regarde bien, ils sont en général répartis géographiquement dans la salle de formation de manière rigoureusement identique à la photo ! Il s’agit  donc bel et bien des participants…comme le formateur les voit ! ». Et le pire c’est que je suis complètement d’accord ! Faites donc le test lors de votre prochaine session, vous m’en direz des nouvelles !

Le triangle dramatique : une configuration qui ne date pas d’hier…

Depuis fort longtemps, les comportements humains ont ainsi fait l’objet de métaphores animales.

Ainsi, Le Triangle Dramatique, dit aussi Triangle de Karpman, est une célèbre figure qui nous a été apportée par l’Analyse Transactionnelle. Cette fameuse figure du triangle met en évidence un scénario relationnel typique entre trois archétypes, trois personnages, trois rôles, si vous préférez, qu’on a pris l’habitude d’illustrer par des animaux :

Le requin

C’est un persécuteur… Il parle souvent à la 2ème personne (employant volontiers un « tu es… » particulièrement culpabilisant). Il adore critiquer le travail des autres, ne se montre jamais compatissant, et ne connait pas la tendresse (puisqu’il n’en exprime pas, il n’en reçoit pas non plus en retour… dans le meilleur des cas, il doit se contenter de marques de soumission). Ce rôle est souvent adopté spontanément par des personnes qui, depuis l’enfance, ont accumulé beaucoup de frustrations et ont pris le pli de les faire payer aux autres (…tous les autres, c’est bien là le problème !). Sa plus grande crainte : tomber sur plus requin que lui, ce qui cause chez lui un état de stress plus ou moins permanent.

La carpe

C’est une victime… qui a tendance à « rester toujours au fond du bassin », dans la douillette pénombre où, croit-elle, les dangers auront moins de chance de l’atteindre. Elle ne combat jamais, mais subit, cherchant avant tout à ne pas faire de vagues, et adopte volontiers une posture excessivement prudente, voire méfiante à l’égard de tout et de de tous (employant souvent les tournures impersonnelles, de type « On m’a dit… »). N’oublions pas toutefois que toute victime peut avoir une part de responsabilité dans le fait même d’être victime, ou de le rester. Du coup, ce rôle ne comporte pas que des inconvénients : mine de rien c’est aussi une manière particulièrement efficace d’attirer l’attention sur soi. Celle du persécuteur, bien entendu… mais pas seulement. Car toute victime qui se respecte (…façon de parler, hein ?) véhicule  également un appel au soutien. C’est là qu’intervient l’animal suivant :

La carpe pseudo-éclairée

C’est un sauveur… Son occupation favorite consiste à accourir vers une carpe-victime, dont il est capable d’entendre l’appel avec une incroyable acuité… au point d’être capable de devancer ! Ensuite, il s’emploie aussitôt à porter secours à ladite carpe-victime en lui prodiguant de bons conseils, pétris de bons sentiments et de « moi, à ta place… ». Il se positionne donc clairement contre le requin, et dans le même camp que la carpe-victime. Une de ses incarnations les plus représentatives est le ou la collègue de bureau à qui on a l’habitude de raconter tous nos petits malheurs.

Ce rôle peut revêtir quelques aspects gratifiants d’un point de vue narcissique, mais en même temps, il place mécaniquement l’autre dans une position d’incapacité (« …Mes pauvres enfants, que feriez- vous sans moi ?… »). Pour justifier son existence, la carpe-illuminée-sauveur se trouve  donc toujours plus ou moins contrainte de se mettre en quête, à défaut de moulin à vent, d’un requin-persécuteur (requin qu’elle pourra désigner sous le vocable du méchant, de l’étranger, de l’ennemi de classe… faites votre propre marché, les possibilités sont infinies !). Mais ses besoins ne sont pleinement assouvis qu’après qu’il ait également pêché au moins une carpe-victime à sauver, et pour laquelle notre sauveur entend bien se « sacrifier », si nécessaire.

Sacrifice, le mot est lâché. Sans parler du mythe des super-héros (vieux comme le monde), il est à noter qu’une éducation empreinte de bonnes intentions politiques ou religieuses peut dans certains cas contribuer à semer le trouble dans les esprits avec cette notion de sauveur, particulièrement dans nos civilisations judéo-chrétiennes, mais pas seulement. Malheureusement, ne s’improvise pas Jésus, Bouddha ou Gandhi qui veut ! D’où d’amères déceptions chez celui qui croit sincèrement ne rien attendre des autres en retour de ses propres largesses, mais n’a pas vraiment le tempérament adéquat. Le cas échéant, il pourra se reconnaître à chaque fois qu’il prononcera la phrase caractéristique de  tout sauveur déçu : « …Après tout ce que j’ai fait pour lui/elle/elles/eux ! ».

On tourne diablement en rond dans ce bassin…

Plusieurs chercheurs ont démontré qu’en général, si une personne utilise un de ces rôles (par exemple la carpe-victime), elle entraîne de facto l’autre à jouer un des deux autres rôles complémentaires (dans notre exemple : la carpe-illuminée-sauveur ou le requin-persécuteur), comme si toute situation de communication (spécialement quand ça se passe mal) tendait à nous « aimanter » tôt ou tard à l’un de ces trois pôles d’attraction.

Le pire, c’est que ces trois rôles peuvent finir par se mélanger… Et c’est là que ça peut devenir franchement malsain. Ainsi, lorsqu’une personne se sent victime, elle se comporte aussi peu ou prou elle-même en persécuteur, à chaque fois qu’elle cherche à solliciter l’attention des autres avec ses problèmes, voire à les amener à entrer plus ou moins dedans… D’où l’aphorisme bien connu « Qui de rien ne se mêle de rien ne se démêle« .

Par ailleurs, un sauveteur, même sincère, ne pourra et ne saura que nous porter secours en nous apportant ce qui serait bon pour lui s’il était dans la même situation (« moi, à ta place… »). Or, en tant que personne bien distincte de nous, rappelons-nous (et au besoin rappelons-lui)  qu’il n’est PAS à notre place !

C’est ainsi qu’on entend souvent dire que les trois rôles de victime, sauveur et persécuteur sont étroitement liés, et forment une triade. Et toute communication se trouve pour ainsi dire perturbée lorsque les protagonistes adoptent ces rôles plutôt que d’exprimer réellement leurs émotions et leurs idées, sans être pollués par le chant de toutes ces sirènes (marrant ça… encore un animal marin !).

À y regarder de plus près, ce fameux triangle persécuteur/victime/sauveteur n’est jamais qu’une zone de subir et de faire subir. Cela fabrique à foison victoires, défaites, mais aussi trahisons et autres coups de théâtre, avec tout leur cortège de frustrations, culpabilités, ressentiments et autres besoins de vengeance qui d’une manière ou d’une autre ne font qu’aggraver les choses… Or, pour qui veut vraiment faire avancer les choses en question, il est souvent légitime de vouloir chercher à sortir de ce triangle maléfique.

Arrivée plusieurs décennies après l’Analyse Transactionnelle, la PNL (technique de développement personnel élaborée par Richard Bandler et John Grinder dans les années 70, aux États-Unis) nous en fournit une possibilité, en reprenant à son compte les trois personnages du triangle dramatique, et en y ajoutant…

Le dauphin

Ce personnage s’efforce d’agir en médiateur… Ayant attentivement étudié le fonctionnement des trois personnages du triangle, il va s’efforcer de ne pas tomber dans ce piège, pour adopter une posture positive, réaliste, dans un souci d’assertivité (c.-à-d. respecter l’autre tout en se faisant respecter soi-même). Voici quelques préceptes qu’il s’efforce d’appliquer :

  • Le dauphin-médiateur tient à tout prix à sortir du triangle, qu’il considère comme une zone de « subir » et de « faire subir ».
  • Il a des idées positives. Sans être utopique, il sait qu’il a du pouvoir pour faire bouger les choses à son niveau. Sachant cela, il agit (pendant que tant d’autres parlent).
  • Il a des objectifs précis, et il sait où il en est par rapport à ça.
  • Il sait garder sa place, et remettre l’autre à la sienne si nécessaire (…comme ces deux mots sont importants !)
  • Il a confiance, alors que les autres personnages sont dans la peur (…de se faire détruire).
  • Il a choisi l’action plutôt que la réaction, la réflexion plutôt que le réflexe.
  • Il a choisi… tout simplement. Il sait que choisir, c’est accepter de perdre. Et qu’accepter de perdre c’est être libre.

Voilà pour l’essentiel. Sachez en outre que ce quatrième animal n’a pas été choisi au hasard, mais plutôt en raison du comportement qu’il semble avoir vis-à-vis de ses congénères, et également avec nous autres les humains, depuis des temps immémoriaux. Mais cela ne s’arrête pas là. Ainsi, on raconte que dans les mers, lorsqu’un dauphin se trouve face à un requin qui entend… disons lui porter tort, l’issue du combat ne fait jamais de doute : c’est toujours le dauphin qui gagne ! L’autre terreur a beau exhiber ses quatre rangées de dents aussi redoutables que tranchantes, cela ne lui sert strictement à rien, puisque le dauphin pratique comme personne l’art de l’aïki(bu)do des mers, et sait tuer un requin en un éclair en lui appliquant un coup mortel au foie à l’aide de son rostre (museau). Ensuite, il retourne vaquer tranquillement à ses occupations, comme si de rien était. Quelle classe ! Pas de remous inutile, jamais la moindre manœuvre d’intimidation, et en même temps, si on le cherche, on le trouve 🙂

Ouh là là, que tout cela se complique !

Mettez-vous à ma place : moi qui me croyais tranquille après avoir étudié plusieurs ouvrages, puis suivi moultes stages, conférences et autres séminaires portant sur l’analyse transactionnelle et ses trois animaux de base, voilà qu’un plongeon de deux années en immersion profonde dans l’univers de la PNL, au début des années 2000 m’a amené à remettre tout ce joli petit assemblage en question ! Ainsi donc, il n’y avait donc pas trois, mais quatre animaux symboliques dans le monde des relations interpersonnelles ! Bien entendu j’ai adoré l’histoire de ce dauphin, et n’ai eu de cesse que de lui ressembler… comme beaucoup de mes petits camarades de promo, d’ailleurs. Aujourd’hui encore, je m’efforce d’identifier mes propres postures à chaque fois que j’en trouve le moyen (« …Attention mon petit père, là tu fais clairement ta carpe/ton requin/ton sauveur »). Du coup, je m’efforce en toutes circonstances de « coller », comme tant d’autres, au personnage du dauphin, dans la mesure de mes possibilités, car il est de loin, à mes yeux, le rôle le plus difficile à tenir dans le théâtre de la vie, mais aussi le seul qui en vaille vraiment la peine…

Donc, fini les trois animaux, il y en a donc bien quatre. Soit. Mais là où vous allez rire, c’est que depuis lors, je me suis tellement bien habitué que j’ai fini par découvrir… un cinquième animal !

Un 5e personnage…

On a vu que, déjà, le personnage du dauphin, à l’inverse des trois premiers, procède une intention précise issue de l’observation des personnages existants, et non pas d’une simple posture « en réaction » par rapport à l’entourage : Cela peut se résumer ainsi : « J’ai bien compris en quoi les rôles de persécuteur, victime et sauveteur sont tôt ou tard néfastes pour moi et pour les autres, j’aspire et surtout je crois à un équilibre possible entre l’affirmation de soi et le respect d’autrui, et je choisis ,en conscience d’adopter cette posture du dauphin, à chaque fois que j’en aurai la présence d’esprit, même si je suis conscient que ce n’est pas gagné. Je choisis cette posture parce qu’elle correspond à des valeurs que je partage pleinement« .

C’est là qu’intervient un autre outil PNL :

Le Virus de pensée.

Le virus de pensée, comme son nom l’indique, est avant tout une chose qui se propage. Une sorte de petit ver qui vient s’insinuer dans notre grosse pomme de tête, et qu’on on a toutes les peines du monde  à identifier, puis à déloger. Les deux principaux virus de pensée connus et répertoriés sont « Y en aura-t-il assez pour moi ? » et « Suis-je aussi fort que… ? ».

Le premier virus, « Y en aura-t-il assez pour moi ? », dit complexe de l’aîné, survient lorsqu’un nouvel enfant paraît dans une famille, et que son ou ses aînés se retrouvent comme « détrônés » de l’attention centrale dont ils jouissaient auparavant. Du coup, on se sent en droit de se demander si on va désormais en avoir autant que l’autre. Autant de  quoi ? …D’amour, d’affection, d’attention, de nourriture, d’autorité, de pouvoir, de ressources minières, d’accès à la mer… Faites votre choix, la liste est infinie.

Le deuxième virus, « Suis-je aussi fort que… ? », dit complexe du cadet, s’attaque en général au « dernier arrivé » dans une famille, une entreprise, une institution internationale, un groupe social quelconque… À tort ou à raison, ce nouveau venu s’imagine parfois qu’il va lui falloir veiller âprement au grain pour se tailler, si nécessaire à coups de machette, la place qu’il croit naturellement lui revenir (…à tort ou à raison, encore une fois). C’est ainsi qu’il peut se retrouver obsédé par la lancinante question du « Suis-je aussi fort que… ? ». Fort (…ou pourvu) en quoi ? Là aussi, faites votre marché, tout est bon à saisir en fonction de votre humeur ou de vos frustrations, qu’il s’agisse d’amour, d’affection, d’attention, de nourriture, d’autorité, de pouvoir, de ressources minières, d’accès à la mer… Faites votre choix, la liste est… rigoureusement la même !

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que certains chercheurs s’intéressent aux virus de pensée à tous les niveaux… y compris dans les négociations internationales (après tout, il s’agit là d’une grille de lecture de la géopolitique pas spécialement plus inadaptée que les autres…).

Ils sont partout, ces gens-là…

Si c’était encore nécessaire, rappelons qu’en cette période d’incertitude et de crise des valeurs, il se trouve en ce bas monde de plus en plus de personnes attirées par le domaine du  développement personnel (que ce soit l’analyse transactionnelle, l’art-thérapie, le coaching, la communication non violente, l’ennéagramme, l’hypnose, la méthode Coué, la programmation neurolinguistique (PNL), le qi gong, la relaxation, le rêve éveillé, la scénothérapie, la sophrologie, le training autogène, le yoga, et des dizaines d’autres). D’une certaine façon, cela peut leur donner l’impression d’avoir, disons une certaine « longueur d’avance » dans leur vie de tous les jours, pour communiquer avec les autres dans un état d’esprit où respect, bienveillance, tolérance, et encore une fois prise en compte de nos propres besoins et de ceux de notre alter ego trouvent toute leur place.

À une condition toutefois : celle d’avoir fait suffisamment de chemin pour avoir intégré, digéré, et mis à profit tous les bienfaits qu’on peut attendre de telles pratiques dans une compréhension sincère de nos intérêts mutuels et réciproques. Faute de quoi, ils risquent fort de se comporter de manière aussi inconsidérée que ces savants fous qui commandent des machineries infernales dont la portée réelle leur échappe. Du même coup, ils accréditent chez leurs semblables l’idée que tout ça, c’est uniquement fait « pour mieux manipuler les autres »… Ce qui est particulièrement dommageable (Cf. le paragraphe intitulé « Les bouchers et les criminels » dans cet article, paru récemment ici sur un sujet connexe).

Le cinquième personnage : un requin déguisé… en dauphin !

Lorsque toutes ces conditions de saine et juste compréhension ne sont pas réunies, et Dieu sait que c’est hélas encore trop souvent le cas, la personne en question n’aura aucun scrupule à utiliser toutes ces techniques à son seul profit, à des fins de manipulation et, cerise sur le gâteau, sans même avoir l’air d’y toucher ! Et si elle-même se trouve atteinte par un virus de pensée, alors là c’est le pompon, cela ne fera qu’aggraver les choses. En pareil cas, elle passera très vite maître dans l’art de semer autour d’elle de la culpabilité, du ressentiment, de la mésentente, ainsi que et tout un tas de sentiments désagréables et surtout improductifs (rien n’est plus contagieux qu’un virus de pensée… je vous aurai prévenus !), tout ceci afin de mieux lui permettre d’avancer elle-même, pendant ce temps, ses propres petits pions sur l’échiquier de la vie, en toute tranquillité, au besoin avec la main sur le cœur, tel un requin pourvu des toutes nouvelles armes du marché. Avec, en prime, un cynisme dont elle n’aura parfois même pas conscience, forte qu’elle sera du sentiment de mériter à elle seule tous les droits du monde, toute à son sentiment d’être dans un en état de « manque menant à de l’avidité » perpétuel. Ces destructeurs malheureux n’en ayant jamais assez, ils pratiquent volontiers le culte du « toujours plus ». Étrangement, d’une manière paradoxale, cela provient le plus souvent d’une croyance limitante dans leurs propres capacités (voir la légende des deux oasis…).

À l’image du Grand Vizir Iznogoud, les requins déguisés en dauphins endossent volontiers les habits de ce petit personnage de bande dessinée dont l’obsession était très précisément « …d’être calife à la place du calife », et qui, prêt pour cela à commettre les pires infamies et turpitudes, se retrouvait souvent la risée de tous. Quand il s’en rendait compte, cela ne faisait que le rendre encore plus teigneux et irascible… Ensuite il retournait comploter avec ses sbires, toujours au service de sa stratégie de bazar…

On m’a assuré que ces individus pullulent dans les sphères du pouvoir, et qu’en certains cas il en est qui arriveraient ainsi à se hisser jusqu’aux plus hautes fonctions, voire à s’y maintenir. Mais cela a sans doute dû se produire sous d’autres latitudes, parce que là, non, franchement, je ne vois pas… 🙂

Rentrée 2013 : cet animal semble vouloir coloniser la planète… Que font les écolos ?

Étrangement, depuis cette période de rentrée, il m’a été donné de voir poindre le nez de plusieurs de ces requins déguisés en dauphins. En général je les vois arriver à trois kilomètres et ils ne m’impressionnent nullement. Mais il m’est arrivé d’être bien malgré moi le témoin des dégâts qu’ils occasionnent auprès de mes semblables…

Je m’en suis ouvert à nombre de mes amis, collègues, contacts et autres petits camarades du net. Apparemment, la plupart d’entre eux semblent partager mon sentiment. L’un d’eux (David Faessler) m’a même tout récemment répondu (texto) que la prolifération de ce genre de calife devient inévitable, au point qu’il est impossible de croiser une personne n’en ayant jamais rencontré ! Le pire étant qu’on les retrouve parfois dans des postes hiérarchiques et stratégiques des entreprises, là où cela fait le plus de dégâts (sic).

Hélas, curieusement, malgré cette apparente convergence de points de vue, je n’ai jusqu’à ce jour trouvé mention de cet animal nulle part, dans aucune nomenclature, taxonomie, ou autre inventaire. J’attends ce moment avec d’autant plus de jubilation et d’impatience que derrière ma petite lorgnette (…qui vaut ce qu’elle vaut, et vice-versa) j’ai la très désagréable impression que, depuis ces derniers temps, le requin déguisé en dauphin a nettement tendance à se reproduire à vitesse grand V et à envahir nos campagnes (pas seulement électorales) à une cadence vertigineuse. Ne serait-ce que pour cette raison, il mériterait largement de figurer à son tour au programme de tout bestiaire présenté dans un programme de formation en développement personnel (…pour ma part, je m’efforce systématiquement de le faire lors de mes interventions sur ce genre de sujets… cela me semble relever d’une question de salubrité publique). À mes yeux il y a toute sa place.

Mais bon, ce que j’en dis, hein ? …

Bien à vous,

Bernard

filet

…Avec une spéciale dédicace à Françoise et Addie, qui en d’autres temps m’ont initié à toutes ces merveilles, et que je ne remercierai jamais assez pour leur si précieux enseignement. Bien des années après, il m’a largement donné matière à l’écriture de cet article. Les sachant partageuses, je me suis donc permis 😉

La légende des deux oasis

oasis ou mirage ?

Un bédouin voit la générosité où vous percevez la stérilité et trouve la poésie dans tout : c’est plus qu’un nom, c’est un mode de vie.
http://vieetculturebedouine.blogspirit.com/

Quelque part dans le Sahara il y avait deux oasis distantes de quelques kilomètres. La première abritait une tribu qu’on appelait les bédouins souriants. Les bédouins souriants semblaient toujours contents de leur sort, avaient constamment le sourire aux lèvres (d’où leur nom) et faisaient la fête tous les soirs. Et quand ils n’avaient aucune raison de faire la fête, eh bien… ils en inventaient une !

Dans l’oasis voisine vivait une tribu bien différente. On appelait ses membres les bédouins mélancoliques. Les bédouins mélancoliques étaient tristes du matin au soir, puis ils se couchaient et faisaient des rêves tristes. Le jour, ils travaillaient dur, mais ne se sentaient pas récompensés de leurs efforts. Du coup ils ne faisaient jamais la fête, puisqu’ils n’avaient pas grand-chose à fêter. Au lieu de cela, ils faisaient le plus souvent… la tête. Et quand ils n’avaient aucune raison de faire la tête, eh bien… ils en inventaient une !

Cette différence de tempérament avait tout de même une explication bien concrète : l’eau. En effet, les bédouins souriants disposaient d’une source abondante leur fournissant à tout moment une eau fraîche, limpide et extraordinairement désaltérante. Au milieu de leur oasis, devant leur Place des Fêtes, ils avaient installé un ingénieux système comportant un tuyau se terminant par un robinet leur permettant de disposer de leur eau à volonté, tout en ayant la possibilité de l’arrêter quand ils n’en avaient pas besoin…

Les bédouins mélancoliques, quant à eux, ne disposaient d’aucune source dans leur oasis, ni même dans les environs, se trouvant ainsi contraints de parcourir de très longues distances sous le redoutable soleil du désert pour trouver matière à s’abreuver, faire boire leurs bêtes faméliques et arroser leurs maigres cultures. Ils étaient très malheureux de cet état de choses, mais s’y étaient résignés depuis longtemps.

Or, il se trouva que parmi les bédouins mélancoliques, un jeune homme répondant au nom de Baddûr décida un jour qu’il était grand temps de faire quelque-chose pour changer tout ça. Il avertit le chef du village qu’il allait se mettre en quête d’une solution pour se procurer de l’eau aussi facilement que le faisaient leurs voisins les bédouins souriants.

Le chef du village lui répondit qu’à son avis c’était peine perdue, mais que si Baddûr avait envie de se défouler, il n’y avait aucun mal à cela, du moment que cela ne se faisait pas aux dépens des autres. Souvent jeunesse est impétueuse, et il faut savoir lâcher un peu la bride…

Baddûr fut très heureux de recueillir l’assentiment du chef, et commença à réfléchir à un plan d’exploration. En fait, cela faisait longtemps qu’il y avait réfléchi : il avait tout simplement l’intention d’aller espionner le soir-même la tribu des bédouins souriants afin de tenter de percer leur secret.

Ainsi, à la nuit tombée, il partit se cacher parmi les roseaux bordant l’oasis voisine, afin de mieux observer les comportements de ces maudits bédouins souriants…

Ce qu’il vit alors le mit dans une rage folle : Un grand nombre de ces bédouins s’étaient regroupés près de leur source, et bavardaient tranquillement entre eux en attendant leur tour d’aller s’abreuver, tels de placides bureaucrates faisant tranquillement la queue dans la file d’attente de leur restaurant d’entreprise à l’heure du déjeuner. Certains avaient pris avec eux des récipients de formes et de contenances diverses, afin de pouvoir aller approvisionner leur famille tout de suite après. Près du robinet, un officiant était à la manœuvre, se contentant d’ouvrir et de fermer cet objet magique qui avait l’incroyable faculté de faire couler de l’eau à volonté.

– C’est trop injuste, maugréa Baddûr entre ses dents pour ne pas se faire entendre depuis sa cachette… Dire que tous ces gens bénéficient d’une quantité d’eau illimitée, et ceci sans fournir le moindre effort !…

Il resta ainsi tapi dans les roseaux jusqu’à ce que tout ce petit monde soit retourné se coucher (ce qui représentait un temps très long à cause de la fête…), puis il se faufila sans bruit jusqu’au robinet. Utilisant un coutelas qu’il avait pris soin d’emporter avec lui, il entreprit de trancher le tuyau d’eau juste en-dessous du robinet, puis, une fois son forfait accompli, repartit en toute hâte avec son robinet sous le bras. Dans sa précipitation, il ne s’était pas inquiété du fait que le tuyau sectionné s’était mis à couler… peu lui importait, il s’était emparé de l’objet magique, et entendait bien en faire profiter toute sa tribu au plus tôt.

C’est ainsi que de retour dans son oasis, il courut devant toutes les tentes, en criant que ça y était, et que tout le monde allait désormais pouvoir boire jusqu’à plus soif. Les gens n’avaient qu’à se munir du récipient de leur choix, puis venir le rejoindre au-milieu de la Place des Têtes…

Les bédouins mélancoliques n’étaient pas très contents d’être ainsi réveillés en pleine nuit, mais enfin, puisque Baddûr leur disait qu’il avait réussi, ils finirent tout de même par s’exécuter, juste au cas où…

Pendant ce temps, Baddûr, tout excité, s’était installé au beau milieu de la place, muni de son robinet, qu’il refusait obstinément de faire fonctionner tant que tous les habitants de l’oasis ne seraient pas rassemblés devant lui. On alla donc secouer les derniers paresseux et autres sceptiques, et lorsque la tribu se retrouva au complet, tous retinrent leur souffle…

Il est facile de deviner qu’au moment où Baddûr se mit en devoir de faire fonctionner son robinet miraculeux, seules quelques gouttes jaillirent, puis le phénomène cessa aussitôt, et plus aucune goutte n’accepta de tomber de ce soi-disant objet magique. Tout le monde retourna donc se coucher en maugréant, non sans avoir décoché au passage un regard lourd de reproches à l’intention de l’intrépide mais bien inconséquent Baddûr.

Celui-ci se fit tout petit face à l’hostilité ambiante, puis une fois seul, sans s’appesantir davantage sur sa déconvenue, il entreprit d’aller de l’avant et de modifier son plan d’action. « Il doit sûrement y avoir un détail qui m’échappe, se dit-il. Dès demain soir, je retourne là-bas pour voir de quoi il retourne exactement ».

Et c’est exactement ce qu’il fit. À sa grande surprise, vingt-quatre heures seulement après son forfait, alors qu’il occupait de nouveau son poste d’observation tapi dans les roseaux, il eut la surprise de constater que tout semblait réparé. Au beau milieu de la Place des Fêtes des bédouins souriants, un robinet flambant neuf était en fonction, et régalait tout le monde de son eau bien fraîche.

« Alors ça c’est bien la meilleure, se dit-il… Leur robinet fonctionne à merveille, contrairement au mien. » Il ne comprenait vraiment pas où son raisonnement avait pu coincer. Il tenta d’observer la scène plus attentivement, et au bout d’un moment, son regard s’illumina : « Bon sang mais c’est bien sûr, se dit-il, il ne sert à rien d’avoir un robinet si on n’a pas de tuyau… C’est bel et bien le tuyau qui fait tout ! Comment ai-je pu ne pas y penser plus tôt ? ».

De nouveau, il demeura tapi au milieu des roseaux jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne en vue (ce qui était encore plus long que la veille, car les bédouins souriants semblaient fêter le retour de leur robinet avec un enthousiasme redoublé…). Enfin, après le départ des derniers fêtards, Baddûr put se faufiler sans bruit jusqu’au nouveau robinet. Cette fois-ci, pas fou, il prit bien garde de trancher le tuyau d’eau juste au niveau du sol, puis, une fois son forfait accompli, il repartit en toute hâte avec son ensemble « robinet + bout de tuyau » sous le bras. Et cette fois-ci, il entendait bien que sa tribu entière puisse enfin réaliser quel jeune homme astucieux il était vraiment (…et par voie de conséquence bénéficier ainsi de ses talents).

De retour dans son oasis, il retourna successivement devant toutes les tentes, et affirma haut et fort que cette fois-ci ça y était pour de bon, et qu’on allait voir ce qu’on allait voir.

Effectivement, les bédouins mélancoliques tirés de leur sommeil pour une deuxième nuit virent ce qu’ils virent, c’est-à-dire pas grand-chose. Cette fois-ci, le premier de la file d’attente put effectivement remplir un demi-gobelet d’eau (à cause de la petite quantité subsistant dans le bout de tuyau), puis la coupure d’eau de la veille se produisit de nouveau avec une tranquille obstination, et bientôt tous furent bien obligés de constater qu’encore une fois l’eau refusait définitivement de couler.

Cette fois-ci Baddûr ne dut son salut qu’à la rapidité de ses jambes : en effet, tous les villageois s’étaient mis à sa poursuite tout en hurlant des choses dépassant de très loin le strict cadre de leur mélancolie habituelle. Le chef de l’oasis joignit même sa voix à celle de ses administrés pour signifier à Baddûr qu’il était banni à jamais du village, et que jamais plus on ne devait le revoir passer à moins de 50 kilomètres de l’oasis des bédouins mélancoliques, à moins qu’il ne tienne absolument à ressembler à un méchant morceau de tuyau découpé en fines rondelles…

Baddûr en conçut une immense tristesse. Il s’était fourvoyé sur toute la ligne. Lui qui avait voulu percer le mystère de l’eau (…et du sourire), voilà qu’il était condamné à errer à tout jamais, à quémander sa pitance très loin, au fin fond du désert, et surtout à se passer du contact de ses semblables si ingrats, mais bon, il fallait les comprendre aussi. Jamais il ne s’était senti mélancolique à ce point auparavant, et pourtant, question mélancolie il en connaissait un sacré rayon !

Au bout de trois jours de cette vie d’errance, il prit la décision d’aller se livrer aux bédouins souriants. « Puisque je n’ai pas été fichu de faire le bien, puisque finalement je porte tort à tout le monde, qu’ils fassent de moi ce que bon leur semble, dans tous les cas je l’aurai bien mérité. Peut-être m’autorisera-ton à réparer un tant soit peu les dégâts. Dans le fond, puisque je suis devenu un vaurien, ce ne sera que justice… ».

Cent fois il ressassa ces paroles sur le chemin de l’oasis des bédouins souriants, et lorsqu’enfin arrivé il se trouva devant leur chef, il les lui répéta sans en changer une virgule. Bien entendu, le grand chef des bédouins souriants ne comprit pas un traître mot de toutes ces explications contrites. Baddûr lui déclara alors :

– Vous avez certainement remarqué qu’un misérable chenapan s’est mis en tête de détruire votre installation d’eau potable, et ceci à deux reprises… eh bien ce misérable chenapan, c’est moi.

Puis, se prosternant à ses pieds, il ajouta :

– Faites de moi votre esclave, ou bien du tuyau en rondelles, ou ce que bon vous semblera, je l’ai bien mérité…

Au grand étonnement de Baddûr, le chef des bédouins souriants éclata alors d’un rire sonore. Ce rire se transforma même bien vite en fou-rire. Cet étonnant personnage se tapait bruyamment sur les cuisses, puis finit même par se rouler par terre, incapable de se contrôler. Tout ce bruit attira les autres villageois, auxquels leur chef parvient à grand peine à relater toute l’histoire, sans jamais cesser de hoqueter, et bientôt tout le village s’y mit, dans un joyeux tintamarre de rire collectif. Baddûr n’y comprenait rien. Il était devenu la proie des émotions les plus étranges qu’il eût connues de toute sa vie. Non seulement il ne lui arrivait pas de malheur, non seulement les foudres vengeresses n’avaient pas vraiment l’air de s’abattre sur sa pauvre personne, mais en plus, ses propres forfaitures, qui avaient provoqué la colère de ses concitoyens, ne faisaient que déclencher le rire de ceux qui apparemment en étaient les premières victimes ! C’était à n’y rien comprendre…

Lorsque le calme finit enfin par revenir, le chef s’essuya les yeux, le prit gentiment par l’épaule, et lui donna enfin les explications qu’il attendait.

– Tu vois, Baddûr, tu aurais mieux fait de venir tout simplement nous trouver, nous aurions eu grand plaisir à te venir en aide. Viens avec moi, je vais te montrer quelque-chose…

Puis, après avoir traversé la Place des Fêtes au milieu de laquelle brillait un troisième robinet qui avait tout l’air d’être parfaitement opérationnel, il entraîna Baddûr vers une espèce de réserve où étaient soigneusement rangés des quantités de robinets, de tuyaux de toutes tailles, d’outillage servant à creuser et à entretenir des puits, ainsi que toutes sortes d’objets de même farine.

Baddûr n’en croyait pas ses yeux. En même temps il n’était pas au bout de ses surprises. En effet, le chef lui annonça tout de go :

– Je vais te donner tout le matériel nécessaire pour que tu puisses toi aussi avoir de l’eau à volonté dans ton village.

Baddûr faillit en tomber à la renverse :

– De l’eau à volonté, dites-vous ?

Non seulement il ne lui arrivait rien de fâcheux, mais en plus on lui proposait de réaliser enfin son rêve… Il en était tout chamboulé, et en même temps avait du mal à y croire.

– …Mais, ô grand chef des bédouins souriants, même si, abusant de votre infinie bonté j’utilisais votre matériel, jamais je ne pourrai trouver de l’eau dans mon oasis, personne n’en a jamais trouvé !

– Mais bien sûr qu’il y a de l’eau dans ton oasis, c’est même certain ! Si c’est une oasis, c’est qu’il y a des arbres, non ? Et s’il y a des arbres, il y a forcément de l’eau ! Les arbres sont beaucoup plus malins que nous, ils savent toujours où l’eau se trouve. Si tu comprends ça, cherche près des arbres, tu trouveras forcément de l’eau, il te suffit d’être persévérant ! Allez, trêve de bavardages, prends donc ce matériel que je te donne et va-t’en donc creuser chez toi, tes amis en ont grand besoin !

Ainsi fit Baddûr. Il rentra nuitamment dans son oasis, afin de passer inaperçu, le temps de se mettre à creuser tout près des arbres. Cela lui prit un peu plus de temps qu’il ne l’aurait cru… plusieurs fois il faillit renoncer, mais le chef des bédouins souriants avait été formel : il faut choisir un endroit approprié, puis creuser, creuser, et creuser encore, dans un état d’esprit d’attente favorable, et à la fin on trouve forcément de l’eau.

Cela se produisit juste avant le lever du soleil. Tout d’abord du sable humide, puis une petite poche d’eau, puis la poche s’agrandit à mesure que le trou progressait. Le moment venu, Baddûr mit le tuyau en place, installa le robinet, et enfin amorça la circulation de l’eau dans le tuyau ainsi on le lui avait indiqué. Après avoir vérifié une dernière fois que tout fonctionnait parfaitement et que l’eau coulait en abondance, Baddûr remit le sable en place tout autour du tuyau. La fontaine de l’oasis des bédouins mélancoliques était née !

Lorsque les premiers villageois se levèrent, ils reconnurent Baddûr, qui semblait les attendre. Se demandant s’il convenait de le chasser, ils s’approchèrent de lui avec méfiance. Mais quand celui-ci leur donna enfin à voir un dispositif d’eau potable qui fonctionnait à merveille, ils changèrent d’attitude. Baddûr fut réhabilité sur le champ, et même porté en triomphe. Quelques jours plus tard, le chef du village faisait de lui son adjoint.

La mélancolie les avait quittés à tout jamais.

filet

Cette légende nous apporte au moins deux enseignements :

Le premier, c’est que vous avez en vous tout ce qu’il faut pour réussir. Tout ce dont vous avez besoin pour réaliser vos rêves, c’est de choisir un sujet approprié, puis creuser, creuser, et creuser encore, dans un état d’esprit d’attente favorable.

Le deuxième enseignement s’adresse à ceux dont la mission consiste à transmettre ou à enseigner quelque-chose : Si tel est votre cas, ne prenez jamais la grosse tête, même si vos élèves restent un jour pantois ou émus après une de vos démonstrations. Surtout, n’oubliez pas que vous n’êtes jamais que celui qui montre à l’autre comment fonctionnent un tuyau, un robinet, mais qu’au fond, cet autre-là n’utilise jamais que l’ eau, et d’une manière plus générale les ressources qu’il possède déjà, quand bien même vous l’aurez aidé à les découvrir.

En outre il est juste et honnête de le lui dire.

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