Apprendre mieux

Un blog de Bernard Lamailloux – ingénierie pédagogique et artistique

Archives mensuelles de “février, 2014”

Laissez tomber vos tours de table, préférez-leur la balle magique !

Arrêtez tout !Pour recueillir les attentes des participants dans diverses circonstances, par exemple au début d’une réunion ou encore d’une session de formation, un usage aussi vieux que les conseils d’administration veut qu’on ait recours à ce qu’on appelle le tour de table. Vous qui lisez ces lignes, il est fort probable que vous ayez une expérience de cet exercice de style plutôt convenu, conçu pour permettre à des personnes présentes dans une assemblée de se présenter, et/ou de donner leur avis sur un point quelconque. Voilà comment cela se passe le plus souvent :

L’animateur de la séance suggère que chaque personne présente s’exprime tour à tour, en suivant tout simplement l’ordre d’installation dans la salle ou autour de la table. On commence par régler la question du « On commence par où, la gauche ou la droite ? », et c’est parti comme en 14, chacun y va de son petit couplet. Quand il ou elle a terminé, la personne suivante enchaîne, et ainsi de suite jusqu’à la fin. C’est simple, carré, pratique… sauf que le plus souvent, cela ne sert pratiquement à rien. Pourquoi ? En voici une illustration, qui bien sûr n’engage que moi.

Pour ce qui me concerne en effet, à chaque fois que je suis « pris » dans un de ces fameux tours de table, je ne manque jamais d’admirer l’aisance verbale, et même corporelle, de nombre d’intervenants successifs, qui rivalisent de finesse, d’esprit, de sens de la rhétorique, d’esprit de synthèse, et parfois même d’humour ! Les trouvant tous plus beaux, intéressants, charismatiques et captivants les uns que les autres, j’ai donc tout naturellement à cœur d’être au moins aussi beau, intéressant, charismatique et captivant que les autres lorsque mon tour viendra, quoi de plus naturel en effet ?

Or, panique à bord, je ne suis pas du tout certain d’être à la hauteur, le moment venu. Heureusement, le moment en question n’est pas toujours pour tout de suite, selon le hasard des placements dans la salle. Du coup, constatant que – par chance – je dispose d’un peu de temps, j’en profite pour « préparer mes phrases », à l’image du playboy de boîte de nuit d’une vieille chanson de Cabrel[1]. Et voyez comme c’est bête, le fait même de préparer mes phrases me rend complètement incapable d’écouter en même temps ce que les autres sont en train de dire ! Si bien que, le plus souvent, si on me demandait de résumer ce qu’a dit chacun des autres participants, j’en serais tout bonnement incapable ! Avouez que c’est dommage…

Quelque-chose me dit même confusément que je ne dois pas être le seul dans ce cas-là. Du coup, je me garde bien de lancer moi-même quelque tour de table que ce soit. Lors de mes interventions en formation, par exemple, je le remplace toujours par…

…Une séquence de balle magique !

balle magique

Qu’est-ce que donc que cela ? C’est tout simple, et cela nous vient tout droit de la tradition du bâton de parole en usage dans de nombreuses tribus africaines. Il s’agit de prendre un objet symbolique (une petite balle en mousse c’est idéal, à défaut on peut froisser une feuille de papier en boule) qu’on appellera « balle magique ». Après avoir présenté la balle, je préviens l’auditoire que je vais bientôt lancer cette balle magique dans la salle, à destination d’un participant que je choisirai au hasard (j’avoue franchement que si une personne regarde le plafond, sa montre, ou encore consulte sa messagerie à ce moment précis, je me fais un malin plaisir d’influer un peu ledit hasard).

bâton de paroleLa personne qui se retrouve en possession de la balle magique prend alors la parole… et la garde le temps nécessaire. Nul ne peut l’interrompre (…à part l’animateur, exclusivement en cas de « dépassement du temps raisonnable » qui risquerait de pénaliser le reste du groupe. En pareil cas, il convient de se montrer déterminé, tout en y mettant les formes).

Lorsque la personne a fini de parler, elle jette la balle (de manière toute aussi « aléatoire » que moi il y a quelques instants) à la personne de son choix, qui récupère la parole en même temps que la balle… ainsi de suite, jusqu’à la fin. Vous verrez qu’en fin de parcours, la dernière personne à s’être exprimée a souvent le réflexe de « renvoyer la balle » à l’animateur[2], ce qui lui permet comme par hasard de « rebondir » sur ce qui vient d’être dit, selon l’expression consacrée… qui jamais ne s’est aussi bien appliquée (une balle magique a donc des rebondissements… magiques !).

Bien entendu, les participants à ce « tour de table d’un genre nouveau », sachant que leur tour va peut-être venir juste après (particulièrement pour les derniers d’entre eux !), ne veulent pas paraître « tomber des nuages » au moment où la balle leur tombera dessus… Du coup, par la force des choses, le plus souvent ce dispositif rend tout le monde beaucoup plus… attentif !

Que demande le peuple ?…

Bien à vous,

Bernard

***

Cet article sera repris dans ouvrage de conseils aux formateurs, à paraître au cours de l’été 2014 aux éditions DUNOD.

 


[1] « Samedi soir sur la terre ».

[2] …Dans le cas contraire, pensez tout de même à la récupérer !

Les émotions ont toutes une fonction bien précise

smiley optimiste

Bonjour.

J’ai récemment lu un article de la journaliste et blogueuse Sandra Coutoux intitulé « L’art d’être triste« . Dans ce très intéressant billet (il y a aussi des commentaires bouleversants…), il était question de « laisser libre cours » à une tristesse lorsqu’elle nous envahit, afin de nous permettre d’aller dans une sorte d’acceptation libératrice.

A mes yeux, on ne peut qu’être d’accord avec l’idée qu’il ne sert à rien de mettre sa tristesse au fond de sa poche, avec un mouchoir par-dessus… Les émotions sont comme l’eau  – et encore plus lorsqu’il y a présence de larmes – en ceci qu’elles finissent toujours par ressurgir d’une manière ou d’une autre lorsqu’on tente maladroitement de les endiguer.

Accueillir nos émotions…

Nous avons donc tout intérêt à accueillir, accepter nos émotions, donc. Pas de souci là-dessus. En revanche, il me semble qu’il y a au moins deux types de circonstances où on est triste (pour rester sur l’exemple de la tristesse):

Le premier est lié à un deuil. Deuil au sens large, perte de quelqu’un ou de quelque-chose, fin d’une étape de notre vie, séparation, renoncement, etc. En pareil cas, il me paraît bénéfique pour soi de chercher à identifier l’origine de la tristesse. Ce n’est qu’à ce prix que les larmes peuvent donner naissance à quelque-chose de positif pour nous.

L’irremplaçable Elisabeth Kübler-Ross…

La célèbre psychologue Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004) pionnière de l’approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie, et également pour leurs proches, a très bien décrit les différentes étapes qui doivent être franchies pour opérer une véritable transmutation personnelle (révolution intérieure, dirait sans doute Sandra… 😉 ) en cas de deuil. Elle a travaillé quasi exclusivement sur des cas dramatiques impliquant la mort (la nôtre, ou celle d’un de nos proches), mais je fais partie des nombreuses personnes persuadées qu’on peut se nourrir avec profit des écrits d’Elisabeth Kübler-Ross dans des cas infiniment plus anodins (du moins en apparence…) dans lesquels intervient ne serait-ce qu’une « petite mort symbolique ». Sans compter que tout deuil vécu nous renvoie inéluctablement à nos deuils passés.

Ainsi, certaines personnes vont consulter un thérapeute au motif que « …ce n’est pas normal de pleurer la perte d’un animal de compagnie pendant si longtemps », et découvrent bien vite qu’en fait elles ne s’étaient pas autorisées à pleurer leur défunt mari trente années auparavant, au motif « …qu’il fallait bien trouver un moyen de nourrir les enfants et que ce n’était pas le moment de se laisser abattre »… A l’image des trains, un deuil peut très bien en cacher un autre…

Identifions donc la source de notre tristesse, et nous trouverons forcément un chemin… un chemin qui peut être long, douloureux, mais enfin un chemin.

Les états dépressifs

Le deuxième type de circonstance provoquant une tristesse est lié à… un état dépressif. Par exemple, nous avons dû faire face à plusieurs événements ayant provoqué une tristesse, et nous avons comme attrapé une « pathologie de la tristesse », si bien que nous avons acquis la faculté d’être « triste sans raison ». Bien entendu je schématise… Si je suis triste sans raison pendant quelques heures, c’est peut-être que je n’ai tout simplement pas identifié la véritable raison, et peut-être est-ce sans importance… Mais si je continue ainsi pendant plusieurs jours, semaines, voire plus, c’est peut-être – je dis bien peut-être – que j’ai « attrapé la tristesse » comme d’autres attrapent un rhume, et que j’ai besoin de consulter un spécialiste pour m’aider à m’en défaire.

A mes yeux, toutes les émotions ont une fonction bien particulière. Ainsi, la fonction de la tristesse est de nous aider à faire un deuil (au sens large). Cette émotion est donc « adaptée » lorsqu’il y a perte, séparation, renoncement (fût-ce à un rêve ou à une illusion…).

Histoires de contextes

Mais il me semble qu’il peut également exister des contextes où une émotion n’est PAS adaptée. Je ne sais pas si vous vous souvenez du film « Le grand chemin », et particulièrement de la scène où Richard Bohringer crie à Anémone « Mais ça fait des années que tu pleures… y’en a marre à la fin, tu dois bien y trouver ton compte d’une manière ou d’une autre ! ».

Pour qui se souvient du film, et des circonstances dans lesquelles ce couple avait toutes les raisons de pleurer, il est difficile d’imaginer qu’un « bar à larmes » (lieu de réconfort imaginé par Sandra dans son article) aurait été d’un quelconque secours à cette malheureuse femme… bien au contraire. Toujours ces histoires d’enfers pavés de bonnes intentions… Soyons-y attentifs !

Et si nous croisions les fonctions et les contextes ?

Ainsi, les émotions ont toutes une fonction bien précise. Et sont donc « appropriées » à chaque fois que cette fonction « a de quoi être remplie », autrement dit, lorsque le contexte s’y prête. Attention, cela n’a rien à voir avec ce qui est socialement admis ou pas. Je parle juste ici d’écologie personnelle (Qu’est-ce que j’y gagne… Qu’est-ce que j’y perds… Où cela mène-t-il ?). De la même façon, lorsque cette fonction n’est pas remplie, ayons le courage d’admettre que des émotions peuvent ne pas être adaptées au contexte, et que nous avons besoin de nous faire aider par une personne qui saura vraiment nous aider à « passer à autre chose ». Et si la bienveillance de nos proches n’y suffit pas, ayons le courage d’aller consulter un spécialiste (après tout, si ma voiture tombe en panne, je trouve normal d’aller la confier à un garagiste… ce qui ne veut pas dire « n’importe quel garagiste »… mais au-delà d’un certain stade, c’est nettement préférable au « copain qui s’y connait un peu en mécanique »…).

Tableau des émotions

Voici un tableau répertoriant quatre émotions. Ce sont les émotions dites « principales », celles qui sont considérées comme mères de toutes les autres par plusieurs auteurs… Mais il n’y a pas de limite, et vous pouvez vous essayer à compléter ce tableau à l’infini, en y rajoutant d’autres exemples de votre choix.

Encore une fois, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » émotion en soi. Il en va des émotions comme il en va des attitudes (si une guêpe se pose sur mon bras, la passivité – eh oui, la passivité ! – sera probablement une attitude adaptée… de la même façon, il est le plus souvent salutaire pour soi et les autres de se montrer « psychorigide » lorsqu’on est arrêté par un feu rouge !).

De la même façon, une émotion peut très bien être adaptée (…ou pas !) par rapport au contexte, comme le montre le tableau suivant. En pareil cas, cette émotion a en général une fonction bien précise, qu’il peut être bon de connaître. En revanche, si vous avez une tendance marquée à ressentir de manière récurrente une de ces quatre émotions en l’absence de circonstances décrites dans la colonne « Contexte », c’est peut-être un signe plus alarmant… à vous de voir :

 

CONTEXTE
(adaptée lorsqu’il y a…)
FONCTION
(Ça sert à…)

Tristesse

Perte / Séparation / Renoncement (…à un rêve, une illusion…) Faire le deuil

Colère

Attaque dans nos valeurs / Injustice / Frustration Défendre nos valeurs, défendre notre intégrité, nous affirmer

Peur

Danger / Inconnu Se préparer, anticiper, fuir

Joie

Satisfaction / Plaisir / Amour / Harmonie Se relier, éprouver un sentiment d’appartenance

Les émotions toxiques

Il y a une chose qui me chagrine particulièrement, c’est de penser à toutes les personnes qui passent toute une vie en proie à une émotion « toxique » pour eux et/ou leur entourage.

insupportable...Ainsi, vivre toute une vie de tristesse est peut-être le signe d’état chronique dépressif. Vivre toute une vie de colère est peut-être le signe d’état chronique agressif. Vivre toute une vie de peur est peut-être un signe d’angoisse, ou pire d’anxiété pathologique. Quant à vivre toute une vie de joie, cela peut très bien être le signe que vous êtes un être exceptionnel ayant atteint le dernier degré de la sagesse… ou encore que vous êtes atteint du syndrome du « ravi de la crèche »…

émotions 6 masques 547 x 432

Toujours pareil… d’excellents auxiliaires peuvent faire de très mauvais maîtres !

Sachons donc écouter nos émotions, elles ont toujours quelque-chose d’utile à nous apprendre… sans jamais oublier que si les émotions constituent d’excellents auxiliaires (à écouter avec la plus grande attention), elles font toutefois de très mauvais maîtres !

Bien à vous,

Bernard

Le jeu « Cinq questions pour des champions » [ressource pédagogique]

5 questions pur des champoions - vue de la célèbre émission TV

La plus grande difficulté dans ce monde, ce n’est pas notre capacité à produire, mais notre réticence à partager.  [ Roy Lemon Smith]

Cet article a précédemment été publié en 2009, sous une forme légèrement différente, chez Joueb, puis chez WordPress.

Voici un fantastique jeu pédagogique auquel je me suis souvent livré auprès d’un public d’adultes en situation de formation. Il a été inventé par l’américain d’origine indienne Sivasailam Thiagarajan  (dont il a été plusieurs fois question sous ces lignes), alias Thiagi, génial découvreur du concept des « jeux cadres ». Les français appellent le plus souvent ce jeu « Question à foison ». En voici le principe.

« Le sujet que nous abordons aujourd’hui est ardu… J’ai peur que mes participants décrochent…»

Imaginez plutôt : Vous savez que vous devez effectuer une intervention de type  « cours magistral » sur un sujet plutôt ardu, abstrait, complexe… et comme vous n’êtes pas du genre enseignant autiste (ne riez pas, j’en ai rencontré !), vous savez pertinemment que vos apprenants risquent fort de « décrocher » au bout d’une à deux heures, et encore je suis optimiste (interrogez n’importe quel médecin sur les véritables facultés d’attention d’un adulte dans le temps, vous risquez d’être déçu). Vous supposez même que, la digestion aidant, votre sempiternelle demande : «…Avez-vous des questions? » fera un bide retentissant.
Si vous êtes persuadé que c’est ainsi… qu’on n’y peut rien… qu’après tout ce n’est pas votre problème mais le leur, ou pire, que c’est bien meilleur d’apprendre dans la souffrance sous le simple prétexte que vous-même avez toujours fonctionné ainsi… je me permets de vous conseiller d’arrêter de lire ces lignes, la suite risquant fort de vous déplaire, vous voilà prévenu.

On peut amener sa sonnerie… c’est même conseillé

Arrangez-vous pour emporter avec vous le jour de l’intervention un objet qui fera entendre une sonnerie, grosso modo à l’heure que vous aurez jugée « fatidique » (si vous êtes « high tech », utilisez les fonctionnalités de votre téléphone portable, si vous êtes de type plus rétro, un minuteur pour cocotte minute fera très bien l’affaire). Comptez deux heures environ après le démarrage de votre cours.
Prévenez l’assistance qu’une interruption inopinée surviendra à « telle heure environ  »… que le cours magistral s’interrompra donc, et qu’il sera procédé à une activité agréable et amusante destinée à favoriser en douceur la mémorisation de tout ce qui aura été abordé jusque-là.
Lorsque survient la sonnerie, vous êtes en général le premier surpris, c’est normal (ceux qui se sentent une âme de fantaisiste pourront avec profit détendre l’atmosphère en se lançant dans une tirade du type « Ah mais non, je vous demande un peu, quel est l’outrecuidant qui ose interrompre mon auguste propos ? … Euh oui, effectivement, pardon, ce n’est que moi-même ! »).

Et c’est parti! Formez deux équipes

Demandez à l’assistance de bien vouloir se diviser en deux groupes de tailles à peu près égales. Ces groupes formeront deux équipes, que nous appellerons respectivement l’équipe A et l’équipe B.
Demandez à chaque équipe de s’entendre pour préparer cinq questions portant sur le contenu qui vient d’être abordé depuis… (ici, vous avez le choix : depuis aujourd’hui, depuis ce matin, depuis le début de la session… à vous de voir !). Les apprenants ont – bien entendu – parfaitement le droit de consulter leurs propres notes de cours (c’est même absolument fait exprès !). Précisez juste que ces questions seront bien entendu posées à l’équipe adverse.
Aussi étrange que cela puisse paraître, vous verrez très vite l’ensemble des apprenants relire toutes leurs notes en tous sens, en avec une avidité et une jubilation surprenantes. J’ai bien dit « l’ensemble ». Certes, au début seuls les plus malicieux, les plus extravertis d’entre eux commenceront par se prendre au jeu, mais je vous fiche mon billet qu’au bout d’un moment règnera une joyeuse ambiance de saine émulation et que tout le monde s’y sera mis ! Ce sera à qui trouvera la question la plus tordue, le détail le plus pinailleur…

On a le droit de poser toutes sortes de questions, même les plus farfelues

Précisez bien qu’on a droit à toutes sortes de questions, même celles qui « détourneraient » le jeu (…ne pas hésiter à leur dire qu’on a parfaitement le droit de demander par exemple « Euh, c’est quand la pause ? »… en fait, pour ce qui me concerne, cela ne m’est jamais arrivé… peut-être justement parce que tout simplement les gens se sentaient vraiment libres de le faire !
Tiens, un conseil pratique : mettez donc à profit ces quelques minutes pour quitter la salle, vous détendre un moment, aller prendre un café, et constater au passage que votre présence dans la salle de cours n’a absolument rien d’indispensable pour une bonne acquisition des connaissances (…votre narcissisme dût-il en souffrir :- )  ).
Lorsque chaque groupe a réuni ses 5 questions (…et que vous êtes revenu 🙂 ), vous vous transformez illico en Maître Jaques, sorte d’animateur de jeu télévisé qui se contentera de compter les points.

Important : le (très sérieux) décompte des points

Pour ce faire, tracez donc au tableau deux colonnes intitulées A et B, chacune divisée en 5 lignes. Le jeu entre alors dans sa phase la plus vivante : l’équipe A pose sa première question, l’équipe B s’efforce d’y répondre (bien entendu, tout le monde est toujours autorisé à continuer de consulter ses notes, y compris pour y chercher des éléments de réponse, c’est toujours aussi « fait exprès » que tout à l’heure !).
Si l’équipe B répond de façon satisfaisante aux yeux de l’équipe A, elle marque un point, sinon zéro. Remarque importante : en aucun cas vous ne devez jouer le rôle d’un arbitre à ce stade-là, rappelez-vous que vous n’êtes qu’un « animateur qui se contente de compter les points » ! Seule l’équipe qui a posé la question est habilitée à juger de la recevabilité de la réponse obtenue. En cas de besoin, indiquez clairement que vous vous tiendrez à la disposition du groupe une fois que l’activité présente sera terminée, mais que pour quelques minutes, vous renoncez volontairement à votre casquette de « celui qui détient le savoir » et que vos apprenants ne doivent rien voir d’autre en vous qu’un simple meneur de jeu.
Ensuite on enchaîne de manière toute bête…à son tour, l’équipe B pose sa « première question » à l’équipe A… puis l’équipe A pose sa 2e question à l’équipe B… l’équipe B pose sa 2e question à l’équipe A… et ainsi de suite, jusqu’à ce que les 10 questions (…2 fois 5) aient été posées, comme sur le tableau ci-dessous.

Ce qu'on écrit au tableau...

Ce qu’on écrit au tableau…

A la fin, il suffit de faire le total des points de chaque colonne pour savoir quelle est l’équipe gagnante. On peut aller jusqu’à s’amuser à proclamer le résultat de manière plus ou moins solennelle, ou encore humoristique (« Le gagnant est… The winner is… »).

Au fait, qu’est-ce qu’on gagne ?…

Bien entendu il n’y a absolument rien à gagner, mais vous verrez, cela n’empêche nullement les participants d’entrer dans le jeu et de vivre un moment plaisant.
Important : Comme je le précisais plus haut, à ce stade vous pouvez enfin traiter, le cas échéant, les précisions sur les éléments de cours éventuellement restés en suspens lors du déroulement du jeu.

Attention : ne les laissez pas repartir « comme ça »…

Pour clore cette activité, il est indispensable de procéder à un débriefing digne de ce nom. Je m’explique : Il ne faudrait pas que les apprenants repartent dans la nature en proclamant à qui veut l’entendre (voire à eux-mêmes)… « Ah, cette formation, on s’en souviendra, qu’est-ce qu’on a bien rigolé ! »… Si cela s’arrête là c’est pour le moins un peu court, et au pire dangereux. Ne manquez donc pas d’inviter vos apprenants à se poser franchement la question : « Est-ce que cela a été pour nous l’occasion de revoir – ou de clarifier – des choses qui seraient restées dans l’oubli sans cela ? ». Non seulement ils vous répondront que oui, mais ce « oui » aura tout de enthousiaste, et rien du convenu. Vous pouvez même enfoncer le clou en ajoutant « Imaginez que pendant tout le temps que nous avons consacré au jeu je vous aie demandé de parcourir vos notes pour vérifier que tout est bien clair pour vous, pensez-vous que nous aurions été aussi efficaces ?… moins efficaces ?… plus efficaces ?… ».
Là encore, vous le verrez, il n’y a vraiment pas photo… Mais il est important que vos apprenants en prennent pleinement conscience.

Maintenant, si vous le voulez bien, voici deux des principaux enseignements que, pour ma part, j’ai tirés de cette histoire, et que j’aimerais beaucoup vous faire partager… certainement pas en tant que « donneur de leçons » (…beurk !), mais tout simplement en guise de témoignage à propos de ma façon de fonctionner, qui vaut ce qu’elle vaut… rien de plus, mais rien de moins 🙂
Voici donc deux remarques, pour finir :

Et si on oubliait la théorie, juste pour un temps ?

Ma première remarque sera de vous dire que je n’ai aucune, mais alors aucune envie de tirer des conclusions théoriques à partir de cette histoire. A mes yeux, les meilleurs enseignements que vous en tirerez vous-mêmes se feront… en la vivant, tout simplement. Si vous avez le courage d’aller vers vos apprenants en laissant tomber tous les boucliers certes bien rassurants mais ô combien encombrants (« ah… oui, ici c’est à n’en point douter du socioconstructivisme… et là c’est clairement à la métacognition qu’il est fait référence ! »), vous serez récompensés de votre bienveillance et de votre simplicité. Si d’aventure les oripeaux d’un « Professeur Diafoirus » vous sécurisent, prenez le risque de vous en défaire, ne serait-ce que pour un temps…  N’en doutez pas, les apprenants (…tout comme vous !) savent toujours, au fond d’eux-mêmes, à qui ils ont réellement affaire, d’une certaine façon. Il ne tient qu’à vous de décider si vous avez envie de vivre cela comme un enfer ou comme un paradis…

« Qui suis-je, moi, pour faire ainsi le pitre ? »

La deuxième remarque que je voudrais vous adresser est peut-être plus délicate, plus impliquante : En effet, il est possible que certains d’entre vous se demandent « Qui suis-je, moi, pour faire ainsi le pitre ? En ai-je vraiment envie ? », ou pire : « …En ai-je vraiment les moyens ? ». C’est là qu’intervient une notion centrale, à mes yeux : celle de croyance portante (…ou limitante) pour soi-même et pour les autres (après avoir traité des croyances limitantes à plusieurs reprises dans ce blog, je traiterai des croyances portantes dans un prochain article…). Pour ma part je me situe clairement dans un courant de pensée qui croit fondamentalement en l’homme, et en ses talents. Tout le monde a du talent, d’une manière ou d’une autre. Il suffit à chacun d’entre nous d’aller chercher en lui-même ce qu’il aime, sait, et veut faire pour s’apercevoir de l’immensité de ses possibilités, lesquelles sont généralement bien supérieures à l’idée qu’on s’en fait. Si vous êtes certain (j’ai bien dit certain) de ne pas y croire pour vous-même, alors renoncez définitivement à « faire passer » quoi que ce soit vers les autres, vous ne feriez que leur communiquer vos propres peurs, et grossir les rangs de ceux, trop nombreux, qui commettent d’irréparables dégâts en s’ingénient à rendre ennuyeuses les choses les plus passionnantes.

Conclusion : une fois de plus, il suffit d’oser…

Osez donc utiliser vos propres talents pendant vos heures de cours, que diable ! Cela peut très bien passer par l’humour, bien sûr, mais aussi par mille autres choses. Il suffit de s’en persuader soi-même pour que cela commence à marcher. Parole ! Seuls ceux qui ont fait preuve d’imagination et de créativité ont réellement fait avancer les choses en la matière… Nous le savons tous très bien au fond de nous-mêmes… Et pour ma part, une de mes croyances les plus ancrées est précisément que l’imagination est une chose qui est à la portée de tout le monde (1).
Il ne nous reste plus dans ces conditions qu’ oser nous jeter à l’eau… pour y découvrir un monde agréable et passionnant (je vous le garantis).

***


(Cet article sera repris dans ouvrage de conseils aux formateurs, à paraître au cours d l’été 2014 aux éditions DUNOD).


(1) …Imagine-t-on, en effet, un enfant invité à se joindre à ses camarades de jeu leur répondre quelque-chose du style « Euh, non, désolé, je manque cruellement d’imagination »… ???
…Alors, si tous les enfants peuvent le faire, tout ce qu’il vous reste à faire est de répondre à la question « L’enfant que j’ai été est-il encore présent en moi ? »… puis de le laisser vous donner la réponse 🙂

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