Apprendre mieux

Un blog de Bernard Lamailloux – ingénierie pédagogique et artistique

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Les grenouilles tombées dans la jatte de crème (éloge de la persévérance)

Grenouille

Un jour, deux grenouilles tombèrent dans une jatte de crème. Aussitôt, elles s’aperçurent qu’elles s’enfonçaient : impossible de nager ou de flotter longtemps dans cette pâte molle aussi épaisse que des sables mouvants. Au début, les deux grenouilles agitèrent violemment leurs pattes dans la crème pour atteindre le bord de la jatte. En vain : elles ne parvenaient qu’à barboter au même endroit en s’enlisant. Elles avaient de plus en plus de mal à remonter à la surface et à reprendre leur souffle.

L’une d’elles dit tout haut : « Je n’en peux plus. On ne peut pas sortir de là. Impossible de nager dans cette substance. Je vais mourir, je ne vois pas pourquoi je prolongerais cette souffrance. Où est l’intérêt de mourir épuisée par un effort stérile ? »

Ayant dit cela, elle cessa de s’agiter et s’enfonça rapidement, littéralement engloutie par l’épais liquide blanc.

L’autre grenouille, plus persévérante ou peut-être plus obstinée, se dit : « Rien à faire ! Pas moyen d’avancer dans cette matière. Pourtant, bien que la mort soit proche, je lutterai jusqu’à mon dernier souffle. Je refuse de mourir une seconde avant que mon heure ait sonné. »

Elle continua à s’agiter et à barboter au même endroit, sans avancer d’un pouce, pendant des heures et des heures.

Et soudain, à force de trépigner et de battre des cuisses, de s’agiter et de patauger, il arriva que la crème se transforma en beurre.

Surprise, la grenouille fit un bond et, en patinant à la surface, arriva au bord de la jatte.

De là, elle rentra chez elle en coassant joyeusement.

Extrait de l’ouvrage « Laisse-moi te raconter les chemins de la vie« , de Jorge Bucay, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Lhermillier, éditions Pocket  déc. 2010.

Quelle est votre véritable valeur ? (« […] tu es comme cette bague »)

entre rêve et réalité

Un jour, un jeune disciple zen alla trouver son maître.

« Je viens vous voir maître, parce que j’ai l’impression d’avoir si peu d’importance que cela m’ôte toute envie de faire quoi que ce soit. Tout le monde me dit que je suis un bon à rien, que je suis maladroit et stupide. Comment puis-je m’améliorer? Comment m’y prendre pour être mieux considéré ? »

Le maître, sans le regarder lui dit : « Je suis vraiment désolé mon garçon. Je ne peux t’aider, car je dois d’abord résoudre un problème personnel. Peut-être plus tard… »

Après une pause, il ajouta :

« Si tu voulais m’aider, toi, je résoudrais ce problème plus vite, et, ensuite, peut-être pourrais-je te venir en aide…

– Euh… j’en serai ravi, maître, bredouilla le jeune homme en ayant de nouveau le sentiment qu’on ne lui accordait que peu d’importance et qu’on remettait ses propres besoins à plus tard.

– Bien, poursuivit le maître. Il retira une bague qu’il portait au petit doigt de la main gauche et, la donnant au jeune homme, il ajouta :

– « Prends le cheval qui est dehors et va jusqu’au marché. Je dois vendre cette bague pour rembourser une dette. Il te faut en obtenir la plus grosse somme possible et, de toute façon, pas moins d’une pièce d’or. Va-t’en et reviens avec cette pièce aussi vite que tu pourras. »

Le garçon prit la bague, et s’en fut. Aussitôt arrivé sur le marché, il se mit en devoir de la proposer aux marchands ; ceux-ci la regardaient avec intérêt, jusqu’à ce qu’il annonce le prix qu’il en demandait.

Dès qu’il mentionnait la pièce d’or, certains ricanaient, d’autres détournaient la tête… seul un vieillard fut assez aimable pour prendre la peine de lui expliquer qu’une pièce d’or était à ses yeux bien trop précieuse pour l’échanger contre cette bague. Désirant lui venir en aide, quelqu’un alla jusqu’à lui en offrir une pièce d’argent, et ajouta même un récipient en cuivre, mais le garçon avait des ordres stricts : ne pouvant accepter moins d’une pièce d’or, il rejeta l’offre.

Abattu par son échec, après avoir vainement proposé le bijou à toutes les personnes qu’il avait croisées sur le marché – au moins une centaine – il se résolut à enfourcher le cheval et prit le chemin du retour.

Ses pensées étaient amères. Comme il aurait aimé avoir une pièce d’or à donner au maître pour le soulager de ses soucis et recevoir son conseil ainsi que son aide !

Il revint donc chez celui-ci.

« Maître, dit-il, je regrette. Il est impossible d’obtenir ce que tu demandes. Peut-être aurai-je pu échanger la bague contre deux ou trois pièces d’argent, mais je ne voudrais tromper personne sur la valeur véritable.

– Tu viens de dire une chose très importante, mon jeune ami, répondit le maître en souriant. Il nous faut d’abord connaître la véritable valeur de cette bague. Reprends le cheval et rends-toi chez le bijoutier. Qui mieux que lui peut l’estimer, en effet ? Dis-lui que tu voudrais la vendre et demande lui combien il t’en donnerait. Mais surtout, quoi qu’il te propose, ne la lui vends pas. Reviens plutôt ici avec ma bague pour me dire ce qu’il en est. »

Le jeune homme entreprit donc une nouvelle chevauchée pour se rendre chez ce bijoutier.

Celui-ci examina attentivement la bague à la lumière d’une lampe à huile, puis il la regarda avec sa loupe, la soupesa et finit par dire :

libellule au bout d'une main

« Mon garçon, dis au maître que, s’il veut vendre sa bague tout de suite, je ne peux lui en donner plus de cinquante-huit pièces d’or.

– Cinquante-huit pièces d’or ! s’exclama le jeune homme.

– Oui, répliqua le bijoutier. Je sais qu’avec du temps, on pourrait sans doute en obtenir plus de soixante-dix, mais si la vente est pressée… »

Tout ému, le garçon courut chez le maître pour lui raconter l’histoire.

« Assieds-toi, lui dit celui-ci après l’avoir écouté. Cette bague est un bijou précieux, unique. En tant que tel, seul peut l’estimer un véritable expert. Pourquoi exiger du premier venu qu’il découvre sa vraie valeur ?

Toi-même, tu es comme cette bague ».

Après avoir prononcé ces paroles, il remit la bague au petit doigt de sa main gauche, et retourna tranquillement à ses affaires.

Cette histoire m’a été racontée il y a quelque temps déjà par mon amie Geneviève Gabriel.

En repensant à son sourire magnifique, bienveillant, un tantinet espiègle, je ne peux m’empêcher, à la lumière de certains événements, de penser au côté, disons « prémonitoire » qu’elle revêtait…

Aujourd’hui, étrangement motivé par je ne sais quelle impulsion (suite à un commentaire d’Annette sur mon post précédent), j’ai procédé à quelques recherches sur le net dans l’espoir de retrouver cette histoire, et j’ai fini par en retrouver la trace.

Elle y est présentée comme un Extrait de l’ouvrage « Laisse-moi te raconter les chemins de la vie », de Jorge Bucay, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Lhermillier, éditions Pocket  déc. 2010.

Après être allé y voir de plus près sur Amazon, j’ai immédiatement décidé d’acheter ce livre.

Mes meilleures pensées vont aussi à Stéphane Pietra, pour cette phrase, prononcée jadis :

« La valeur d’une personne doit pouvoir être appréciée…

– Dans  le bon contexte…
– Par des personnes capables de la mesurer ».

 Ce post est dédié à Laurène Castor.

Un conte ultra court – Question de proportions…

Arif, un ami de Nasr Eddin Hodja aimait beaucoup inviter ses amis à boire le thé et leur soumettre des devinettes compliquées pour les voir se torturer l’esprit et rire à leurs dépens.

Ce jour là, Nasr Eddin Hodja prenait le thé chez lui avec d’autres amis. Leur hôte se leva et s’approcha de la cheminée, s’empara d’une braise et la jeta dans un seau d’eau. « Pschhhhh » entendit-on. « Mes amis ! S’exclama Arif, dites-moi. Qu’est ce qui a produit ce son ? Est-ce l’eau, ou bien la braise? »

« Les deux ! » Répondirent tous les amis. « Vraiment ? Les deux ? …Et dans quelles proportions ? » insista Arif, en prenant un air goguenard.

A ces mots, voyant qu’Arif se moquait d’eux, Nasr Eddin Hodja se leva et s’approcha de son hôte. Levant la main, il asséna une grande claque au trublion. « Et ce bruit, mon ami, qu’est-ce qui l’a produit ? Est-ce ma main ? Ou bien ta joue ? …Et dans quelles proportions ?! »

Nasr Eddin Hodja est un ouléma mythique de la culture musulmane, personnage ingénu et faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux, qui aurait vécu en Turquie de 1208 à 1284, né à Sivrihisar et mort à Aksehir. Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célébrées dans des dizaines de langues, du serbo-croate au persan en passant par le turc, l’arabe, le grec, le russe et d’autres (Source : Wikipédia). Avec mes remerciements les plus chaleureux à Anne Deval, comédienne et conteuse.

  Un petit mot rapide avant de terminer : sachez que je nage dans le bonheur depuis que mon livre est paru, tout récemment..
J’aimerais tellement vous en envoyer un tout petit peu en retour (…du bonheur) tellement il a l’air d’être si bien accueilli (…le livre 🙂 ).
Le plus fou c’est que tout à commencé sur ce blog ! La preuve se trouve dans cet article d’Hélène Weber... Un jour, je vous le promets, je vous raconterai l’histoire de  ce livre, de la conception à la fabrication (…sans parler de la promo, et je vous assure que ce n’est pas de la tarte ! 🙂 ).
En espérant que cela suscitera d’autres vocations. Parce qu’encore une fois, les rêves sont faits pour être réalisés, et je suis prêt à le crier bien haut sur tous les toits s’il le faut…
Les personnes qui ne sont pas encore au courant (…et les autres aussi !) pour le livre peuvent toujours aller cliquer que les petites images ci-dessous pour se faire une première idée (je vous recommande particulièrement « Le rêve de Bernard », raconté par… ma fille Alice, en 2 minutes chrono !).
Bien à vous,
Bernard

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Devinette : Quelle est la différence entre « concerné » et « impliqué » ?

 

Il m’est arrivé tout récemment d’entendre une de mes amies me dire « Oh là là, que ça m’embête ce qui vient de se produire dans ce projet dans lequel je suis si impliquée, pour y avoir participé activement ! Cela me chagrine, que dis-je, me mine littéralement que les choses aillent ce train-là ! »

D’une manière générale, il est courant d’entendre parler d’implication quand on évoque les rapports au travail.

Cela m’a rappelé une devinette : Quelle est la différence entre « concerné » et « impliqué » ?

La réponse est très simple : Quand on fait une omelette aux lardons, cela suppose qu’il y a eu une poule pour pondre les œufs et un cochon pour qu’on puisse faire du lard.

Eh bien à l’arrivée, une fois l’omelette achevée les modalités de « participation » de ces deux animaux, et partant, leurs sorts respectifs, sont bien distincts :

La poule est concernée par le projet… en ceci que ses œufs ont contribué activement à son succès, y prenant même une très large part.

Le cochon, quant à lui, s’est retrouvé complètement impliqué.

 

Quel sort préférez-vous ?

 

 

 

Les pauvres n’aiment que les cartes bleues (!?)

Les pauvres n'aiment que les cartes bleues (!?)

C’était à Aix, hier, rue Bédarride, peu avant 16 heures. Une commerçante accorte m’avait offert un petit échantillon de glace au yaourt, que je n’avais pas eu le cœur de lui refuser, surtout qu’une dame (âgée, plutôt chic) qui passait par là m’encourageait à accepter (oui… il arrive souvent que des inconnus m’adressent la parole dans la rue !).

Bien embêté avec mon mini pot de glace (étant à quelques encablures du cabinet de ma diététicienne, j’aurais sans doute assez mal digéré ce présent, pour d’obscures et psychosomatiques raisons…), j’entrepris, quelques secondes plus tard, de l’offrir à la dame chic et âgée.

Celle-ci refusa aimablement mais, décidément bien en verve, elle me suggéra d’offrir ma glace à un SDF qui faisait la manche, assis sur une marche tout près de nous.

Le SDF refusa aussi, et c’est là que la dame chic et âgée me fit sa sortie mémorable « Eh oui, que voulez-vous, les pauvres n’aiment que les cartes bleues !… »

J’ai trouvé ça du plus haut comique… Au-delà du côté… disons pour le moins discutable d’une telle sentence attribuée de manière si définitive, j’ai trouvé que c’était là un signe flagrant (à mes yeux) de deux choses concomitantes :

 

      • Une panse bien nourrie…
      • Et une langue bien pendue.

Je n’ai après tout rien contre les premières, et j’avoue avoir un très fort petit faible pour les secondes !
Surtout que la dame disait ça avec l’œil qui pétille… ce qui change tout !

Une vieille dondon mal embouchée eut-elle dit la même chose, je lui aurais volé illico dans les plumes !

Bien à vous,

Bernard

Promotion, personal branding : Thunderclap , l’arme fatale

…ou « Quand le crowdfunding se transforme en crowdspeaking »

capharnaüm

L’idée part d’un constat tout simple : Les réseaux sociaux prennent souvent l’aspect d’une sorte de basse-cour remplie de millions de caquètements poussés dans un joyeux tintamarre parfois sympa, mais pour tout dire le plus souvent cacophonique. A l’usage, tous ces millions de petits bruissements, il faut bien le dire, sont (pour beaucoup d’entre eux) autant de coups d’épée dans l’eau, et beaucoup d’énergie pour rien , ou si peu…

Ainsi, donner réellement du poids à  un post sur Facebook, sur Google+, ou à un tweet se révèle le  plus souvent mission impossible pour Monsieur ou Madame Tout le Monde.

Le constat est en effet implacable : pour qui espère avoir la moindre chance de faire… sinon porter, du moins entendre sa petite voix au milieu de tout ce tumulte, mieux vaut avoir les moyens de faire appel à ces nouveaux prêtres des temps modernes que sont les community managers.

Oui, mais ça c’était avant… Avant Thunderclap !

Chez Thunderclap, ils ont très bien compris qu’avec la webosphère nous barbotons tous de concert dans un système où la viralité est optimisée au maximum et où seuls les pages et profils les plus suivis sont assurés de bénéficier d’un relais suffisamment significatif de leurs messages, likes, shares, re-tweets, etc.

C’est précisément dans ce sens que sont conçus les puissants algorithmes de ces mastodontes que sont Facebook, Google, Twitter et consorts pour faire « remonter » mécaniquement tout ce qui a l’air de faire le buzz, créant ainsi de manière automatique et programmée un phénomène d’amplification artificielle, de caisse de résonance, si on veut…

Quand nous contribuons involontairement aux  recettes publicitaires es mastodontes…

Pour quelle raison ? Élémentaire mon cher Watson, cela augmente mécaniquement les recettes publicitaires, quand le mastodonte décide d’agréger certaines publicités à certains résultats de requêtes, par exemple. Or, les divers  messages que nous tapotons les uns et les autres avec nos petites mains potelées étant fatalement étalés dans le temps, si peu que ce soit, même en cas d’engouement contagieux pour une idée, leurs impacts en sont forcément réduits…

Le coup de génie des créateurs de Thunderclap (…du studio New Yorkais De-De, pour « Design-Develop ») vient de ce que leur plateforme utilise un modèle «tout-ou-rien» similaire à des sites de crowdfunding tels que Kickstarter. En clair cela signifie que si la campagne n’a pas atteint son nombre désiré de supporters dans le laps de temps donné, l’organisateur ne reçoit aucun des « dons » (…la nature de ces « dons » particuliers est expliquée plus loin). Rien, nib, nada, le flop intégral. Un peu comme dans l’histoire de cendrillon, quand le carrosse se transforme en citrouille. C’est la règle du jeu !

Vous voulez du suspense ? Des rebondissements ? Des sueurs froides ? …Ne vous tracassez pas, Thunderclap va s’en occuper, bien au-delà de vos espérances

Il découle du diabolique scénario de ces design thinkers (suivez mon regard…) un suspense toujours assuré, et des campagnes forcément à rebondissements (du style « Il faut absolument que je me démène pour trouver 10 supporters de plus à la cause que je soutiens, sinon dans 2 jours tout s’arrêtera…).

Il ne faut en effet jamais perdre de vue le fait qu’une fois la campagne arrivée à échéance (compter 1 à 2 mois), c’est un véritable tonnerre d’applaudissements qui déferle de manière synchrone sur les réseaux sociaux des 100, 250 ou 500 « supportes » visés, plus toutes les personnes qui auront été impactées (contacts cumulés de tous les supporters)…

Le principe :

Participer à une campagne Thunderclap revient à inviter l’ensemble de vos « friends » et autres « followers » à soutenir votre cause en vous autorisant à poster votre message via leurs comptes respectifs, le but étant de créer créer une vague de posts beaucoup plus visible qu’une cascade de re-partages ou re-tweets. Ainsi la portée de votre message est décuplée par le nombre de personnes atteintes dans un même temps.

A titre d’exemple, la campagne « The March for Innovation », lancée en mais 2013 aux états Unis, qui a permis d’atteindre un impact social de…  46 millions de personnes ! De belles surprises à la clé, donc…

…à moins que l’objectif visé ne sois pas atteint, auquel cas ce n’est qu’un pétard mouillé fera juste un petit plof tristounet en n’impactant même pas le bout de mare qui se trouve près de la citrouille de Cendrillon.

Ici on se constitue des trésors de guerre et des bombes à retardement sans argent, uniquement avec des « pouces en l’air » !

Car ici, les « dons » ne sont pas constitués de sommes d’argent destinées à s’agréger pour arriver à atteindre la somme nécessaire pour que Marcel, agriculteur retraité, puisse nourrir convenablement les deux chevaux cacochymes et attachants qu’il espère sauver de l’abattoir après une vie de dur labeur méritant…

Non. Avec Thunderclap, pas d’argent en lice. Ici, vous ne donnez que… votre soutien pour une cause ou un projet que vous entendez contribuer à encourager. Un peu comme une signature sur une pétition, si on veut…

Rassurez-vous : là, j’imagine déjà les mines défaites de quelques-uns d’entre vous., sur le mode « Ah, c’est tout ?… Bon, il faut qu’on y aille, là… ». Attendez, ne partez pas ! Sachez que je suis totalement en phase ! Rien n’est plus sujet à caution que la question de savoir quel impact réel a notre signature au bas d’une pétition, fût-elle en ligne… Quelle raison ai-je en effet de penser que ma B.A. du jour aura réellement mis plus de chances du côté des deux chevaux du père Marcel, au-delà du sentiment de bonne conscience que cela m’aura procuré ?

D’une pierre deux coups

Imaginez le sentiment de celui ou celle qui peut se dire avec certitude « Ce en quoi je crois, mes valeurs en somme, tout cela est enfin défendu et encouragé avec efficacité! ».

Il sait que non seulement il a pu faire entendre sa propre voix, mais que cette voix sera effectivement utile à quelque-chose, parce que mécaniquement prise en compte. Avec en prime le sentiment si enivrant et si répandu selon lequel « Ensemble, on fait beaucoup plus de bruit ». Comme… je sais pas moi, comme… un coup de tonnerre !

Rappelez-moi : Comment dit-on « Coup de tonnerre », en anglais, déjà ?

 

PS : Si vous voulez vivre une campagne Thunderclap en grandeur nature dans la peau d’un supporter, pourquoi ne pas rejoindre la campagne démarrée le 12 juin dernier par l’auteur de ces lignes ?  Si le coeur vous en dit, rendez-vous sur « Le rêve de Bernard« …

Le rêve de Bernard

 

Sources : http://histoiresdeweb.fr/thunderclap/
http://blog.zone-franche.fr/2013/07/08/thunderclap-coup-de-tonnerre-dans-la-twitto-facebookosphere/
http://en.wikipedia.org/wiki/Thunderclap_(website)

 [Dans un prochain article, je vous expliquerai comment participer efficacement à une campagne Thunderclap dans se faire nécessairement kidnapper tous nos contacts, et également comment monter – en 3 mn chrono – sa propre campagne Thunderclap.]

 

 

Glander, une philosophie de vie (éloge du glandeur)

montage glandeurs et lagaffe

Bonjour. Il se trouve qu’avec quelques e-amis, nous nous sommes tout récemment retrouvés embringués dans un MOOC (cours en ligne) intitulé « La Pensée Design ». Le mooc devrait durer jusqu’au 13 juin. Si vous voulez savoir ce que c’est, rendez-vous sur http://mooc.france-bs.com/.

Quand les mouches vont au marché, les glandeurs vont au mooc

Au départ, mes propres motivations pour m’inscrire à ce MOOC peuvent se résumer ainsi : « Eh m’sieur l’juge, j’vous jur’ j’voulais pas y aller au début, et puis c’est mes potes y m’ont dit zyva viens avec nous y’a un radiateur au fond on s’met tous là… »

Sans même attendre que le cursus soit démarré, j’ai donc entrepris de créer (avec l’aide de quelques camarades de front) un collectif de travail qui devait à l’origine s’intituler « Les gros nazes du fond », mais au bout de 1641867812549991 tours de scrutin nous nous sommes mis d’accord sur un titre nettement plus approprié, et qui fait désormais consensus

Nom de ce fameux groupe (sur Facebook) : « Les glandeurs du radiateur du fond » (Frédéric, si tu nous regardes, merci du fond du cœur). Par ailleurs, le fruit de nos travaux peut être consulté ici.

Ce fut un régal… ça l’est toujours à l’heure où j’écris ces lignes ! Mais il m’a hélas fallu très vite constater une chose : la notion de glandeur demeure assez floue pour beaucoup de gens, et à les lire, il m’arrive parfois de ressentir un symptôme de « glandeur et décadence ».

Ainsi ai-je pu lire sous la plume de plus d’un, quelques remarques, voire quelques réserves, exprimées le plus souvent sur le mode « Houlà, vous êtes bien actifs, pour des glandeurs ! »… sans compter les allégations de « vrai glandeur », « faux glandeur », voire « vrai faux glandeur » qui ont commencé à fuser ici et là, et que certains de mes amis ont commencé à se lancer à la figure à mon grand désarroi (en bon glandeur qui se respecte, je ne supporte pas le gaspillage d’énergie).

J’ai donc éprouvé le besoin d’écrire ici ce petit billet en forme de mise au point. Il aurait très bien pu s’intituler « Qu’est-ce qu’un glandeur, au juste ? »…

C’est vrai ça, « Qu’est-ce qu’un glandeur, au juste ? »…

Tentons d’apporter quelques éléments de réponse à cette épineuse question. Chacun ayant sa propre idée, son propre point de vue quant à la question et au statut exact du glandeur, du glandeur, je ne vois pas au nom de quoi je me gênerais pour vous exposer le mien, qui vaut ce qu’il vaut, et vice versa.

D’abord, il ne faudrait surtout pas prendre les glandeurs pour des imbéciles :

Un glandeur est quelqu’un qui a conscience d’être naturellement décalé, en quelque sorte, et qui s’en fiche. D’ailleurs il se fiche d’énormément de choses…

les glandeurs - appli pour smartphones et tablettes

Une appli pour smartphones et tablettes est en cours d’élaboration (…authentique !)

Un imbécile, quant à lui, ne peut absolument pas s’empêcher d’être tout le temps en décalage. C’est hors de son contrôle, et contrairement au glandeur, il a aucune conscience de cet état de fait (d’où la célèbre réplique des « Tontons flingueurs » : Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît !« …

Seul le sot est capable de prendre un glandeur pour un imbécile. Pas fou, le glandeur ne fera rien pour l’en dissuader. La raison en est ultra simple : il se fiche de ça aussi !

Didier, roi des glandeurs

Un exemple d’attitude archétypale de glandeur : Didier, un ami d’enfance, le jour où notre professeur annonça solennellement les résultats du bac devant notre classe pétrifiée d’angoisse, s’entendit dire… qu’il était le seul de la classe à ne pas avoir été reçu.

Croyez-vous qu’il se soit démonté ? Pas du tout ! Il s’est contenté d’ouvrir son sac à bandoulière, d’en extraire un énorme sandwich, et de mordre dedans à pleine dents tout en s’exclamant d’un air bonhomme : « Oh, c’est pas grave ! Quand l’appétit va, tout va ! ».

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on est bien c'est la fête

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Là où un cancre serait devenu soit tout rouge, soit carrément agressif, Didier ne s’est absolument pas démonté, et savoura à leur juste valeur (en même temps que sa roborative pitance) les éclats de rire de toute la classe, professeur compris. C’est ça qui est très fort.

Finalement, il me semble bien que Didier a décroché son bac de justesse, en septembre, à la session dite « de rattrapage ». Car en toutes choses le glandeur possède mieux que personne l’art instinctif de doser l’effort, une faculté que lui envient moultes besogneux et autres non comprenants…

Finalement, un glandeur est toujours plus ou moins débordé…

Un glandeur est toujours débordé : même quand il ne fait rien, il est en plein processus de créativité. C’est le Shadok azimuté au milieu des Gibis conformistes. C’est la cigale qui ne se soucie même pas de l’existence de la fourmi, mais qui s’en porte tout aussi bien, en ne récoltant pas forcément le courroux des cieux. C’est Isaac Newton faisant la sieste au pied d’un arbre, et découvrant incidemment les lois de la gravitation universelle en se prenant une pomme sur la tête. C’est Gaston Lagaffe faisant le désespoir de tout son bureau à coup de siestes volées à ses honnêtes collègues bureaucrates, mais travaillant sans relâche pendant des temps forcément gigantesques à d’improbables prototypes (…clin d’œil à mes camarades moockitoes). Si ça c’est pas du boulot…

glandeurs facétieux (balançant de l'eau)

Le glandeur a donc perpétuellement quelque-chose en tête. Il est souvent espiègle, et fondamentalement passionné. Mais il a horreur qu’on cherche à lui imposer ses centres d’intérêt. A titre d’exemple, faites-lui visiter un musée à l’occasion de vacances à l’étranger, il ne va pas forcément parcourir avec son groupe l’ensemble des salles au pas de charge avec une avidité aussi douloureuse que préoccupée. Si ça se trouve, il va s’arrêter au bout du deuxième tableau, et entrer dans une discussion interminable avec le gardien ou la gardienne qui se trouve là.

Quand les autres, fourbus, de retour de leur étrange marathon, vont le retrouver, ils l’admonesteront sans doute avec condescendance, sur l’air de « Mais où étais-tu ? On t’a cherché partout ! Ah là là, celui-là alors, il est impayable. Heureusement qu’on l’aime bien, tiens ! »

Bien entendu, le glandeur se fiche aussi de ça, et les laisse croire qu’ils ont appris beaucoup plus de choses que lui…

Bien à vous,

Bernard

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couv vignette parution le 2 juillet

Quand ça se passe tout près de chez moi et que c’est bourré de talent…

Ventrebleu de Cornegibouille… Quel talent !

J’espère ne pas vous lasser, mais que voulez-vous, en ce moment il pleut énormément de talent près de chez moi, je n’y suis pour rien, j’vous assure…

Bien au-delà des divers « pas mal » et autres tièderies que j’ai vu passer en commentaires, je trouve ce travail tout simplement fantastique. Eh oui, j’assume, c’est ainsi.

Entièrement tourné par une équipe d’élèves de première (c’est le cas de le dire) d’une classe « option cinéma » au lycée Cézanne, à Aix-en-Provence. Ce sont tous des potes à mon petit dernier (j’espère ne pas l’embarrasser en écrivant ceci… d’un autre côté je ne vois pas pourquoi je le dirais pas, non mais !…).

Un court métrage tout simplement hallucinant de professionnalisme (quand on pense à la modestie des moyens employés, ça laisse rêveur…).

Allez-y, je vous en conjure !

…Vous n’en reviendrez pas.

Ah oui : aux dernières nouvelles, le prof  leur a mis 20…

Bravo aussi à lui, donc. A quand une nouvelle mention
« …Peut PAS mieux faire ! » dans les bulletins scolaires ?

…Il me semble que ça ferait du bien à pas mal de gens… élèves, mais aussi enseignants, hahaha !

Allez, j’rigole !  (ex-enseignant moi-même…)

 

Bien à vous,

Bernard

Le Petit Nicolas est devenu un [très !] grand bonhomme

 

Nicolas Bonnet

Nicolas Bonnet est un très grand bonhomme. Au propre comme au figuré.

J’ai connu ce garçon alors que nous étions l’un et l’autre salariés dans un institut de formation en informatique.

Nicolas animait des formations certifiantes de très haut niveau, principalement à destination des administrateurs réseaux.

Pour ma part, j’étais préposé aux formations d’un niveau infiniment plus prosaïque, à destination des utilisateurs comme vous et moi, c’est-à-dire « pas spécialement informaticiens » (mes champs d’intervention couvraient bureautique, internet utilisateur, windowserie et compagnie).

Nicolas était un de mes collègues, donc. Et il s’est toujours montré un compagnon agréable, à l’humour ravageur, et surtout au coeur gros comme ça. Avec lui je me sentais en excellente compagnie.

Il est même très souvent arrivé à ce garçon de me dépanner, parfois dans l’urgence, pour des questions de configuration de mon outil de travail  lorsqu’elles atteignaient un niveau dépassant de très loin mon entendement. Le genre de « souvenirs de front » qui vous marquent durablement.

Allô allô la tour de contrôle ?… Y’a quelqu’un?…

Je vous assure que lorsque vous êtes paumé, sur site client ou en centre de formation, qu’un groupe de stagiaires s’approche d’un pas débonnaire, et que les machines sur lesquelles vous êtes censé intervenir refusent de fonctionner avec une tranquille obstination, votre énergie  est tout entière mobilisée vers l’espoir fou qu’un messie viendra vous tirer de ce mauvais pas. Et c’est précisément ce  que Nico a fait, à plusieurs reprises, en direct, avec autant de gentillesse que de compétence efficace, par téléphone, à pied, en Skype ou en voiture, alors même que parfois il avait lui-même un groupe « en main » dans le même temps… Ces tranches de vie, on ne les oublie pour ainsi dire jamais, tant il est vrai que nos métiers nous amènent à côtoyer énormément de beaux parleurs, lesquels n’ont parfois pas grand chose à nous offrir en-dehors de leur savant verbiage…

Aujourd’hui Nico et moi voguons l’un et l’autre vers de nouvelles aventures. Entre mille autres choses, Nico écrit des livres – très techniques – sur son coeur de métier. C’est drôle de penser qu’à l’époque nous faisions le même boulot, et qu’en quelque sorte aujourd’hui c’est un peu pareil !

En mai, fais ce qui te plait, et en juin Nicolas Bonnet publie son troisième ouvrage

Alors voilà. Aujourd’hui, Nicolas publie son troisième ouvrage. Cela s’appelle « Windows Server 2012 R2 – Installation et configuration », et c’est publié aux éditions ENI, dans la collection « Préparation à la certification MSCA ».

Par ailleurs, Nicolas vient de me donner très gentiment un coup de pouce pour la parution de mon propre livre (le tout premier), en en parlant dans son blog. Il a été le premier  à le faire. J’avais donc à coeur de lui rendre la pareille.

Vous en conviendrez, c’était vraiment le moins que je puisse faire, à mon tour, envers ce si grand monsieur dont je m’honore d’être l’ami.

 

Windows Server 2012 R2 - Le tout nouveau livre de Nicolas Bonnet

Le dernier livre de Nicolas Bonnet

 

 

Le mythe des tests standardisés

Le concombre masqué s'interroge...

 

Pourquoi ces tests ne vous disent pas ce que vous croyez…

Les experts, les politiciens, les chefs d’entreprise ainsi que de nombreux leaders d’opinion vantent continuellement les mérites de ces tests standardisés et autres QCM…

Il en résulte que dans les faits, les mérites de ces tests sont en définitive rarement contestés, tant ils sont en phase avec la croyance populaire, et également avec certaines théories sur la psychologie de la motivation humaine. Mais la plus grande partie de ce que ces leaders d’opinion disent, et également ce que le public croit – à propos des tests standardisés – est tout simplement infondée.

Dans le grand public, ou encore parmi les personnes concernées par les tests (voire leurs parents, selon les cas), rares sont ceux qui disposent de suffisamment de temps ou de connaissances pour arriver à suivre les récentes conclusions des spécialistes, experts en tests, psychomotriciens, et autres chercheurs.

C’est là que le livre  » The Myths of Standardized Tests«  entre en jeu. Dans un langage simple et accessible, Phillip Harris,  Bruce M. Smith et Joan Harris exposent les hypothèses sous-jacentes des tests standardisés, en faisant la part des choses entre ce ces tests peuvent réellement mesurer et ce qui relève tout simplement du mythe. Non seulement ils démystifient de nombreuses hypothèses communément admises, mais ils proposent de surcroît de meilleures alternatives nous permettant de juger du succès de tel ou tel enseignement dont on prétend mesurer l’efficacité ou les acquis à l’aide de ces fameux tests.

Les auteurs nous proposent également quelques suggestions en vue de nous permettre d’alléger quelque peu le fardeau que ces tests font peser sur nous, ou sur nos enfants.

Voici à titre indicatif quelques exemples de qualités et aptitudes très difficilement mesurables à l’aide de ces tests :

 

▪          la créativité

▪         la pensée critique

▪         la résilience

▪         la motivation

▪         la persévérance

▪         la curiosité

▪         l’art de poser des questions

▪         l’humour

▪         l’endurance

▪         la fiabilité

▪         l’enthousiasme

▪         le civisme

▪         la conscience de soi

▪         l’auto-discipline

▪         l’empathie

▪         le leadership

▪         la compassion

▪         le courage

▪         le sens de la beauté

▪         le sens de l’émerveillement

▪        la débrouillardise

▪         l’honnêteté

▪         l’intégrité

▪         la spontanéité

▪         l’humilité.

Source : http://themythsofstandardizedtests.com/index.php

Le syndrome de la grenouille

grenouille rigolote

Prenez une grenouille vivante. Jetez-la dans une casserole d’eau bouillante. Elle réagira tout de suite, se débattra et en ressortira immédiatement.

Prenez la même grenouille vivante, et jetez-la dans une casserole pleine d’eau tiède. Faites chauffer tout doucement. Que croyez-vous qu’il adviendra ? Elle va cuire à petit feu et quand elle comprendra son sort, elle sera incapable de réagir, de sauter par-dessus la casserole.

Notre économie vit actuellement le « syndrome de la grenouille », ou, tout au moins, certains chefs d’entreprise, certains salariés sont en train de se faire piéger en ne réagissant pas, en n’anticipant pas. A cela, il existe deux solutions, une collective et une autre individuelle :

La solution collective suppose qu’un pompier vienne éteindre le feu. Cela passe par une vraie prise de conscience, une véritable gestion des ressources humaines et des carrières, une relance de l’économie, de grands travaux d’État, des taux d’intérêts moins élevés, une inflation salutaire, la confiance retrouvée…

Le problème, c’est que nous ne sommes pas des économistes ; les économistes demain, après la « crise » expliqueront quelles en étaient les causes. Aujourd’hui les entend-on ? Hier, les a-t-on entendus ?

La solution individuelle quant à elle suppose que l’on sorte immédiatement de la casserole, alors qu’il est encore temps ; c’est à dire une diversification vers des créneaux plus porteurs. Mais cela nécessite d’anticiper et d’être suffisamment flexible et en bonne condition pour pouvoir réagir. Cela n’a rien d’évident…

Puissions-nous donc, pour chacun d’entre nous, en cas de « réchauffement anormal », parvenir à nous prendre en charge le cas échéant sans attendre passivement le bout du tunnel !

 

_

(D’après un conte philosophique attribué à Olivier Clerc, écrivain et philosophe)

Un rôle bien particulier…

Attends-moi, cher dauphin, j'arrive !

J’avais le trac, tout simplement. Comme toutes les formes de nervosité exacerbée, il naît d’une appréhension irrationnelle commune à tous les êtres humains, en particulier les adultes : celle d’être « démasqué », de trahir par quelques mots mal choisis l’intrinsèque supercherie de sa position d’autorité, de révéler au monde entier que l’on ne croit pas soi-même une minute à ce que l’on prétend être.

J’ai fermé les yeux une seconde en me disant que je devais continuer à tenir mon rôle sur scène, coûte que coûte, puis je me suis retournée pour faire face à ma classe.

— Bien, commençons.

Douglas Kennedy, « Quitter le monde », 2009, Belfond, p. 209

 

Mes salutations les plus… municipales ?


Un village,
C´est la grande famille
Où les garçons, les filles
Se marient à vingt ans
Un village,
C´est chacun, sa chacune
Car, à la pleine lune
Le lit est bien trop grand…

_
Ah, les élections municipales… c’est toujours un événement de taille dans mon village. Un peu plus de 4000 habitants, situé en région PACA, tout près de la « frontière » de quatre départements (04, 13, 13 et 84), côté Bouches du Rhône. Mon village n’a rien de bien particulier, si ce n’est la douceur de vivre que je ressens depuis le fond de ma petite pinède. Après avoir pas mal bourlingué sous des cieux moins cléments, sentir la caresse du soleil et respirer l’odeur des pins suffit amplement à mon bonheur.

Un village,
C´est la pauvresse en cloque,
Les sourires équivoques
De tout´s les « braves » gens
Un village,
C´est une fausse légende
Racontée par les grandes
Aux tout petits enfants…

Depuis 25 ans que je vis ici, je ne me suis jamais impliqué dans la vie locale de ce lieu qui revêt bien des aspects du célèbre « petit village gaulois » d’Astérix… La seule fois où j’ai vaguement essayé, peu après mon emménagement, un gars du cru m’a refroidi en deux phrases. La première était du style « Ah oui, mais avec vous c’est toujours pareil, vous ne faites jamais rien comme il faut… ». La deuxième est venue tout de suite après, alors que je m’étonnais de ce que mon commensal me donne soudain du « vous », alors qu’habituellement on se disait tu. Il a alors eu cette phrase magnifique, véritable cri du cœur : « Oui, vous, les… aixois ! ».

Cela m’a fait sourire, enfin, sourire un peu jaune, moi qui suis né à Alger, ai grandi à Marseille, puis vécu à Paris, puis Rouen (…les hasards de la vie m’ont en effet amené à porter successivement mes valises « aux quatre coins de l’hexagone », expression d’ailleurs attribuée à un homme politique méridional), et même dans la plaine des Vosges ! Vu d’ici, Aix-en-Provence n’est que… disons la ville moyenne la plus proche. En y réfléchissant je me suis souvenu que j’y avais effectivement bien passé les trois premières années de ma vie d’étudiant, au milieu des années 1970… Mais jusqu’alors j’ignorais que cela avait laissé de telles traces !

Un village,
C´est le curé en chaire,
Le docteur et le maire
« Qui sont pas fiers pourtant »
Un village,
C´est la guerre et la haine,
Entre Albert et Eugène,
Pour un lopin de champ…

Aux débuts de ma vie de néo-rural, j’avais également été frappé par un dessin d’humour, trouvé dans une feuille de chou locale, tenue (…déjà !) par une équipe d’opposition municipale, et qui faisait dialoguer deux vieux ossements qui venaient censément d’être exhumés par des archéologues aux abords du village. Le premier os déclarait « Je viens de subir une datation au carbone 14, je sais maintenant que je suis vieux de 4 millions d’années ». Et le second lui répondait à peu près « Ah, c’est bien, désormais on peut dire que vous êtes presque d’ici, alors ! »

Ces petits événements (avec quelques autres) m’ont bien vite convaincu de suivre le conseil que Raimu prodiguait à son fils dans la célèbre pagnolade Fanny, lorsqu’il lui écrivait « Quand tu vas commencer à mesurer le fond des océans, fais bien attention de ne pas trop te pencher, et de ne pas tomber par dessus bord et là où ça sera trop profond. Laisse un peu se pencher les autres ». D’une certaine façon, j’ai moi-même pris le parti de « laisser se pencher les autres » pour ce qui concerne les questions de citoyenneté locale.

Un village,
N´en déplaise à Pagnol
Qui s´est payé not´ fiole
Avec son grand talent
Un village,
C´est Marius en vitrine,
C´est Fanny aux cuisines
Avec tous les enfants…

Bien m’en a pris ! La toute récente élection municipale a en effet vu s’opposer deux listes :

La première de ces listes est elle de l’équipe  sortante. Appuyée par ce qu’on pourrait appeler des féodalités locales qui savent depuis des lustres « veiller au grain » avec une ardeur consommée, elle fait notamment un tabac auprès du troisième âge… elle n’est installée que depuis une mandature, mais elle a succédé à une autre liste du même tonneau, qui elle-même… et ainsi de suite, depuis des temps qu’on devine immémoriaux. Les conseillers de feu le président Georges Pompidou avait inventé en leur temps une expression censée permettre à leur patron d’incarner ce phénomène aux yeux de son électorat :  « Le changement dans la continuité ». Eh bien chez moi, nous y sommes encore : les têtes de liste changent, mais on sent très nettement que dans la durée, les mêmes trois ou quatre baronnies locales (que tout le monde connaît) continuent à tenir solidement les rênes, dans ce joli coin de « Douce France », à l’image de ce qui se passe dans tant d’autres petits bouts de paradis tricolore.

La deuxième liste, quant à elle,  est en majorité composée de personnes plus nouvellement implantées ici (un peu comme moi), et qui représentent une catégorie de population qui progresse (…en nombre, s’entend) lentement mais sûrement au fil des ans. C’est d’une certaine façon la n-ième vague de tentative de poussée de sang neuf, à l’image de ces fameuses colonies de champignons qui naissent après la pluie, prenant soudain une place étonnamment grande (bien que souvent éphémère) dans la forêt… une histoire toute simple et toute prévisible de biodiversité sociologique, en quelque sorte. Il n’y a rien d’étonnant à cela. Personnellement, je connais bien évidemment des personnes dans l’une et l’autre de ces listes, et suis bien placé pour savoir que dans chacune d’elles il existe des gens tout à fait estimables et dignes de foi, côtoyant d’autres individus dont les incisives me semblent avoir une fâcheuse propension à rayer systématiquement les revêtements de sol les plus résistants…
_

Mon impression sur la gestion de la commune  par ces équipes successives depuis que je suis là ? Eh bien là aussi je serais bien incapable de trancher. Au vu de leurs réalisations (…ou de ce que j’en perçois), j’ai un peu le sentiment que le pire y côtoie le meilleur. Pour ne citer que le meilleur, j’ai par exemple vu sortir de terre en 1998 une magnifique bibliothèque municipale. Pendant toute la durée des travaux, j’étais persuadé que des martiens se poseraient sur son toit le jour de l’inauguration, et en repartiraient formels en déclarant qu’il ne pourrait y avoir là aucune forme de vie…

Eh bien la suite m’a donné tort, puisque l’endroit en question est à mes yeux un des lieux les plus magiques, agréables et enrichissants que j’ai connus dans ma (déjà longue) vie. Qui plus est, cette bibliothèque est animée par une équipe composée de personnes plus que compétentes, et au cœur gros comme ça…

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Un village,
C´est ces fêtes espagnoles
De violence et d´alcool
Pour les adolescents
Un village,
C´est les futures milices
Des chasseurs qui ratissent
Les lièvres et les gitans…

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insolite - avions au-dessus d'un nuage issu d'une tasse 506x507Ces toutes dernières élections municipales ont pourtant donné lieu à un de ces événements qui me manquent jamais de me déconcerter, et dont j’ai beaucoup de mal à savoir s’il faut en rire ou en pleurer : Il faut d’abord savoir que l’équipe sortante a remporté l’élection dès le premier tour. Apparemment, donc, le temps de mai 68 n’est pas encore arrivé jusque par chez nous, décalage horaire oblige. A franchement parler j’ignore ce que cela aurait donné. J’imagine simplement que ce sera pour une autre fois et que ce genre de relève est inéluctable. Juste une question de temps. Ici, la nature a tout son temps, justement… J’imagine également que l’équipe sortante (et – donc – reconduite) a dignement fêté sa victoire. Chez certains partisans, la nuit a dû être longue, voire passablement arrosée (Quelqu’un connaît-il la chanson « Chasse, pêche et tire-bouchon », de mon amie Flavia Perez ? …).

C’est là que ça se passe : le lendemain je me suis aperçu de ce que quelques-uns de ces intrépides militants avaient eu une drôle d’idée… En effet, à l’image de beaucoup de mes concitoyens, j’ai eu la surprise de découvrir, dès le fameux « lendemain de la victoire », une espèce de guirlande composée de vieux vêtements accrochés à des cintres, guirlande stratégiquement implantée bien en face de la mairie, contre le monument aux morts. Inratable. De loin, j’ai trouvé l’idée excellente, me disant « Tiens, une espèce de happening, d’installation artistique, annonçant sûrement un quelconque événement culturel …(exposition, pièce de théâtre… que sais-je encore ?) »._

 

Quel naïf indécrottable je fais ! La vérité était beaucoup moins drôle, figurez-vous qu’il s’agissait juste d’une mise en scène au goût douteux, destinée uniquement à faire enrager les perdants au vu et au su de tous. L’idée aurait pu m’être sympathique… si elle n’avait été traitée de manière aussi… disons pesante. Imaginez : sur nombre de ces vêtements, nos joyeux animateurs de noces et banquets n’avaient pas trouvé mieux que d’accrocher des pancartes pour railler chacun des membres de la liste battue qui venait, donc, de « prendre une veste », en inventant à chaque fois une blague oiseuse à partir de… son nom ! Comme dans les cours de récréation, on cherchait à l’évidence à atteindre (plus ou  moins consciemment) l’autre là où ça le touche le plus, c’est-à-dire au niveau de son identité… _


Un village,
C’est ce bloc unanime
A tirer grise mine
A l´étranger au clan,
Un village,
C´est l´idiot, que lapident
Les notaires placides
Qui passent en ricanant…

_

On croyait rêver… mais sur un mode très nettement  « Very bad trip »… Je n’ai pas pu m’empêcher alors de penser à l’aphorisme attribué à Albert Einstein : « Il n’y a que deux choses qui soient infinies: l’univers et la bêtise humaine. Et encore, pour l’univers, je ne suis pas sûr ». Ne possédant pas les connaissances de cet illustre monsieur, j’ignore totalement pour ma part si la bêtise humaine est infinie ou pas… En revanche, quelque-chose me dit qu’elle est beaucoup plus insondable que les fonds des océans cités plus haut… Si j’avais eu les « auteurs » de cette pantomime en face de moi, je leur aurais peut-être fait part de ma consternation… et à la réflexion peut-être pas, tant j’aurais craint de m’entendre rétorquer… que je manque d’humour !

Depuis lors, j’ai appris que des comportements tout aussi affligeants s’étaient produits un peu partout dans d’autres communes, ici et là. Certains d’entre eux sont infiniment plus préoccupants que celui que je viens de rapporter ici, et d’une certaine façon je me réjouis (si l’on peut dire), disons « en creux », du côté « potache » et somme toute relativement inoffensif de cette blagounette aux allures de canular pour amateurs de noces et banquets. À la réflexion, je me demande carrément s’il en existe des municipalités ayant échappé à ce genre de manifestations si peu glorieuses…

Un village,
Pas plus qu´une ville,
N´est cet îlot tranquille
Que je croyais pourtant
Un village,
C´est, grossi à la loupe
Une harde ou un groupe
De petits commerçants…

Allons, ne soyons pas trop pessimistes. De plus en plus, un peu partout, dans le monde, des voix s’élèvent pour faire la promotion des comportements inspirés par la bienveillance et la coopération, et pour tenter de nous ouvrir les yeux sur l’inanité des comportements ayant pour base la malveillance et l’esprit de compétition (lorsque celle-ci prend tous les aspects d’une lutte à mort), en pointant du doigt ce qu’elles ont de plus délétère, tant pour les personnes visées, que pour les auteurs de ces comportements eux-mêmes, et pour finir pour l’humanité tout entière, à bien y réfléchir.

Mais bon… le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a encore du boulot, vous ne trouvez pas  ?

Tiens, je vous laisse admirer la magnifique photo de campagne publiée il y a peu par… l’équipe en place, donc.

conseil municipal posant pour une photo de classe (enfin, si l'on peut dire)

Le conseil municipal de mon village posant pour une photo de classe (si l’on peut dire)

Pour ce qui me concerne, j’assume parfaitement n’être qu’un vieux gamin, surtout après l’avoir tant de fois clamé haut et fort dans ces lignes. En même temps, force m’est de constater avec désarroi qu’on ne peut être jeune qu’une fois… mais immature toute sa vie.

Bien à vous,

Bernard

PS : Les incises sont extraites de la chanson « Un village » d’Henri Tachan, dont on peut lire l’intégralité des paroles ici et entendre la musique . Merci à Omer Sainte, ami de longue date sans qui je ne connaitrais pas ce morceau…

Nous sommes tous obnubilés par le désir d’arranger les choses…

Douglas Kennedy - Quitter le monde

left_guillemet._transNous sommes tous obnubilés par le désir d’arranger les choses, au point de nous persuader que nous sommes capables de rectifier le cours de la vie. « Jeter des ponts », « tendre la main », « arrondir les angles » : le lexique de l’Amérique moderne est hanté par le besoin de réconciliation, car nous sommes « le pays où tout est possible », pas vrai ?

Nous nous faisons fort d’esquiver la tragédie, de combler l’abîme insurmontable qui se creuse si souvent entre les êtres humains, de comprendre l’incompréhension… Le point faible de cet optimisme entêté, c’est le refus de reconnaître qu’il existe en effet des divergences insolubles, des tensions insolubles, d’accepter que malgré toute notre bonne volonté nous ne pouvons pas corriger tout ce qui a mal tourné, terriblement mal tourné…right_guillemet_trans

Douglas Kennedy, « Quitter le monde », 2009, Belfond, p. 287

Un salon et un livre…

Salon Solutions RH 2014

Bonjour à tou(te)s.

Dans quelques jours, je serai au salon Solutions RH et e-Learning Expo (Paris, Porte de Versailles) du mardi 18 au jeudi 20 mars.

J’ai bien l’intention de faire le tour des exposants qui interviennent en formation et e-learning, afin de nouer ou d’entretenir un maximum de contacts. J’assisterai également à quelques conférences et ateliers, et j’aurai probablement l’occasion de me prêter à quelques animations surprises en collaboration avec quelques exposants de ma connaissance, qui seront également mes complices pour cette occasion.

Ce sera aussi l’occasion pour moi de présenter en avant-première le livre de conseils aux formateurs que je prépare depuis plus d’un an, et qui devrait paraître cet été aux éditions DUNOD (l’éditeur fait d’ailleurs partie des exposants !).

Livre de conseils aux formateurs

Maquette provisoire – Document non contractuel

Si de votre côté vous comptez vous y rendre, cela peut être intéressant de nous y croiser… En tout cas, de mon côté j’en serais très heureux. Pour un échange de vues, de vive voix, en chair et en os, autour d’un café.

Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à m’en faire part. Nous trouverons bien le moyen de nous y retrouver. Il vous suffit de réagir à cet article par un commentaire, et de me préciser comment je peux vous joindre.

Bien à vous,

Bernard

Secouer la contrebasse

Contrebasse décorée par  Natasha Kudashkina

© 2011 – Natasha Kudashkina

Quand on me dit que l’inattendu nous attend toujours au coin de la rue, je ne le crois pas toujours. Et pourtant…

Mardi dernier je suis allé rendre visite à Martine, mon amie la luthière. Elle m’avait dit qu’à cette occasion je pourrais « l’aider à secouer la contrebasse ». J’avais imaginé qu’il s’agissait d’une expression quelconque, imagée, celles dont nos amis québécois (par exemple) ont le secret, et dont le véritable sens m’échappait totalement. En fait non, c’était à prendre littéralement. Au pied de la lettre, quoi.

Martine venait en effet de finir une intervention sur un de ces étranges instruments, et elle avait besoin de faire tomber par terre les quelques copeaux de bois qui s’étaient incrustés à l’intérieur pendant l’opération, tout simplement. Et le plus simple en pareil cas c’est apparemment de secouer l’instrument comme un prunier, en le tenant à l’horizontale, ouïes vers le bas, tout en effectuant de savants mouvements pendulaires pour persuader les copeaux de prendre gentiment le chemin de la sortie, par les ouïes donc.

Effectivement je peux témoigner qu’à deux c’est plus facile !

Martine Aguila, luthière à Aix-en-Provence

Laissez tomber vos tours de table, préférez-leur la balle magique !

Arrêtez tout !Pour recueillir les attentes des participants dans diverses circonstances, par exemple au début d’une réunion ou encore d’une session de formation, un usage aussi vieux que les conseils d’administration veut qu’on ait recours à ce qu’on appelle le tour de table. Vous qui lisez ces lignes, il est fort probable que vous ayez une expérience de cet exercice de style plutôt convenu, conçu pour permettre à des personnes présentes dans une assemblée de se présenter, et/ou de donner leur avis sur un point quelconque. Voilà comment cela se passe le plus souvent :

L’animateur de la séance suggère que chaque personne présente s’exprime tour à tour, en suivant tout simplement l’ordre d’installation dans la salle ou autour de la table. On commence par régler la question du « On commence par où, la gauche ou la droite ? », et c’est parti comme en 14, chacun y va de son petit couplet. Quand il ou elle a terminé, la personne suivante enchaîne, et ainsi de suite jusqu’à la fin. C’est simple, carré, pratique… sauf que le plus souvent, cela ne sert pratiquement à rien. Pourquoi ? En voici une illustration, qui bien sûr n’engage que moi.

Pour ce qui me concerne en effet, à chaque fois que je suis « pris » dans un de ces fameux tours de table, je ne manque jamais d’admirer l’aisance verbale, et même corporelle, de nombre d’intervenants successifs, qui rivalisent de finesse, d’esprit, de sens de la rhétorique, d’esprit de synthèse, et parfois même d’humour ! Les trouvant tous plus beaux, intéressants, charismatiques et captivants les uns que les autres, j’ai donc tout naturellement à cœur d’être au moins aussi beau, intéressant, charismatique et captivant que les autres lorsque mon tour viendra, quoi de plus naturel en effet ?

Or, panique à bord, je ne suis pas du tout certain d’être à la hauteur, le moment venu. Heureusement, le moment en question n’est pas toujours pour tout de suite, selon le hasard des placements dans la salle. Du coup, constatant que – par chance – je dispose d’un peu de temps, j’en profite pour « préparer mes phrases », à l’image du playboy de boîte de nuit d’une vieille chanson de Cabrel[1]. Et voyez comme c’est bête, le fait même de préparer mes phrases me rend complètement incapable d’écouter en même temps ce que les autres sont en train de dire ! Si bien que, le plus souvent, si on me demandait de résumer ce qu’a dit chacun des autres participants, j’en serais tout bonnement incapable ! Avouez que c’est dommage…

Quelque-chose me dit même confusément que je ne dois pas être le seul dans ce cas-là. Du coup, je me garde bien de lancer moi-même quelque tour de table que ce soit. Lors de mes interventions en formation, par exemple, je le remplace toujours par…

…Une séquence de balle magique !

balle magique

Qu’est-ce que donc que cela ? C’est tout simple, et cela nous vient tout droit de la tradition du bâton de parole en usage dans de nombreuses tribus africaines. Il s’agit de prendre un objet symbolique (une petite balle en mousse c’est idéal, à défaut on peut froisser une feuille de papier en boule) qu’on appellera « balle magique ». Après avoir présenté la balle, je préviens l’auditoire que je vais bientôt lancer cette balle magique dans la salle, à destination d’un participant que je choisirai au hasard (j’avoue franchement que si une personne regarde le plafond, sa montre, ou encore consulte sa messagerie à ce moment précis, je me fais un malin plaisir d’influer un peu ledit hasard).

bâton de paroleLa personne qui se retrouve en possession de la balle magique prend alors la parole… et la garde le temps nécessaire. Nul ne peut l’interrompre (…à part l’animateur, exclusivement en cas de « dépassement du temps raisonnable » qui risquerait de pénaliser le reste du groupe. En pareil cas, il convient de se montrer déterminé, tout en y mettant les formes).

Lorsque la personne a fini de parler, elle jette la balle (de manière toute aussi « aléatoire » que moi il y a quelques instants) à la personne de son choix, qui récupère la parole en même temps que la balle… ainsi de suite, jusqu’à la fin. Vous verrez qu’en fin de parcours, la dernière personne à s’être exprimée a souvent le réflexe de « renvoyer la balle » à l’animateur[2], ce qui lui permet comme par hasard de « rebondir » sur ce qui vient d’être dit, selon l’expression consacrée… qui jamais ne s’est aussi bien appliquée (une balle magique a donc des rebondissements… magiques !).

Bien entendu, les participants à ce « tour de table d’un genre nouveau », sachant que leur tour va peut-être venir juste après (particulièrement pour les derniers d’entre eux !), ne veulent pas paraître « tomber des nuages » au moment où la balle leur tombera dessus… Du coup, par la force des choses, le plus souvent ce dispositif rend tout le monde beaucoup plus… attentif !

Que demande le peuple ?…

Bien à vous,

Bernard

***

Cet article sera repris dans ouvrage de conseils aux formateurs, à paraître au cours de l’été 2014 aux éditions DUNOD.

 


[1] « Samedi soir sur la terre ».

[2] …Dans le cas contraire, pensez tout de même à la récupérer !

Les émotions ont toutes une fonction bien précise

smiley optimiste

Bonjour.

J’ai récemment lu un article de la journaliste et blogueuse Sandra Coutoux intitulé « L’art d’être triste« . Dans ce très intéressant billet (il y a aussi des commentaires bouleversants…), il était question de « laisser libre cours » à une tristesse lorsqu’elle nous envahit, afin de nous permettre d’aller dans une sorte d’acceptation libératrice.

A mes yeux, on ne peut qu’être d’accord avec l’idée qu’il ne sert à rien de mettre sa tristesse au fond de sa poche, avec un mouchoir par-dessus… Les émotions sont comme l’eau  – et encore plus lorsqu’il y a présence de larmes – en ceci qu’elles finissent toujours par ressurgir d’une manière ou d’une autre lorsqu’on tente maladroitement de les endiguer.

Accueillir nos émotions…

Nous avons donc tout intérêt à accueillir, accepter nos émotions, donc. Pas de souci là-dessus. En revanche, il me semble qu’il y a au moins deux types de circonstances où on est triste (pour rester sur l’exemple de la tristesse):

Le premier est lié à un deuil. Deuil au sens large, perte de quelqu’un ou de quelque-chose, fin d’une étape de notre vie, séparation, renoncement, etc. En pareil cas, il me paraît bénéfique pour soi de chercher à identifier l’origine de la tristesse. Ce n’est qu’à ce prix que les larmes peuvent donner naissance à quelque-chose de positif pour nous.

L’irremplaçable Elisabeth Kübler-Ross…

La célèbre psychologue Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004) pionnière de l’approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie, et également pour leurs proches, a très bien décrit les différentes étapes qui doivent être franchies pour opérer une véritable transmutation personnelle (révolution intérieure, dirait sans doute Sandra… 😉 ) en cas de deuil. Elle a travaillé quasi exclusivement sur des cas dramatiques impliquant la mort (la nôtre, ou celle d’un de nos proches), mais je fais partie des nombreuses personnes persuadées qu’on peut se nourrir avec profit des écrits d’Elisabeth Kübler-Ross dans des cas infiniment plus anodins (du moins en apparence…) dans lesquels intervient ne serait-ce qu’une « petite mort symbolique ». Sans compter que tout deuil vécu nous renvoie inéluctablement à nos deuils passés.

Ainsi, certaines personnes vont consulter un thérapeute au motif que « …ce n’est pas normal de pleurer la perte d’un animal de compagnie pendant si longtemps », et découvrent bien vite qu’en fait elles ne s’étaient pas autorisées à pleurer leur défunt mari trente années auparavant, au motif « …qu’il fallait bien trouver un moyen de nourrir les enfants et que ce n’était pas le moment de se laisser abattre »… A l’image des trains, un deuil peut très bien en cacher un autre…

Identifions donc la source de notre tristesse, et nous trouverons forcément un chemin… un chemin qui peut être long, douloureux, mais enfin un chemin.

Les états dépressifs

Le deuxième type de circonstance provoquant une tristesse est lié à… un état dépressif. Par exemple, nous avons dû faire face à plusieurs événements ayant provoqué une tristesse, et nous avons comme attrapé une « pathologie de la tristesse », si bien que nous avons acquis la faculté d’être « triste sans raison ». Bien entendu je schématise… Si je suis triste sans raison pendant quelques heures, c’est peut-être que je n’ai tout simplement pas identifié la véritable raison, et peut-être est-ce sans importance… Mais si je continue ainsi pendant plusieurs jours, semaines, voire plus, c’est peut-être – je dis bien peut-être – que j’ai « attrapé la tristesse » comme d’autres attrapent un rhume, et que j’ai besoin de consulter un spécialiste pour m’aider à m’en défaire.

A mes yeux, toutes les émotions ont une fonction bien particulière. Ainsi, la fonction de la tristesse est de nous aider à faire un deuil (au sens large). Cette émotion est donc « adaptée » lorsqu’il y a perte, séparation, renoncement (fût-ce à un rêve ou à une illusion…).

Histoires de contextes

Mais il me semble qu’il peut également exister des contextes où une émotion n’est PAS adaptée. Je ne sais pas si vous vous souvenez du film « Le grand chemin », et particulièrement de la scène où Richard Bohringer crie à Anémone « Mais ça fait des années que tu pleures… y’en a marre à la fin, tu dois bien y trouver ton compte d’une manière ou d’une autre ! ».

Pour qui se souvient du film, et des circonstances dans lesquelles ce couple avait toutes les raisons de pleurer, il est difficile d’imaginer qu’un « bar à larmes » (lieu de réconfort imaginé par Sandra dans son article) aurait été d’un quelconque secours à cette malheureuse femme… bien au contraire. Toujours ces histoires d’enfers pavés de bonnes intentions… Soyons-y attentifs !

Et si nous croisions les fonctions et les contextes ?

Ainsi, les émotions ont toutes une fonction bien précise. Et sont donc « appropriées » à chaque fois que cette fonction « a de quoi être remplie », autrement dit, lorsque le contexte s’y prête. Attention, cela n’a rien à voir avec ce qui est socialement admis ou pas. Je parle juste ici d’écologie personnelle (Qu’est-ce que j’y gagne… Qu’est-ce que j’y perds… Où cela mène-t-il ?). De la même façon, lorsque cette fonction n’est pas remplie, ayons le courage d’admettre que des émotions peuvent ne pas être adaptées au contexte, et que nous avons besoin de nous faire aider par une personne qui saura vraiment nous aider à « passer à autre chose ». Et si la bienveillance de nos proches n’y suffit pas, ayons le courage d’aller consulter un spécialiste (après tout, si ma voiture tombe en panne, je trouve normal d’aller la confier à un garagiste… ce qui ne veut pas dire « n’importe quel garagiste »… mais au-delà d’un certain stade, c’est nettement préférable au « copain qui s’y connait un peu en mécanique »…).

Tableau des émotions

Voici un tableau répertoriant quatre émotions. Ce sont les émotions dites « principales », celles qui sont considérées comme mères de toutes les autres par plusieurs auteurs… Mais il n’y a pas de limite, et vous pouvez vous essayer à compléter ce tableau à l’infini, en y rajoutant d’autres exemples de votre choix.

Encore une fois, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » émotion en soi. Il en va des émotions comme il en va des attitudes (si une guêpe se pose sur mon bras, la passivité – eh oui, la passivité ! – sera probablement une attitude adaptée… de la même façon, il est le plus souvent salutaire pour soi et les autres de se montrer « psychorigide » lorsqu’on est arrêté par un feu rouge !).

De la même façon, une émotion peut très bien être adaptée (…ou pas !) par rapport au contexte, comme le montre le tableau suivant. En pareil cas, cette émotion a en général une fonction bien précise, qu’il peut être bon de connaître. En revanche, si vous avez une tendance marquée à ressentir de manière récurrente une de ces quatre émotions en l’absence de circonstances décrites dans la colonne « Contexte », c’est peut-être un signe plus alarmant… à vous de voir :

 

CONTEXTE
(adaptée lorsqu’il y a…)
FONCTION
(Ça sert à…)

Tristesse

Perte / Séparation / Renoncement (…à un rêve, une illusion…) Faire le deuil

Colère

Attaque dans nos valeurs / Injustice / Frustration Défendre nos valeurs, défendre notre intégrité, nous affirmer

Peur

Danger / Inconnu Se préparer, anticiper, fuir

Joie

Satisfaction / Plaisir / Amour / Harmonie Se relier, éprouver un sentiment d’appartenance

Les émotions toxiques

Il y a une chose qui me chagrine particulièrement, c’est de penser à toutes les personnes qui passent toute une vie en proie à une émotion « toxique » pour eux et/ou leur entourage.

insupportable...Ainsi, vivre toute une vie de tristesse est peut-être le signe d’état chronique dépressif. Vivre toute une vie de colère est peut-être le signe d’état chronique agressif. Vivre toute une vie de peur est peut-être un signe d’angoisse, ou pire d’anxiété pathologique. Quant à vivre toute une vie de joie, cela peut très bien être le signe que vous êtes un être exceptionnel ayant atteint le dernier degré de la sagesse… ou encore que vous êtes atteint du syndrome du « ravi de la crèche »…

émotions 6 masques 547 x 432

Toujours pareil… d’excellents auxiliaires peuvent faire de très mauvais maîtres !

Sachons donc écouter nos émotions, elles ont toujours quelque-chose d’utile à nous apprendre… sans jamais oublier que si les émotions constituent d’excellents auxiliaires (à écouter avec la plus grande attention), elles font toutefois de très mauvais maîtres !

Bien à vous,

Bernard

Le jeu « Cinq questions pour des champions » [ressource pédagogique]

5 questions pur des champoions - vue de la célèbre émission TV

La plus grande difficulté dans ce monde, ce n’est pas notre capacité à produire, mais notre réticence à partager.  [ Roy Lemon Smith]

Cet article a précédemment été publié en 2009, sous une forme légèrement différente, chez Joueb, puis chez WordPress.

Voici un fantastique jeu pédagogique auquel je me suis souvent livré auprès d’un public d’adultes en situation de formation. Il a été inventé par l’américain d’origine indienne Sivasailam Thiagarajan  (dont il a été plusieurs fois question sous ces lignes), alias Thiagi, génial découvreur du concept des « jeux cadres ». Les français appellent le plus souvent ce jeu « Question à foison ». En voici le principe.

« Le sujet que nous abordons aujourd’hui est ardu… J’ai peur que mes participants décrochent…»

Imaginez plutôt : Vous savez que vous devez effectuer une intervention de type  « cours magistral » sur un sujet plutôt ardu, abstrait, complexe… et comme vous n’êtes pas du genre enseignant autiste (ne riez pas, j’en ai rencontré !), vous savez pertinemment que vos apprenants risquent fort de « décrocher » au bout d’une à deux heures, et encore je suis optimiste (interrogez n’importe quel médecin sur les véritables facultés d’attention d’un adulte dans le temps, vous risquez d’être déçu). Vous supposez même que, la digestion aidant, votre sempiternelle demande : «…Avez-vous des questions? » fera un bide retentissant.
Si vous êtes persuadé que c’est ainsi… qu’on n’y peut rien… qu’après tout ce n’est pas votre problème mais le leur, ou pire, que c’est bien meilleur d’apprendre dans la souffrance sous le simple prétexte que vous-même avez toujours fonctionné ainsi… je me permets de vous conseiller d’arrêter de lire ces lignes, la suite risquant fort de vous déplaire, vous voilà prévenu.

On peut amener sa sonnerie… c’est même conseillé

Arrangez-vous pour emporter avec vous le jour de l’intervention un objet qui fera entendre une sonnerie, grosso modo à l’heure que vous aurez jugée « fatidique » (si vous êtes « high tech », utilisez les fonctionnalités de votre téléphone portable, si vous êtes de type plus rétro, un minuteur pour cocotte minute fera très bien l’affaire). Comptez deux heures environ après le démarrage de votre cours.
Prévenez l’assistance qu’une interruption inopinée surviendra à « telle heure environ  »… que le cours magistral s’interrompra donc, et qu’il sera procédé à une activité agréable et amusante destinée à favoriser en douceur la mémorisation de tout ce qui aura été abordé jusque-là.
Lorsque survient la sonnerie, vous êtes en général le premier surpris, c’est normal (ceux qui se sentent une âme de fantaisiste pourront avec profit détendre l’atmosphère en se lançant dans une tirade du type « Ah mais non, je vous demande un peu, quel est l’outrecuidant qui ose interrompre mon auguste propos ? … Euh oui, effectivement, pardon, ce n’est que moi-même ! »).

Et c’est parti! Formez deux équipes

Demandez à l’assistance de bien vouloir se diviser en deux groupes de tailles à peu près égales. Ces groupes formeront deux équipes, que nous appellerons respectivement l’équipe A et l’équipe B.
Demandez à chaque équipe de s’entendre pour préparer cinq questions portant sur le contenu qui vient d’être abordé depuis… (ici, vous avez le choix : depuis aujourd’hui, depuis ce matin, depuis le début de la session… à vous de voir !). Les apprenants ont – bien entendu – parfaitement le droit de consulter leurs propres notes de cours (c’est même absolument fait exprès !). Précisez juste que ces questions seront bien entendu posées à l’équipe adverse.
Aussi étrange que cela puisse paraître, vous verrez très vite l’ensemble des apprenants relire toutes leurs notes en tous sens, en avec une avidité et une jubilation surprenantes. J’ai bien dit « l’ensemble ». Certes, au début seuls les plus malicieux, les plus extravertis d’entre eux commenceront par se prendre au jeu, mais je vous fiche mon billet qu’au bout d’un moment règnera une joyeuse ambiance de saine émulation et que tout le monde s’y sera mis ! Ce sera à qui trouvera la question la plus tordue, le détail le plus pinailleur…

On a le droit de poser toutes sortes de questions, même les plus farfelues

Précisez bien qu’on a droit à toutes sortes de questions, même celles qui « détourneraient » le jeu (…ne pas hésiter à leur dire qu’on a parfaitement le droit de demander par exemple « Euh, c’est quand la pause ? »… en fait, pour ce qui me concerne, cela ne m’est jamais arrivé… peut-être justement parce que tout simplement les gens se sentaient vraiment libres de le faire !
Tiens, un conseil pratique : mettez donc à profit ces quelques minutes pour quitter la salle, vous détendre un moment, aller prendre un café, et constater au passage que votre présence dans la salle de cours n’a absolument rien d’indispensable pour une bonne acquisition des connaissances (…votre narcissisme dût-il en souffrir :- )  ).
Lorsque chaque groupe a réuni ses 5 questions (…et que vous êtes revenu 🙂 ), vous vous transformez illico en Maître Jaques, sorte d’animateur de jeu télévisé qui se contentera de compter les points.

Important : le (très sérieux) décompte des points

Pour ce faire, tracez donc au tableau deux colonnes intitulées A et B, chacune divisée en 5 lignes. Le jeu entre alors dans sa phase la plus vivante : l’équipe A pose sa première question, l’équipe B s’efforce d’y répondre (bien entendu, tout le monde est toujours autorisé à continuer de consulter ses notes, y compris pour y chercher des éléments de réponse, c’est toujours aussi « fait exprès » que tout à l’heure !).
Si l’équipe B répond de façon satisfaisante aux yeux de l’équipe A, elle marque un point, sinon zéro. Remarque importante : en aucun cas vous ne devez jouer le rôle d’un arbitre à ce stade-là, rappelez-vous que vous n’êtes qu’un « animateur qui se contente de compter les points » ! Seule l’équipe qui a posé la question est habilitée à juger de la recevabilité de la réponse obtenue. En cas de besoin, indiquez clairement que vous vous tiendrez à la disposition du groupe une fois que l’activité présente sera terminée, mais que pour quelques minutes, vous renoncez volontairement à votre casquette de « celui qui détient le savoir » et que vos apprenants ne doivent rien voir d’autre en vous qu’un simple meneur de jeu.
Ensuite on enchaîne de manière toute bête…à son tour, l’équipe B pose sa « première question » à l’équipe A… puis l’équipe A pose sa 2e question à l’équipe B… l’équipe B pose sa 2e question à l’équipe A… et ainsi de suite, jusqu’à ce que les 10 questions (…2 fois 5) aient été posées, comme sur le tableau ci-dessous.

Ce qu'on écrit au tableau...

Ce qu’on écrit au tableau…

A la fin, il suffit de faire le total des points de chaque colonne pour savoir quelle est l’équipe gagnante. On peut aller jusqu’à s’amuser à proclamer le résultat de manière plus ou moins solennelle, ou encore humoristique (« Le gagnant est… The winner is… »).

Au fait, qu’est-ce qu’on gagne ?…

Bien entendu il n’y a absolument rien à gagner, mais vous verrez, cela n’empêche nullement les participants d’entrer dans le jeu et de vivre un moment plaisant.
Important : Comme je le précisais plus haut, à ce stade vous pouvez enfin traiter, le cas échéant, les précisions sur les éléments de cours éventuellement restés en suspens lors du déroulement du jeu.

Attention : ne les laissez pas repartir « comme ça »…

Pour clore cette activité, il est indispensable de procéder à un débriefing digne de ce nom. Je m’explique : Il ne faudrait pas que les apprenants repartent dans la nature en proclamant à qui veut l’entendre (voire à eux-mêmes)… « Ah, cette formation, on s’en souviendra, qu’est-ce qu’on a bien rigolé ! »… Si cela s’arrête là c’est pour le moins un peu court, et au pire dangereux. Ne manquez donc pas d’inviter vos apprenants à se poser franchement la question : « Est-ce que cela a été pour nous l’occasion de revoir – ou de clarifier – des choses qui seraient restées dans l’oubli sans cela ? ». Non seulement ils vous répondront que oui, mais ce « oui » aura tout de enthousiaste, et rien du convenu. Vous pouvez même enfoncer le clou en ajoutant « Imaginez que pendant tout le temps que nous avons consacré au jeu je vous aie demandé de parcourir vos notes pour vérifier que tout est bien clair pour vous, pensez-vous que nous aurions été aussi efficaces ?… moins efficaces ?… plus efficaces ?… ».
Là encore, vous le verrez, il n’y a vraiment pas photo… Mais il est important que vos apprenants en prennent pleinement conscience.

Maintenant, si vous le voulez bien, voici deux des principaux enseignements que, pour ma part, j’ai tirés de cette histoire, et que j’aimerais beaucoup vous faire partager… certainement pas en tant que « donneur de leçons » (…beurk !), mais tout simplement en guise de témoignage à propos de ma façon de fonctionner, qui vaut ce qu’elle vaut… rien de plus, mais rien de moins 🙂
Voici donc deux remarques, pour finir :

Et si on oubliait la théorie, juste pour un temps ?

Ma première remarque sera de vous dire que je n’ai aucune, mais alors aucune envie de tirer des conclusions théoriques à partir de cette histoire. A mes yeux, les meilleurs enseignements que vous en tirerez vous-mêmes se feront… en la vivant, tout simplement. Si vous avez le courage d’aller vers vos apprenants en laissant tomber tous les boucliers certes bien rassurants mais ô combien encombrants (« ah… oui, ici c’est à n’en point douter du socioconstructivisme… et là c’est clairement à la métacognition qu’il est fait référence ! »), vous serez récompensés de votre bienveillance et de votre simplicité. Si d’aventure les oripeaux d’un « Professeur Diafoirus » vous sécurisent, prenez le risque de vous en défaire, ne serait-ce que pour un temps…  N’en doutez pas, les apprenants (…tout comme vous !) savent toujours, au fond d’eux-mêmes, à qui ils ont réellement affaire, d’une certaine façon. Il ne tient qu’à vous de décider si vous avez envie de vivre cela comme un enfer ou comme un paradis…

« Qui suis-je, moi, pour faire ainsi le pitre ? »

La deuxième remarque que je voudrais vous adresser est peut-être plus délicate, plus impliquante : En effet, il est possible que certains d’entre vous se demandent « Qui suis-je, moi, pour faire ainsi le pitre ? En ai-je vraiment envie ? », ou pire : « …En ai-je vraiment les moyens ? ». C’est là qu’intervient une notion centrale, à mes yeux : celle de croyance portante (…ou limitante) pour soi-même et pour les autres (après avoir traité des croyances limitantes à plusieurs reprises dans ce blog, je traiterai des croyances portantes dans un prochain article…). Pour ma part je me situe clairement dans un courant de pensée qui croit fondamentalement en l’homme, et en ses talents. Tout le monde a du talent, d’une manière ou d’une autre. Il suffit à chacun d’entre nous d’aller chercher en lui-même ce qu’il aime, sait, et veut faire pour s’apercevoir de l’immensité de ses possibilités, lesquelles sont généralement bien supérieures à l’idée qu’on s’en fait. Si vous êtes certain (j’ai bien dit certain) de ne pas y croire pour vous-même, alors renoncez définitivement à « faire passer » quoi que ce soit vers les autres, vous ne feriez que leur communiquer vos propres peurs, et grossir les rangs de ceux, trop nombreux, qui commettent d’irréparables dégâts en s’ingénient à rendre ennuyeuses les choses les plus passionnantes.

Conclusion : une fois de plus, il suffit d’oser…

Osez donc utiliser vos propres talents pendant vos heures de cours, que diable ! Cela peut très bien passer par l’humour, bien sûr, mais aussi par mille autres choses. Il suffit de s’en persuader soi-même pour que cela commence à marcher. Parole ! Seuls ceux qui ont fait preuve d’imagination et de créativité ont réellement fait avancer les choses en la matière… Nous le savons tous très bien au fond de nous-mêmes… Et pour ma part, une de mes croyances les plus ancrées est précisément que l’imagination est une chose qui est à la portée de tout le monde (1).
Il ne nous reste plus dans ces conditions qu’ oser nous jeter à l’eau… pour y découvrir un monde agréable et passionnant (je vous le garantis).

***


(Cet article sera repris dans ouvrage de conseils aux formateurs, à paraître au cours d l’été 2014 aux éditions DUNOD).


(1) …Imagine-t-on, en effet, un enfant invité à se joindre à ses camarades de jeu leur répondre quelque-chose du style « Euh, non, désolé, je manque cruellement d’imagination »… ???
…Alors, si tous les enfants peuvent le faire, tout ce qu’il vous reste à faire est de répondre à la question « L’enfant que j’ai été est-il encore présent en moi ? »… puis de le laisser vous donner la réponse 🙂

Rapports parents-enseignants-élèves : Lettre d’Abraham Lincoln au professeur de son fils

Les rapports entre parents, enseignants et élèves sont une chose qui ne va pas de soi. De plus en plus souvent, ils finissent par prendre la forme ce qu’on appelle un triangle dramatique. Force est de constater que de nos jours l’enseignement est de moins en moins sacralisé, et à plus forte raison les enseignants…

Sans nous en rendre compte, presque sans transition, nous nous sommes brutalement retrouvés plongés dans une époque singulière à bien des égards. Il n’est pas si loin de nous, ce temps où les parents d’élèves avaient pour habitude de « doubler le tarif » de la moindre sanction infligée à leur progéniture sans même prendre la peine de savoir de quoi il retournait, par un réflexe de solidarité sans faille envers l’instituteur, qui se retrouvait de ce fait investi de tous les pouvoirs.

Aujourd’hui, il semble que nous ayons basculé sur une toute autre planète. Ainsi que l’écrivait Jean-Paul Delevoye, le médiateur de la république dans son dernier rapport, «[…] nous sommes entrés dans de nouveaux rapports aux autresOn veut tout, tout de suite. On a du mal à se soumettre aux règles du collectif. Alors, des tensions binaires apparaissent partout :  magistrats-justiciables ; soignants-soignés… professeurs-élèves ».

Interrogé à plusieurs reprises sur ce dernier point,Jean-Paul Delevoye a déclaré en substance qu’ en tant que parents, notre vision de l’enseignement et le regard que nous portons sur les enseignants a tellement changé qu’aujourd’hui nous n’attendons plus nécessairement d’un enseignant qu’il soit pédagogue, mais plutôt qu’il « mette 20 sur 20 à notre enfant, afin que celui-ci soit mieux armé à affronter la dure vie qui l’attend »… Tout est dit.

Ainsi, ce pauvre enseignant est de plus en plus souvent considéré comme un simple prestataire de services, censé tenir le plus grand compte de la moindre de nos injonctions qu’il devrait appliquer sur le champ sans discussion possible. Ce n’est pas difficile de l’imaginer : certains d’entre eux reçoivent ainsi des courriers de parents contenant les requêtes les plus surréalistes qui soient.

Autres temps, autres mœurs… Maintenant, si vous le voulez bien, je vous propose un voyage dans le passé, un saut de plusieurs générations allant… jusqu’au XIXe siècle. Vous trouverez sous ces lignes la transcription d’une lettre qui aujourd’hui peut sembler étrange à bien des égards. Elle aurait été expédiée par Abraham Lincoln (1809-1965), 16e président des États Unis, à l’attention du professeur de son fils. Je vous laisse découvrir ça :

left_guillemet._transIl aura à apprendre, je sais, que les hommes ne sont pas tous justes, ne sont pas tous sincères.

Mais enseignez-lui aussi que pour chaque canaille il y a un héros; que pour chaque politicien égoïste, il y a un dirigeant dévoué…

Enseignez-lui que pour chaque ennemi il y a un ami.

Éloignez-le de l’envie, si vous pouvez, enseignez-lui le secret d’un rire apaisé.

Qu’il apprenne de bonne heure que les despotes sont les plus faciles à flatter…

Enseignez-lui, si vous pouvez, les merveilles des livres…

Mais laissez-lui un peu de temps libre pour considérer le mystère éternel des oiseaux dans le ciel, des abeilles au soleil, et des fleurs au flanc d’un coteau vert.

À l’école, enseignez-lui qu’il est bien plus honorable d’échouer que de tricher…

Apprenez-lui à avoir foi en ses propres idées, même si tout le monde lui dit qu’elles sont erronées…

Apprenez lui à être doux avec les doux, et dur avec les durs.

Essayez de donner à mon fils la force de ne pas suivre la foule quand tout le monde se laisse entraîner…

Apprenez-lui à écouter tous les hommes mais apprenez-lui aussi à filtrer tout ce qu’il entend à travers l’écran de la vérité, et à en recueillir seulement les bonnes choses qui passent à travers.

Apprenez-lui si vous pouvez, à rire quand il est triste…

Apprenez-lui qu’il n’est aucune honte à pleurer.

Apprenez-lui à se moquer des cyniques et à prendre garde devant une douceur excessive…

Apprenez-lui à vendre ses muscles et son cerveau au plus haut prix, mais à ne jamais fixer un prix à son cœur et à son âme.

Apprenez-lui à fermer les oreilles devant la foule qui hurle et à se tenir ferme et combattre s’il pense avoir raison.

Traitez-le doucement, mais ne le dorlotez pas, parce que seule l’épreuve du feu forme un acier fin.

Qu’il ait le courage d’être impatient et la patience d’être courageux.

Apprenez-lui toujours à avoir une immense confiance en lui-même, parce que dès lors, il aura une immense confiance envers l’Humanité.

C’est une grande exigence, mais voyez ce que vous pouvez faire…

Il est un si bon garçon, mon fils !right_guillemet_trans

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