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Un blog de Bernard Lamailloux – ingénierie pédagogique et artistique

Archives de la catégorie “thérapies brèves”

Les émotions ont toutes une fonction bien précise

smiley optimiste

Bonjour.

J’ai récemment lu un article de la journaliste et blogueuse Sandra Coutoux intitulé « L’art d’être triste« . Dans ce très intéressant billet (il y a aussi des commentaires bouleversants…), il était question de « laisser libre cours » à une tristesse lorsqu’elle nous envahit, afin de nous permettre d’aller dans une sorte d’acceptation libératrice.

A mes yeux, on ne peut qu’être d’accord avec l’idée qu’il ne sert à rien de mettre sa tristesse au fond de sa poche, avec un mouchoir par-dessus… Les émotions sont comme l’eau  – et encore plus lorsqu’il y a présence de larmes – en ceci qu’elles finissent toujours par ressurgir d’une manière ou d’une autre lorsqu’on tente maladroitement de les endiguer.

Accueillir nos émotions…

Nous avons donc tout intérêt à accueillir, accepter nos émotions, donc. Pas de souci là-dessus. En revanche, il me semble qu’il y a au moins deux types de circonstances où on est triste (pour rester sur l’exemple de la tristesse):

Le premier est lié à un deuil. Deuil au sens large, perte de quelqu’un ou de quelque-chose, fin d’une étape de notre vie, séparation, renoncement, etc. En pareil cas, il me paraît bénéfique pour soi de chercher à identifier l’origine de la tristesse. Ce n’est qu’à ce prix que les larmes peuvent donner naissance à quelque-chose de positif pour nous.

L’irremplaçable Elisabeth Kübler-Ross…

La célèbre psychologue Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004) pionnière de l’approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie, et également pour leurs proches, a très bien décrit les différentes étapes qui doivent être franchies pour opérer une véritable transmutation personnelle (révolution intérieure, dirait sans doute Sandra… 😉 ) en cas de deuil. Elle a travaillé quasi exclusivement sur des cas dramatiques impliquant la mort (la nôtre, ou celle d’un de nos proches), mais je fais partie des nombreuses personnes persuadées qu’on peut se nourrir avec profit des écrits d’Elisabeth Kübler-Ross dans des cas infiniment plus anodins (du moins en apparence…) dans lesquels intervient ne serait-ce qu’une « petite mort symbolique ». Sans compter que tout deuil vécu nous renvoie inéluctablement à nos deuils passés.

Ainsi, certaines personnes vont consulter un thérapeute au motif que « …ce n’est pas normal de pleurer la perte d’un animal de compagnie pendant si longtemps », et découvrent bien vite qu’en fait elles ne s’étaient pas autorisées à pleurer leur défunt mari trente années auparavant, au motif « …qu’il fallait bien trouver un moyen de nourrir les enfants et que ce n’était pas le moment de se laisser abattre »… A l’image des trains, un deuil peut très bien en cacher un autre…

Identifions donc la source de notre tristesse, et nous trouverons forcément un chemin… un chemin qui peut être long, douloureux, mais enfin un chemin.

Les états dépressifs

Le deuxième type de circonstance provoquant une tristesse est lié à… un état dépressif. Par exemple, nous avons dû faire face à plusieurs événements ayant provoqué une tristesse, et nous avons comme attrapé une « pathologie de la tristesse », si bien que nous avons acquis la faculté d’être « triste sans raison ». Bien entendu je schématise… Si je suis triste sans raison pendant quelques heures, c’est peut-être que je n’ai tout simplement pas identifié la véritable raison, et peut-être est-ce sans importance… Mais si je continue ainsi pendant plusieurs jours, semaines, voire plus, c’est peut-être – je dis bien peut-être – que j’ai « attrapé la tristesse » comme d’autres attrapent un rhume, et que j’ai besoin de consulter un spécialiste pour m’aider à m’en défaire.

A mes yeux, toutes les émotions ont une fonction bien particulière. Ainsi, la fonction de la tristesse est de nous aider à faire un deuil (au sens large). Cette émotion est donc « adaptée » lorsqu’il y a perte, séparation, renoncement (fût-ce à un rêve ou à une illusion…).

Histoires de contextes

Mais il me semble qu’il peut également exister des contextes où une émotion n’est PAS adaptée. Je ne sais pas si vous vous souvenez du film « Le grand chemin », et particulièrement de la scène où Richard Bohringer crie à Anémone « Mais ça fait des années que tu pleures… y’en a marre à la fin, tu dois bien y trouver ton compte d’une manière ou d’une autre ! ».

Pour qui se souvient du film, et des circonstances dans lesquelles ce couple avait toutes les raisons de pleurer, il est difficile d’imaginer qu’un « bar à larmes » (lieu de réconfort imaginé par Sandra dans son article) aurait été d’un quelconque secours à cette malheureuse femme… bien au contraire. Toujours ces histoires d’enfers pavés de bonnes intentions… Soyons-y attentifs !

Et si nous croisions les fonctions et les contextes ?

Ainsi, les émotions ont toutes une fonction bien précise. Et sont donc « appropriées » à chaque fois que cette fonction « a de quoi être remplie », autrement dit, lorsque le contexte s’y prête. Attention, cela n’a rien à voir avec ce qui est socialement admis ou pas. Je parle juste ici d’écologie personnelle (Qu’est-ce que j’y gagne… Qu’est-ce que j’y perds… Où cela mène-t-il ?). De la même façon, lorsque cette fonction n’est pas remplie, ayons le courage d’admettre que des émotions peuvent ne pas être adaptées au contexte, et que nous avons besoin de nous faire aider par une personne qui saura vraiment nous aider à « passer à autre chose ». Et si la bienveillance de nos proches n’y suffit pas, ayons le courage d’aller consulter un spécialiste (après tout, si ma voiture tombe en panne, je trouve normal d’aller la confier à un garagiste… ce qui ne veut pas dire « n’importe quel garagiste »… mais au-delà d’un certain stade, c’est nettement préférable au « copain qui s’y connait un peu en mécanique »…).

Tableau des émotions

Voici un tableau répertoriant quatre émotions. Ce sont les émotions dites « principales », celles qui sont considérées comme mères de toutes les autres par plusieurs auteurs… Mais il n’y a pas de limite, et vous pouvez vous essayer à compléter ce tableau à l’infini, en y rajoutant d’autres exemples de votre choix.

Encore une fois, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » émotion en soi. Il en va des émotions comme il en va des attitudes (si une guêpe se pose sur mon bras, la passivité – eh oui, la passivité ! – sera probablement une attitude adaptée… de la même façon, il est le plus souvent salutaire pour soi et les autres de se montrer « psychorigide » lorsqu’on est arrêté par un feu rouge !).

De la même façon, une émotion peut très bien être adaptée (…ou pas !) par rapport au contexte, comme le montre le tableau suivant. En pareil cas, cette émotion a en général une fonction bien précise, qu’il peut être bon de connaître. En revanche, si vous avez une tendance marquée à ressentir de manière récurrente une de ces quatre émotions en l’absence de circonstances décrites dans la colonne « Contexte », c’est peut-être un signe plus alarmant… à vous de voir :

 

CONTEXTE
(adaptée lorsqu’il y a…)
FONCTION
(Ça sert à…)

Tristesse

Perte / Séparation / Renoncement (…à un rêve, une illusion…) Faire le deuil

Colère

Attaque dans nos valeurs / Injustice / Frustration Défendre nos valeurs, défendre notre intégrité, nous affirmer

Peur

Danger / Inconnu Se préparer, anticiper, fuir

Joie

Satisfaction / Plaisir / Amour / Harmonie Se relier, éprouver un sentiment d’appartenance

Les émotions toxiques

Il y a une chose qui me chagrine particulièrement, c’est de penser à toutes les personnes qui passent toute une vie en proie à une émotion « toxique » pour eux et/ou leur entourage.

insupportable...Ainsi, vivre toute une vie de tristesse est peut-être le signe d’état chronique dépressif. Vivre toute une vie de colère est peut-être le signe d’état chronique agressif. Vivre toute une vie de peur est peut-être un signe d’angoisse, ou pire d’anxiété pathologique. Quant à vivre toute une vie de joie, cela peut très bien être le signe que vous êtes un être exceptionnel ayant atteint le dernier degré de la sagesse… ou encore que vous êtes atteint du syndrome du « ravi de la crèche »…

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Toujours pareil… d’excellents auxiliaires peuvent faire de très mauvais maîtres !

Sachons donc écouter nos émotions, elles ont toujours quelque-chose d’utile à nous apprendre… sans jamais oublier que si les émotions constituent d’excellents auxiliaires (à écouter avec la plus grande attention), elles font toutefois de très mauvais maîtres !

Bien à vous,

Bernard

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Les jeux psychologiques lorsqu’ils sont initiés par un persécuteur

Cet article est le plus récemment paru dans le dossier « Jeux psychologiques » publié sur ce blog. Pour un accès aux articles précédents, voir les liens ci-dessous :

Un nouvel animal sorti des abysses du développement personnel : Le requin déguisé en dauphin
Les jeux psychologiques : le principe
Les jeux psychologiques lorsqu’ils sont initiés par une Victime…
Les jeux psychologiques lorsqu’ils sont initiés par un sauveur

Un méchant personnage

L’article précédent rappelait la composition du « Triangle Dramatique » (Persécuteur / Sauveur / Victime), présentait le Répertoire des jeux psychologique selon Eric Berne, et dressait le tableau des jeux psychologiques lorsqu’ils sont initiés par un Sauveur… Voici aujourd’hui, le…

Répertoire des jeux psychologiques initiés par un Persécuteur (selon Eric Berne)

Pour chacun de ces jeux psychologiques, nous donnons le (ou les) nom(s) sous le(s)quel(s) le jeu est connu, le plus souvent sa traduction en anglais (pour le retrouver dans l’œuvre d’Eric Berne, au besoin), une description sommaire, ainsi que le bénéfice (même s’il peut être en apparence négatif) du joueur lorsqu’il « retire sa mise ». Enfin, nous donnons quelques pistes pour éviter d’entrer dans ce jeu… à condition de le voir arriver !

✖ Ball-trap (« Oui … mais »)

En anglais : « Why don’t you ? Yes … but … »

Description : Demander de l’aide et écarter toute proposition d’un « Oui … mais … »

Bénéfice : Colère avec un excellent alibi.

Comment l’éviter : Plaisanter (« …Encore!? « ), ou encore refuser de donner des conseils, interroger sur les tentatives et les idées de l’autre.

✖ Incitation au meurtre (« Battez-vous »)

En anglais : « Lets you and him fight »

Description : Révéler à une personne un jugement critique confié confidentiellement par un tiers. Mettre deux personnes en rivalité: « Avec M. X, l’année dernière, on avait fait comme ça… »

Bénéfice : Jouer les voyeurs : plaisir d’observer sans être impliqué.

Comment l’éviter : Dire une chose du genre: « Chacun a ses opinions, ses goûts, ses façons de faire et d’être… »

✖ La revanche (« Je te tiens, mon salaud »)

En anglais : « Now ! I’ve got you. S. 0. B. (son of a bitch) »

Description : Relever une erreur, un oubli, une faute chez celui-même qui vous a fait un reproche.

Bénéfice : Œil pour œil, dent pour dent ! Triomphe…

Comment l’éviter : Plaisanter: « Tu m’as eu! Un partout ! On fait la paix ? »

✖ Au pied! (« Le maître-chien »)

Description : Donner un ordre sec, sans raison fondée.

Bénéfice : Toute puissance.

Comment l’éviter : Se protéger. Résister en insistant pour faire mieux préciser la demande et ses raisons

✖ Dramaturgie  (« La Scène »)1

En anglais : »Uproar »

Description : Déclencher un drame pour éviter de régler le problème.

Bénéfice : Incapacité, passivité…

Comment l’éviter : Dire: « Pouce! » Questionner l’autre et le faire reformuler.

✖ Bras de fer (« Le mien est mieux que le tien »)

En anglais : « Mine is better than yours »

Description : Se mettre en compétition malsaine avec l’autre. Exagérer ses difficultés pour qu’elles apparaissent plus grandes que celles des autres.

Bénéfice : Vouloir se sentir le plus fort ;  Justifier sa passivité: « Oh oui! Mais moi, c’est pas pareil! C’est bien pire … »

Comment l’éviter : Refuser la rivalité: « C’est chouette pour toi.» S’interroger sur ses capacités à régler le problème.

✖ L’appât ( » le Viol »)

En anglais : « Rape »

Description : Attirer les autres en les flattant : « Vous qui savez tout « , ou en les appâtant: « J’ai appris que … enfin, je ne vous en dis pas plus. »

Bénéfice : Finir par triompher en déstabilisant l’autre par une question piège. Garder pour soi-même une information qui rend tout puissant.

Comment l’éviter : Ne jamais laisser l’autre vous mettre sur un piédestal. Lui répondre : « Merci, je ne sais pas tout. » Attendre sereinement. Refuser catégoriquement les sous- entendus.

✖ Dévalorisateur (« Les défauts des autres ») …C’est un des jeux les plus répandus sur terre !!!

En anglais : « Blemish »

Description : Dire du mal des chefs, des subordonnés, des collègues, des élèves, des professeurs…

Bénéfice : Être « rassuré » sur soi-même en masquant ses propres faiblesses.

Comment l’éviter : Dire: « Et si on parlait de ce qui marche bien? » ou « Nous avons tous nos faiblesses. »

✖ Manipulateur (« Coincer »)

En anglais : « Corner »

Description : Empêcher l’autre de faire ce qu’il envisage en démontant systématiquement toutes ses propositions: il est coincé !

Bénéfice : Triompher ou se sentir coupable.

Comment l’éviter : Faire de l’humour: « Aie ! Je suis coincé! » Agir en adulte : « Il y a plusieurs opinions pour régler cette situation ».

✖ Trop poli …  (« Chéri(e)… »)

En anglais : « Sweetheart »

Description : Être exagérément flatteur, voire obséquieux, pour pousser la personne à faire ce dont elle n’a pas envie.

Bénéfice : Se sentir tout puissant parce qu’excellent manipulateur.

Comment l’éviter : Répondre (en souriant) quelque chose du genre « Je ne marche pas à la flatterie. Parlons simplement. »

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Voilà. Cet article clôt le dossier sur les jeux psychologiques. J’espère que cela vous aura plu. Sachez que vos commentaires sont toujours les bienvenus.

Bien à vous,

Bernard

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1. Un exemple détaillé de ce jeu a été présenté dans un article récent.

Ces fameuses croyances limitantes : le top 10

La liberté n'a pas de limites...

Bonjour,

Voilà maintenant longtemps que je vous parle de croyances limitantes. Leur appellation complète est « croyances limitantes sur soi-même ». Nous les connaissons bien, et savons à quel point elles peuvent nous pourrir la vie. Or, jusqu’ici, l’idée d’en faire un inventaire ou d’en dresser une liste ne m’était jamais venue…

Mais aujourd’hui je suis tombé sur un article de blog que j’aimerais bien vous faire partager. Il s’agit d’une proposition de « Top 10 des croyances limitantes ». Voici cette liste…

C’est dangereux d’essayer quelque chose de nouveau…

Je suis trop vieux pour apprendre quoi que ce soit…

Je ne suis pas assez créatif pour réussir…

Je n’ai pas le droit à l’erreur…

Pour mériter ce que je veux, je dois souffrir…

Si je réussis ce que j’entreprends, je ne serai plus le/la même…

Je suis trop timide pour rencontrer quelqu’un…

C’est du regard des autres que dépend mon épanouissement ou mon malaise…

Je ne suis pas capable de réaliser ce projet …

Je suis comme je suis. C’est trop tard pour changer.

Vitesse limitée : l'infini !Ajoutons que le concept de croyance limitante y est très bien explicité, et que chacune de ces dix croyances a droit à son petit texte explicatif, ainsi qu’à une proposition de « question qu’on peut se poser (…ou poser à autrui, dans le cadre d’une relation d’aide) pour réfléchir au moyen d’en sortir ». Normal, l’auteur (Christophe Peiffer) est un coach professionnel chevronné.

Le lien se trouve ci-dessous :

http://www.leblogdesrapportshumains.fr/top-10-des-croyances-limitantes-sur-soi-meme/

Bien entendu, je vous invite à en profiter pour fouiner un peu partout (comme je l’ai fait) sur ce blog plein de ressources…

Bonne  lecture !

Bien à vous,

Bernard

Un nouvel animal sorti des abysses du développement personnel : Le requin déguisé en dauphin

Bonjour,

Vous savez que je m’intéresse depuis longtemps au développement personnel, et à ses applications en situation de formation. Car une situation de formation revêt souvent les aspects d’un petit théâtre dans lequel chacun des participants va venir se glisser, fût-ce malgré lui, dans la peau d’un personnage écrit il y a bien longtemps. Quel personnage ? Celui qui nous correspond le mieux, ou encore celui dont nous nous sentons le plus proche. En général, ces comportements sont croqués à merveille par nos amis les illustrateurs, comme en témoigne l’image ci-dessous.

Les participants comme le formateur les voit

Les participants comme le formateur les voit

Cette image provient d’un de ces documents photocopiés et re-photocopiés des dizaines de fois, et donc piquetés de mille pattes de mouches parasites. Il est de ceux qu’on fait circuler dans les bureaux à l’heure de Caméra-Café, et qu’on affiche volontiers dans la salle qui a des couattes… J’en ai récupéré un exemplaire que j’ai patiemment restauré à la palette graphique. J’ignore totalement l’identité de l’illustrateur de génie qui a pris sur le vif cette « photo plus vraie que nature »… Comme j’aimerais pouvoir le féliciter !

Un jour, un collègue formateur m’a même fait remarquer ceci : « Non seulement tous ces personnages existent, mais regarde bien, ils sont en général répartis géographiquement dans la salle de formation de manière rigoureusement identique à la photo ! Il s’agit  donc bel et bien des participants…comme le formateur les voit ! ». Et le pire c’est que je suis complètement d’accord ! Faites donc le test lors de votre prochaine session, vous m’en direz des nouvelles !

Le triangle dramatique : une configuration qui ne date pas d’hier…

Depuis fort longtemps, les comportements humains ont ainsi fait l’objet de métaphores animales.

Ainsi, Le Triangle Dramatique, dit aussi Triangle de Karpman, est une célèbre figure qui nous a été apportée par l’Analyse Transactionnelle. Cette fameuse figure du triangle met en évidence un scénario relationnel typique entre trois archétypes, trois personnages, trois rôles, si vous préférez, qu’on a pris l’habitude d’illustrer par des animaux :

Le requin

C’est un persécuteur… Il parle souvent à la 2ème personne (employant volontiers un « tu es… » particulièrement culpabilisant). Il adore critiquer le travail des autres, ne se montre jamais compatissant, et ne connait pas la tendresse (puisqu’il n’en exprime pas, il n’en reçoit pas non plus en retour… dans le meilleur des cas, il doit se contenter de marques de soumission). Ce rôle est souvent adopté spontanément par des personnes qui, depuis l’enfance, ont accumulé beaucoup de frustrations et ont pris le pli de les faire payer aux autres (…tous les autres, c’est bien là le problème !). Sa plus grande crainte : tomber sur plus requin que lui, ce qui cause chez lui un état de stress plus ou moins permanent.

La carpe

C’est une victime… qui a tendance à « rester toujours au fond du bassin », dans la douillette pénombre où, croit-elle, les dangers auront moins de chance de l’atteindre. Elle ne combat jamais, mais subit, cherchant avant tout à ne pas faire de vagues, et adopte volontiers une posture excessivement prudente, voire méfiante à l’égard de tout et de de tous (employant souvent les tournures impersonnelles, de type « On m’a dit… »). N’oublions pas toutefois que toute victime peut avoir une part de responsabilité dans le fait même d’être victime, ou de le rester. Du coup, ce rôle ne comporte pas que des inconvénients : mine de rien c’est aussi une manière particulièrement efficace d’attirer l’attention sur soi. Celle du persécuteur, bien entendu… mais pas seulement. Car toute victime qui se respecte (…façon de parler, hein ?) véhicule  également un appel au soutien. C’est là qu’intervient l’animal suivant :

La carpe pseudo-éclairée

C’est un sauveur… Son occupation favorite consiste à accourir vers une carpe-victime, dont il est capable d’entendre l’appel avec une incroyable acuité… au point d’être capable de devancer ! Ensuite, il s’emploie aussitôt à porter secours à ladite carpe-victime en lui prodiguant de bons conseils, pétris de bons sentiments et de « moi, à ta place… ». Il se positionne donc clairement contre le requin, et dans le même camp que la carpe-victime. Une de ses incarnations les plus représentatives est le ou la collègue de bureau à qui on a l’habitude de raconter tous nos petits malheurs.

Ce rôle peut revêtir quelques aspects gratifiants d’un point de vue narcissique, mais en même temps, il place mécaniquement l’autre dans une position d’incapacité (« …Mes pauvres enfants, que feriez- vous sans moi ?… »). Pour justifier son existence, la carpe-illuminée-sauveur se trouve  donc toujours plus ou moins contrainte de se mettre en quête, à défaut de moulin à vent, d’un requin-persécuteur (requin qu’elle pourra désigner sous le vocable du méchant, de l’étranger, de l’ennemi de classe… faites votre propre marché, les possibilités sont infinies !). Mais ses besoins ne sont pleinement assouvis qu’après qu’il ait également pêché au moins une carpe-victime à sauver, et pour laquelle notre sauveur entend bien se « sacrifier », si nécessaire.

Sacrifice, le mot est lâché. Sans parler du mythe des super-héros (vieux comme le monde), il est à noter qu’une éducation empreinte de bonnes intentions politiques ou religieuses peut dans certains cas contribuer à semer le trouble dans les esprits avec cette notion de sauveur, particulièrement dans nos civilisations judéo-chrétiennes, mais pas seulement. Malheureusement, ne s’improvise pas Jésus, Bouddha ou Gandhi qui veut ! D’où d’amères déceptions chez celui qui croit sincèrement ne rien attendre des autres en retour de ses propres largesses, mais n’a pas vraiment le tempérament adéquat. Le cas échéant, il pourra se reconnaître à chaque fois qu’il prononcera la phrase caractéristique de  tout sauveur déçu : « …Après tout ce que j’ai fait pour lui/elle/elles/eux ! ».

On tourne diablement en rond dans ce bassin…

Plusieurs chercheurs ont démontré qu’en général, si une personne utilise un de ces rôles (par exemple la carpe-victime), elle entraîne de facto l’autre à jouer un des deux autres rôles complémentaires (dans notre exemple : la carpe-illuminée-sauveur ou le requin-persécuteur), comme si toute situation de communication (spécialement quand ça se passe mal) tendait à nous « aimanter » tôt ou tard à l’un de ces trois pôles d’attraction.

Le pire, c’est que ces trois rôles peuvent finir par se mélanger… Et c’est là que ça peut devenir franchement malsain. Ainsi, lorsqu’une personne se sent victime, elle se comporte aussi peu ou prou elle-même en persécuteur, à chaque fois qu’elle cherche à solliciter l’attention des autres avec ses problèmes, voire à les amener à entrer plus ou moins dedans… D’où l’aphorisme bien connu « Qui de rien ne se mêle de rien ne se démêle« .

Par ailleurs, un sauveteur, même sincère, ne pourra et ne saura que nous porter secours en nous apportant ce qui serait bon pour lui s’il était dans la même situation (« moi, à ta place… »). Or, en tant que personne bien distincte de nous, rappelons-nous (et au besoin rappelons-lui)  qu’il n’est PAS à notre place !

C’est ainsi qu’on entend souvent dire que les trois rôles de victime, sauveur et persécuteur sont étroitement liés, et forment une triade. Et toute communication se trouve pour ainsi dire perturbée lorsque les protagonistes adoptent ces rôles plutôt que d’exprimer réellement leurs émotions et leurs idées, sans être pollués par le chant de toutes ces sirènes (marrant ça… encore un animal marin !).

À y regarder de plus près, ce fameux triangle persécuteur/victime/sauveteur n’est jamais qu’une zone de subir et de faire subir. Cela fabrique à foison victoires, défaites, mais aussi trahisons et autres coups de théâtre, avec tout leur cortège de frustrations, culpabilités, ressentiments et autres besoins de vengeance qui d’une manière ou d’une autre ne font qu’aggraver les choses… Or, pour qui veut vraiment faire avancer les choses en question, il est souvent légitime de vouloir chercher à sortir de ce triangle maléfique.

Arrivée plusieurs décennies après l’Analyse Transactionnelle, la PNL (technique de développement personnel élaborée par Richard Bandler et John Grinder dans les années 70, aux États-Unis) nous en fournit une possibilité, en reprenant à son compte les trois personnages du triangle dramatique, et en y ajoutant…

Le dauphin

Ce personnage s’efforce d’agir en médiateur… Ayant attentivement étudié le fonctionnement des trois personnages du triangle, il va s’efforcer de ne pas tomber dans ce piège, pour adopter une posture positive, réaliste, dans un souci d’assertivité (c.-à-d. respecter l’autre tout en se faisant respecter soi-même). Voici quelques préceptes qu’il s’efforce d’appliquer :

  • Le dauphin-médiateur tient à tout prix à sortir du triangle, qu’il considère comme une zone de « subir » et de « faire subir ».
  • Il a des idées positives. Sans être utopique, il sait qu’il a du pouvoir pour faire bouger les choses à son niveau. Sachant cela, il agit (pendant que tant d’autres parlent).
  • Il a des objectifs précis, et il sait où il en est par rapport à ça.
  • Il sait garder sa place, et remettre l’autre à la sienne si nécessaire (…comme ces deux mots sont importants !)
  • Il a confiance, alors que les autres personnages sont dans la peur (…de se faire détruire).
  • Il a choisi l’action plutôt que la réaction, la réflexion plutôt que le réflexe.
  • Il a choisi… tout simplement. Il sait que choisir, c’est accepter de perdre. Et qu’accepter de perdre c’est être libre.

Voilà pour l’essentiel. Sachez en outre que ce quatrième animal n’a pas été choisi au hasard, mais plutôt en raison du comportement qu’il semble avoir vis-à-vis de ses congénères, et également avec nous autres les humains, depuis des temps immémoriaux. Mais cela ne s’arrête pas là. Ainsi, on raconte que dans les mers, lorsqu’un dauphin se trouve face à un requin qui entend… disons lui porter tort, l’issue du combat ne fait jamais de doute : c’est toujours le dauphin qui gagne ! L’autre terreur a beau exhiber ses quatre rangées de dents aussi redoutables que tranchantes, cela ne lui sert strictement à rien, puisque le dauphin pratique comme personne l’art de l’aïki(bu)do des mers, et sait tuer un requin en un éclair en lui appliquant un coup mortel au foie à l’aide de son rostre (museau). Ensuite, il retourne vaquer tranquillement à ses occupations, comme si de rien était. Quelle classe ! Pas de remous inutile, jamais la moindre manœuvre d’intimidation, et en même temps, si on le cherche, on le trouve 🙂

Ouh là là, que tout cela se complique !

Mettez-vous à ma place : moi qui me croyais tranquille après avoir étudié plusieurs ouvrages, puis suivi moultes stages, conférences et autres séminaires portant sur l’analyse transactionnelle et ses trois animaux de base, voilà qu’un plongeon de deux années en immersion profonde dans l’univers de la PNL, au début des années 2000 m’a amené à remettre tout ce joli petit assemblage en question ! Ainsi donc, il n’y avait donc pas trois, mais quatre animaux symboliques dans le monde des relations interpersonnelles ! Bien entendu j’ai adoré l’histoire de ce dauphin, et n’ai eu de cesse que de lui ressembler… comme beaucoup de mes petits camarades de promo, d’ailleurs. Aujourd’hui encore, je m’efforce d’identifier mes propres postures à chaque fois que j’en trouve le moyen (« …Attention mon petit père, là tu fais clairement ta carpe/ton requin/ton sauveur »). Du coup, je m’efforce en toutes circonstances de « coller », comme tant d’autres, au personnage du dauphin, dans la mesure de mes possibilités, car il est de loin, à mes yeux, le rôle le plus difficile à tenir dans le théâtre de la vie, mais aussi le seul qui en vaille vraiment la peine…

Donc, fini les trois animaux, il y en a donc bien quatre. Soit. Mais là où vous allez rire, c’est que depuis lors, je me suis tellement bien habitué que j’ai fini par découvrir… un cinquième animal !

Un 5e personnage…

On a vu que, déjà, le personnage du dauphin, à l’inverse des trois premiers, procède une intention précise issue de l’observation des personnages existants, et non pas d’une simple posture « en réaction » par rapport à l’entourage : Cela peut se résumer ainsi : « J’ai bien compris en quoi les rôles de persécuteur, victime et sauveteur sont tôt ou tard néfastes pour moi et pour les autres, j’aspire et surtout je crois à un équilibre possible entre l’affirmation de soi et le respect d’autrui, et je choisis ,en conscience d’adopter cette posture du dauphin, à chaque fois que j’en aurai la présence d’esprit, même si je suis conscient que ce n’est pas gagné. Je choisis cette posture parce qu’elle correspond à des valeurs que je partage pleinement« .

C’est là qu’intervient un autre outil PNL :

Le Virus de pensée.

Le virus de pensée, comme son nom l’indique, est avant tout une chose qui se propage. Une sorte de petit ver qui vient s’insinuer dans notre grosse pomme de tête, et qu’on on a toutes les peines du monde  à identifier, puis à déloger. Les deux principaux virus de pensée connus et répertoriés sont « Y en aura-t-il assez pour moi ? » et « Suis-je aussi fort que… ? ».

Le premier virus, « Y en aura-t-il assez pour moi ? », dit complexe de l’aîné, survient lorsqu’un nouvel enfant paraît dans une famille, et que son ou ses aînés se retrouvent comme « détrônés » de l’attention centrale dont ils jouissaient auparavant. Du coup, on se sent en droit de se demander si on va désormais en avoir autant que l’autre. Autant de  quoi ? …D’amour, d’affection, d’attention, de nourriture, d’autorité, de pouvoir, de ressources minières, d’accès à la mer… Faites votre choix, la liste est infinie.

Le deuxième virus, « Suis-je aussi fort que… ? », dit complexe du cadet, s’attaque en général au « dernier arrivé » dans une famille, une entreprise, une institution internationale, un groupe social quelconque… À tort ou à raison, ce nouveau venu s’imagine parfois qu’il va lui falloir veiller âprement au grain pour se tailler, si nécessaire à coups de machette, la place qu’il croit naturellement lui revenir (…à tort ou à raison, encore une fois). C’est ainsi qu’il peut se retrouver obsédé par la lancinante question du « Suis-je aussi fort que… ? ». Fort (…ou pourvu) en quoi ? Là aussi, faites votre marché, tout est bon à saisir en fonction de votre humeur ou de vos frustrations, qu’il s’agisse d’amour, d’affection, d’attention, de nourriture, d’autorité, de pouvoir, de ressources minières, d’accès à la mer… Faites votre choix, la liste est… rigoureusement la même !

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que certains chercheurs s’intéressent aux virus de pensée à tous les niveaux… y compris dans les négociations internationales (après tout, il s’agit là d’une grille de lecture de la géopolitique pas spécialement plus inadaptée que les autres…).

Ils sont partout, ces gens-là…

Si c’était encore nécessaire, rappelons qu’en cette période d’incertitude et de crise des valeurs, il se trouve en ce bas monde de plus en plus de personnes attirées par le domaine du  développement personnel (que ce soit l’analyse transactionnelle, l’art-thérapie, le coaching, la communication non violente, l’ennéagramme, l’hypnose, la méthode Coué, la programmation neurolinguistique (PNL), le qi gong, la relaxation, le rêve éveillé, la scénothérapie, la sophrologie, le training autogène, le yoga, et des dizaines d’autres). D’une certaine façon, cela peut leur donner l’impression d’avoir, disons une certaine « longueur d’avance » dans leur vie de tous les jours, pour communiquer avec les autres dans un état d’esprit où respect, bienveillance, tolérance, et encore une fois prise en compte de nos propres besoins et de ceux de notre alter ego trouvent toute leur place.

À une condition toutefois : celle d’avoir fait suffisamment de chemin pour avoir intégré, digéré, et mis à profit tous les bienfaits qu’on peut attendre de telles pratiques dans une compréhension sincère de nos intérêts mutuels et réciproques. Faute de quoi, ils risquent fort de se comporter de manière aussi inconsidérée que ces savants fous qui commandent des machineries infernales dont la portée réelle leur échappe. Du même coup, ils accréditent chez leurs semblables l’idée que tout ça, c’est uniquement fait « pour mieux manipuler les autres »… Ce qui est particulièrement dommageable (Cf. le paragraphe intitulé « Les bouchers et les criminels » dans cet article, paru récemment ici sur un sujet connexe).

Le cinquième personnage : un requin déguisé… en dauphin !

Lorsque toutes ces conditions de saine et juste compréhension ne sont pas réunies, et Dieu sait que c’est hélas encore trop souvent le cas, la personne en question n’aura aucun scrupule à utiliser toutes ces techniques à son seul profit, à des fins de manipulation et, cerise sur le gâteau, sans même avoir l’air d’y toucher ! Et si elle-même se trouve atteinte par un virus de pensée, alors là c’est le pompon, cela ne fera qu’aggraver les choses. En pareil cas, elle passera très vite maître dans l’art de semer autour d’elle de la culpabilité, du ressentiment, de la mésentente, ainsi que et tout un tas de sentiments désagréables et surtout improductifs (rien n’est plus contagieux qu’un virus de pensée… je vous aurai prévenus !), tout ceci afin de mieux lui permettre d’avancer elle-même, pendant ce temps, ses propres petits pions sur l’échiquier de la vie, en toute tranquillité, au besoin avec la main sur le cœur, tel un requin pourvu des toutes nouvelles armes du marché. Avec, en prime, un cynisme dont elle n’aura parfois même pas conscience, forte qu’elle sera du sentiment de mériter à elle seule tous les droits du monde, toute à son sentiment d’être dans un en état de « manque menant à de l’avidité » perpétuel. Ces destructeurs malheureux n’en ayant jamais assez, ils pratiquent volontiers le culte du « toujours plus ». Étrangement, d’une manière paradoxale, cela provient le plus souvent d’une croyance limitante dans leurs propres capacités (voir la légende des deux oasis…).

À l’image du Grand Vizir Iznogoud, les requins déguisés en dauphins endossent volontiers les habits de ce petit personnage de bande dessinée dont l’obsession était très précisément « …d’être calife à la place du calife », et qui, prêt pour cela à commettre les pires infamies et turpitudes, se retrouvait souvent la risée de tous. Quand il s’en rendait compte, cela ne faisait que le rendre encore plus teigneux et irascible… Ensuite il retournait comploter avec ses sbires, toujours au service de sa stratégie de bazar…

On m’a assuré que ces individus pullulent dans les sphères du pouvoir, et qu’en certains cas il en est qui arriveraient ainsi à se hisser jusqu’aux plus hautes fonctions, voire à s’y maintenir. Mais cela a sans doute dû se produire sous d’autres latitudes, parce que là, non, franchement, je ne vois pas… 🙂

Rentrée 2013 : cet animal semble vouloir coloniser la planète… Que font les écolos ?

Étrangement, depuis cette période de rentrée, il m’a été donné de voir poindre le nez de plusieurs de ces requins déguisés en dauphins. En général je les vois arriver à trois kilomètres et ils ne m’impressionnent nullement. Mais il m’est arrivé d’être bien malgré moi le témoin des dégâts qu’ils occasionnent auprès de mes semblables…

Je m’en suis ouvert à nombre de mes amis, collègues, contacts et autres petits camarades du net. Apparemment, la plupart d’entre eux semblent partager mon sentiment. L’un d’eux (David Faessler) m’a même tout récemment répondu (texto) que la prolifération de ce genre de calife devient inévitable, au point qu’il est impossible de croiser une personne n’en ayant jamais rencontré ! Le pire étant qu’on les retrouve parfois dans des postes hiérarchiques et stratégiques des entreprises, là où cela fait le plus de dégâts (sic).

Hélas, curieusement, malgré cette apparente convergence de points de vue, je n’ai jusqu’à ce jour trouvé mention de cet animal nulle part, dans aucune nomenclature, taxonomie, ou autre inventaire. J’attends ce moment avec d’autant plus de jubilation et d’impatience que derrière ma petite lorgnette (…qui vaut ce qu’elle vaut, et vice-versa) j’ai la très désagréable impression que, depuis ces derniers temps, le requin déguisé en dauphin a nettement tendance à se reproduire à vitesse grand V et à envahir nos campagnes (pas seulement électorales) à une cadence vertigineuse. Ne serait-ce que pour cette raison, il mériterait largement de figurer à son tour au programme de tout bestiaire présenté dans un programme de formation en développement personnel (…pour ma part, je m’efforce systématiquement de le faire lors de mes interventions sur ce genre de sujets… cela me semble relever d’une question de salubrité publique). À mes yeux il y a toute sa place.

Mais bon, ce que j’en dis, hein ? …

Bien à vous,

Bernard

filet

…Avec une spéciale dédicace à Françoise et Addie, qui en d’autres temps m’ont initié à toutes ces merveilles, et que je ne remercierai jamais assez pour leur si précieux enseignement. Bien des années après, il m’a largement donné matière à l’écriture de cet article. Les sachant partageuses, je me suis donc permis 😉

La légende des deux oasis

oasis ou mirage ?

Un bédouin voit la générosité où vous percevez la stérilité et trouve la poésie dans tout : c’est plus qu’un nom, c’est un mode de vie.
http://vieetculturebedouine.blogspirit.com/

Quelque part dans le Sahara il y avait deux oasis distantes de quelques kilomètres. La première abritait une tribu qu’on appelait les bédouins souriants. Les bédouins souriants semblaient toujours contents de leur sort, avaient constamment le sourire aux lèvres (d’où leur nom) et faisaient la fête tous les soirs. Et quand ils n’avaient aucune raison de faire la fête, eh bien… ils en inventaient une !

Dans l’oasis voisine vivait une tribu bien différente. On appelait ses membres les bédouins mélancoliques. Les bédouins mélancoliques étaient tristes du matin au soir, puis ils se couchaient et faisaient des rêves tristes. Le jour, ils travaillaient dur, mais ne se sentaient pas récompensés de leurs efforts. Du coup ils ne faisaient jamais la fête, puisqu’ils n’avaient pas grand-chose à fêter. Au lieu de cela, ils faisaient le plus souvent… la tête. Et quand ils n’avaient aucune raison de faire la tête, eh bien… ils en inventaient une !

Cette différence de tempérament avait tout de même une explication bien concrète : l’eau. En effet, les bédouins souriants disposaient d’une source abondante leur fournissant à tout moment une eau fraîche, limpide et extraordinairement désaltérante. Au milieu de leur oasis, devant leur Place des Fêtes, ils avaient installé un ingénieux système comportant un tuyau se terminant par un robinet leur permettant de disposer de leur eau à volonté, tout en ayant la possibilité de l’arrêter quand ils n’en avaient pas besoin…

Les bédouins mélancoliques, quant à eux, ne disposaient d’aucune source dans leur oasis, ni même dans les environs, se trouvant ainsi contraints de parcourir de très longues distances sous le redoutable soleil du désert pour trouver matière à s’abreuver, faire boire leurs bêtes faméliques et arroser leurs maigres cultures. Ils étaient très malheureux de cet état de choses, mais s’y étaient résignés depuis longtemps.

Or, il se trouva que parmi les bédouins mélancoliques, un jeune homme répondant au nom de Baddûr décida un jour qu’il était grand temps de faire quelque-chose pour changer tout ça. Il avertit le chef du village qu’il allait se mettre en quête d’une solution pour se procurer de l’eau aussi facilement que le faisaient leurs voisins les bédouins souriants.

Le chef du village lui répondit qu’à son avis c’était peine perdue, mais que si Baddûr avait envie de se défouler, il n’y avait aucun mal à cela, du moment que cela ne se faisait pas aux dépens des autres. Souvent jeunesse est impétueuse, et il faut savoir lâcher un peu la bride…

Baddûr fut très heureux de recueillir l’assentiment du chef, et commença à réfléchir à un plan d’exploration. En fait, cela faisait longtemps qu’il y avait réfléchi : il avait tout simplement l’intention d’aller espionner le soir-même la tribu des bédouins souriants afin de tenter de percer leur secret.

Ainsi, à la nuit tombée, il partit se cacher parmi les roseaux bordant l’oasis voisine, afin de mieux observer les comportements de ces maudits bédouins souriants…

Ce qu’il vit alors le mit dans une rage folle : Un grand nombre de ces bédouins s’étaient regroupés près de leur source, et bavardaient tranquillement entre eux en attendant leur tour d’aller s’abreuver, tels de placides bureaucrates faisant tranquillement la queue dans la file d’attente de leur restaurant d’entreprise à l’heure du déjeuner. Certains avaient pris avec eux des récipients de formes et de contenances diverses, afin de pouvoir aller approvisionner leur famille tout de suite après. Près du robinet, un officiant était à la manœuvre, se contentant d’ouvrir et de fermer cet objet magique qui avait l’incroyable faculté de faire couler de l’eau à volonté.

– C’est trop injuste, maugréa Baddûr entre ses dents pour ne pas se faire entendre depuis sa cachette… Dire que tous ces gens bénéficient d’une quantité d’eau illimitée, et ceci sans fournir le moindre effort !…

Il resta ainsi tapi dans les roseaux jusqu’à ce que tout ce petit monde soit retourné se coucher (ce qui représentait un temps très long à cause de la fête…), puis il se faufila sans bruit jusqu’au robinet. Utilisant un coutelas qu’il avait pris soin d’emporter avec lui, il entreprit de trancher le tuyau d’eau juste en-dessous du robinet, puis, une fois son forfait accompli, repartit en toute hâte avec son robinet sous le bras. Dans sa précipitation, il ne s’était pas inquiété du fait que le tuyau sectionné s’était mis à couler… peu lui importait, il s’était emparé de l’objet magique, et entendait bien en faire profiter toute sa tribu au plus tôt.

C’est ainsi que de retour dans son oasis, il courut devant toutes les tentes, en criant que ça y était, et que tout le monde allait désormais pouvoir boire jusqu’à plus soif. Les gens n’avaient qu’à se munir du récipient de leur choix, puis venir le rejoindre au-milieu de la Place des Têtes…

Les bédouins mélancoliques n’étaient pas très contents d’être ainsi réveillés en pleine nuit, mais enfin, puisque Baddûr leur disait qu’il avait réussi, ils finirent tout de même par s’exécuter, juste au cas où…

Pendant ce temps, Baddûr, tout excité, s’était installé au beau milieu de la place, muni de son robinet, qu’il refusait obstinément de faire fonctionner tant que tous les habitants de l’oasis ne seraient pas rassemblés devant lui. On alla donc secouer les derniers paresseux et autres sceptiques, et lorsque la tribu se retrouva au complet, tous retinrent leur souffle…

Il est facile de deviner qu’au moment où Baddûr se mit en devoir de faire fonctionner son robinet miraculeux, seules quelques gouttes jaillirent, puis le phénomène cessa aussitôt, et plus aucune goutte n’accepta de tomber de ce soi-disant objet magique. Tout le monde retourna donc se coucher en maugréant, non sans avoir décoché au passage un regard lourd de reproches à l’intention de l’intrépide mais bien inconséquent Baddûr.

Celui-ci se fit tout petit face à l’hostilité ambiante, puis une fois seul, sans s’appesantir davantage sur sa déconvenue, il entreprit d’aller de l’avant et de modifier son plan d’action. « Il doit sûrement y avoir un détail qui m’échappe, se dit-il. Dès demain soir, je retourne là-bas pour voir de quoi il retourne exactement ».

Et c’est exactement ce qu’il fit. À sa grande surprise, vingt-quatre heures seulement après son forfait, alors qu’il occupait de nouveau son poste d’observation tapi dans les roseaux, il eut la surprise de constater que tout semblait réparé. Au beau milieu de la Place des Fêtes des bédouins souriants, un robinet flambant neuf était en fonction, et régalait tout le monde de son eau bien fraîche.

« Alors ça c’est bien la meilleure, se dit-il… Leur robinet fonctionne à merveille, contrairement au mien. » Il ne comprenait vraiment pas où son raisonnement avait pu coincer. Il tenta d’observer la scène plus attentivement, et au bout d’un moment, son regard s’illumina : « Bon sang mais c’est bien sûr, se dit-il, il ne sert à rien d’avoir un robinet si on n’a pas de tuyau… C’est bel et bien le tuyau qui fait tout ! Comment ai-je pu ne pas y penser plus tôt ? ».

De nouveau, il demeura tapi au milieu des roseaux jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne en vue (ce qui était encore plus long que la veille, car les bédouins souriants semblaient fêter le retour de leur robinet avec un enthousiasme redoublé…). Enfin, après le départ des derniers fêtards, Baddûr put se faufiler sans bruit jusqu’au nouveau robinet. Cette fois-ci, pas fou, il prit bien garde de trancher le tuyau d’eau juste au niveau du sol, puis, une fois son forfait accompli, il repartit en toute hâte avec son ensemble « robinet + bout de tuyau » sous le bras. Et cette fois-ci, il entendait bien que sa tribu entière puisse enfin réaliser quel jeune homme astucieux il était vraiment (…et par voie de conséquence bénéficier ainsi de ses talents).

De retour dans son oasis, il retourna successivement devant toutes les tentes, et affirma haut et fort que cette fois-ci ça y était pour de bon, et qu’on allait voir ce qu’on allait voir.

Effectivement, les bédouins mélancoliques tirés de leur sommeil pour une deuxième nuit virent ce qu’ils virent, c’est-à-dire pas grand-chose. Cette fois-ci, le premier de la file d’attente put effectivement remplir un demi-gobelet d’eau (à cause de la petite quantité subsistant dans le bout de tuyau), puis la coupure d’eau de la veille se produisit de nouveau avec une tranquille obstination, et bientôt tous furent bien obligés de constater qu’encore une fois l’eau refusait définitivement de couler.

Cette fois-ci Baddûr ne dut son salut qu’à la rapidité de ses jambes : en effet, tous les villageois s’étaient mis à sa poursuite tout en hurlant des choses dépassant de très loin le strict cadre de leur mélancolie habituelle. Le chef de l’oasis joignit même sa voix à celle de ses administrés pour signifier à Baddûr qu’il était banni à jamais du village, et que jamais plus on ne devait le revoir passer à moins de 50 kilomètres de l’oasis des bédouins mélancoliques, à moins qu’il ne tienne absolument à ressembler à un méchant morceau de tuyau découpé en fines rondelles…

Baddûr en conçut une immense tristesse. Il s’était fourvoyé sur toute la ligne. Lui qui avait voulu percer le mystère de l’eau (…et du sourire), voilà qu’il était condamné à errer à tout jamais, à quémander sa pitance très loin, au fin fond du désert, et surtout à se passer du contact de ses semblables si ingrats, mais bon, il fallait les comprendre aussi. Jamais il ne s’était senti mélancolique à ce point auparavant, et pourtant, question mélancolie il en connaissait un sacré rayon !

Au bout de trois jours de cette vie d’errance, il prit la décision d’aller se livrer aux bédouins souriants. « Puisque je n’ai pas été fichu de faire le bien, puisque finalement je porte tort à tout le monde, qu’ils fassent de moi ce que bon leur semble, dans tous les cas je l’aurai bien mérité. Peut-être m’autorisera-ton à réparer un tant soit peu les dégâts. Dans le fond, puisque je suis devenu un vaurien, ce ne sera que justice… ».

Cent fois il ressassa ces paroles sur le chemin de l’oasis des bédouins souriants, et lorsqu’enfin arrivé il se trouva devant leur chef, il les lui répéta sans en changer une virgule. Bien entendu, le grand chef des bédouins souriants ne comprit pas un traître mot de toutes ces explications contrites. Baddûr lui déclara alors :

– Vous avez certainement remarqué qu’un misérable chenapan s’est mis en tête de détruire votre installation d’eau potable, et ceci à deux reprises… eh bien ce misérable chenapan, c’est moi.

Puis, se prosternant à ses pieds, il ajouta :

– Faites de moi votre esclave, ou bien du tuyau en rondelles, ou ce que bon vous semblera, je l’ai bien mérité…

Au grand étonnement de Baddûr, le chef des bédouins souriants éclata alors d’un rire sonore. Ce rire se transforma même bien vite en fou-rire. Cet étonnant personnage se tapait bruyamment sur les cuisses, puis finit même par se rouler par terre, incapable de se contrôler. Tout ce bruit attira les autres villageois, auxquels leur chef parvient à grand peine à relater toute l’histoire, sans jamais cesser de hoqueter, et bientôt tout le village s’y mit, dans un joyeux tintamarre de rire collectif. Baddûr n’y comprenait rien. Il était devenu la proie des émotions les plus étranges qu’il eût connues de toute sa vie. Non seulement il ne lui arrivait pas de malheur, non seulement les foudres vengeresses n’avaient pas vraiment l’air de s’abattre sur sa pauvre personne, mais en plus, ses propres forfaitures, qui avaient provoqué la colère de ses concitoyens, ne faisaient que déclencher le rire de ceux qui apparemment en étaient les premières victimes ! C’était à n’y rien comprendre…

Lorsque le calme finit enfin par revenir, le chef s’essuya les yeux, le prit gentiment par l’épaule, et lui donna enfin les explications qu’il attendait.

– Tu vois, Baddûr, tu aurais mieux fait de venir tout simplement nous trouver, nous aurions eu grand plaisir à te venir en aide. Viens avec moi, je vais te montrer quelque-chose…

Puis, après avoir traversé la Place des Fêtes au milieu de laquelle brillait un troisième robinet qui avait tout l’air d’être parfaitement opérationnel, il entraîna Baddûr vers une espèce de réserve où étaient soigneusement rangés des quantités de robinets, de tuyaux de toutes tailles, d’outillage servant à creuser et à entretenir des puits, ainsi que toutes sortes d’objets de même farine.

Baddûr n’en croyait pas ses yeux. En même temps il n’était pas au bout de ses surprises. En effet, le chef lui annonça tout de go :

– Je vais te donner tout le matériel nécessaire pour que tu puisses toi aussi avoir de l’eau à volonté dans ton village.

Baddûr faillit en tomber à la renverse :

– De l’eau à volonté, dites-vous ?

Non seulement il ne lui arrivait rien de fâcheux, mais en plus on lui proposait de réaliser enfin son rêve… Il en était tout chamboulé, et en même temps avait du mal à y croire.

– …Mais, ô grand chef des bédouins souriants, même si, abusant de votre infinie bonté j’utilisais votre matériel, jamais je ne pourrai trouver de l’eau dans mon oasis, personne n’en a jamais trouvé !

– Mais bien sûr qu’il y a de l’eau dans ton oasis, c’est même certain ! Si c’est une oasis, c’est qu’il y a des arbres, non ? Et s’il y a des arbres, il y a forcément de l’eau ! Les arbres sont beaucoup plus malins que nous, ils savent toujours où l’eau se trouve. Si tu comprends ça, cherche près des arbres, tu trouveras forcément de l’eau, il te suffit d’être persévérant ! Allez, trêve de bavardages, prends donc ce matériel que je te donne et va-t’en donc creuser chez toi, tes amis en ont grand besoin !

Ainsi fit Baddûr. Il rentra nuitamment dans son oasis, afin de passer inaperçu, le temps de se mettre à creuser tout près des arbres. Cela lui prit un peu plus de temps qu’il ne l’aurait cru… plusieurs fois il faillit renoncer, mais le chef des bédouins souriants avait été formel : il faut choisir un endroit approprié, puis creuser, creuser, et creuser encore, dans un état d’esprit d’attente favorable, et à la fin on trouve forcément de l’eau.

Cela se produisit juste avant le lever du soleil. Tout d’abord du sable humide, puis une petite poche d’eau, puis la poche s’agrandit à mesure que le trou progressait. Le moment venu, Baddûr mit le tuyau en place, installa le robinet, et enfin amorça la circulation de l’eau dans le tuyau ainsi on le lui avait indiqué. Après avoir vérifié une dernière fois que tout fonctionnait parfaitement et que l’eau coulait en abondance, Baddûr remit le sable en place tout autour du tuyau. La fontaine de l’oasis des bédouins mélancoliques était née !

Lorsque les premiers villageois se levèrent, ils reconnurent Baddûr, qui semblait les attendre. Se demandant s’il convenait de le chasser, ils s’approchèrent de lui avec méfiance. Mais quand celui-ci leur donna enfin à voir un dispositif d’eau potable qui fonctionnait à merveille, ils changèrent d’attitude. Baddûr fut réhabilité sur le champ, et même porté en triomphe. Quelques jours plus tard, le chef du village faisait de lui son adjoint.

La mélancolie les avait quittés à tout jamais.

filet

Cette légende nous apporte au moins deux enseignements :

Le premier, c’est que vous avez en vous tout ce qu’il faut pour réussir. Tout ce dont vous avez besoin pour réaliser vos rêves, c’est de choisir un sujet approprié, puis creuser, creuser, et creuser encore, dans un état d’esprit d’attente favorable.

Le deuxième enseignement s’adresse à ceux dont la mission consiste à transmettre ou à enseigner quelque-chose : Si tel est votre cas, ne prenez jamais la grosse tête, même si vos élèves restent un jour pantois ou émus après une de vos démonstrations. Surtout, n’oubliez pas que vous n’êtes jamais que celui qui montre à l’autre comment fonctionnent un tuyau, un robinet, mais qu’au fond, cet autre-là n’utilise jamais que l’ eau, et d’une manière plus générale les ressources qu’il possède déjà, quand bien même vous l’aurez aidé à les découvrir.

En outre il est juste et honnête de le lui dire.

Penser les formations bureautiques autrement ?

Cet article est le plus récemment paru dans le dossier « Apprendre mieux ? » publié sur ce blog. Pour un accès aux articles précédents, voir les liens ci-dessous :

Apprendre mieux ? (découverte de la grande galaxie du Mieux-Apprendre)
Apprendre mieux ? Épisode 2 : Les grands principes
Apprendre mieux ? Épisode 3 : Vous avez une mémoire extraordinaire !
Apprendre mieux : pédagogie et développmnt personnel font-ils bon ménage ? (1)
Apprendre mieux : pédagogie et développmnt personnel font-ils bon ménage ? (2)

EncyclopédieImaginez : Vous rendez visite à un ami qui a acquis depuis peu une magnifique encyclopédie papier en 20 volumes (oui…ça existe encore :-)). Auriez-vous l’idée de lui demander tout à trac « Alors ça y est, tu connais tous les mots ? ».

Certainement pas, ou alors vous risqueriez de surprendre votre interlocuteur ! Car une encyclopédie n’est pas faite pour cela…

Pourquoi vous ai-je raconté cette petite histoire ? Pour le savoir, je vous encourage à lire ce qui suit.

Les formations bureautiques : vaste tarte à la crème…

Tarte

Rares sont les salariés du secteur tertiaire qui n’ont pas eu l’occasion de suivre au moins une fois dans leur vie une formation bureautique. Cela porte le plus souvent sur l’utilisation de la sacro-sainte suite Office de Microsoft, à savoir la prise en main ou le perfectionnement pour ses  composants les plus courants (Word, Excel, PowerPoint, Outlook… et quelquefois Access, ou encore leurs équivalents sur le marché grandissant de l’open-source…).

Il m’est souvent arrivé d’intervenir dans des formations de ce type. En général, les participants arrivent là avec plus ou moins d’enthousiasme (« …enfin, bon, ne mégotons pas… pendant qu’on est ici, au moins, on n’est pas au boulot »), en avouant parfois que c’est la n-ième fois qu’on les « envoie » (?!) suivre une formation sur ce sujet (Voilà un des nombreux aspects du « miracle » du dispositif des obligations légales en matière de formation pour les entreprises dont notre beau pays a l’exclusivité depuis les années 70… à ce rythme-là nous devrions en toute logique être aujourd’hui un des pays les plus compétitifs d’Europe ! …Comment ? Ce n’est pas vraiment le cas ? …Ah bon ! …Mais alors, les autres, tous les autres, ceux qui ne disposent pas de ce bel arsenal, comment font-ils ???).

Efficacité personnelle ? Je me marre…

fusée papierA ce qu’il paraît, la finalité de telles formations vise à permettre à ceux qui en bénéficient d’accroître leur efficacité personnelle dans le cadre d’un travail « classique » de bureau. Ces actions sont sanctionnées (…enfin, si l’on peut dire :-)) par une attestation de stage attestant en gros… euh, eh bien, que la personne a assisté à la totalité du cours, voilà. Une fois sa session de formation terminée, le participant à une formation bureautique peut en effet espérer accroître son efficacité personnelle au bureau, sous certaines conditions (avoir le sentiment d’arriver plus facilement et plus simplement à un résultat, avoir l’opportunité de pouvoir « digérer » et appliquer ses acquis dans un contexte de travail, savoir gérer la pression plus ou moins douce de sa hiérarchie en attente d’un accroissement immédiat de ses performances…). La liste est longue, et il est aisé de voir que l’aboutissement de tous ces objectifs dépend d’un entrelacs de circonstances dans lesquelles tout ce qui s’est joué dans la salle de formation  (ou sur la plateforme e-learning) n’est qu’un composant parmi d’autres (ce qui permet à ceux qui sont tout à la fois Grands Spécialistes de la relation client et Gros Nullos en pédagogie – si, si ça existe, c’est même très courant ! – de s’ébattre avec bonheur dans ce monde du B to B qui décidément n’est pas fait pour les bisounours, hein ? 🙂).

La liste des paramètres à prendre en compte, est donc très longue. Dans les faits elle est même pratiquement infinie.

Formations techniques vs formations bureautiques

Il faut bien voir que dans le cas d’une formation informatique dite « technique », ciblée le plus souvent sur un public d’informaticiens, l’action de formation est sanctionnée en général (à plus ou moins long terme) par un contrôle ou une certification de type QCM (qui vaut ce qu’elle vaut et mesure ce qu’elle veut mais qui – au moins – a le mérite d’exister).

En revanche, pour une formation bureautique, les critères « mesurables » d’une action de formation sont beaucoup plus flous et subjectifs. Ici, pas question de QCM, certification ou quoi que ce soit. Les participants peuvent donc venir (et repartir) en « touristes », si ça leur chante, et ici les fameux critères reposent plus sur leur propre impression que sur des faits tangibles. Dans ce cas de figure, les « bons » organismes (du moins ceux qui font le plus d’audimat, si l’on peut dire…) sont tout simplement ceux qui génèrent la meilleure satisfaction client, tout simplement (rappelons que je parle ici du B to B, hein ? mais soyez rassurés, si l’on peut dire, dans le monde des formations « sur fonds publics » à destination des « publics en difficulté » ce n’est pas piqué des vers non plus, j’ai un peu donné aussi :-)).

Prestations de qualité ?

Tous les manuels de marketing nous assènent la même terrible vérité : « Une prestation de qualité est une prestation perçue comme telle par le client ». Dans ce contexte, il est naturel que les prestations de formation bureautique s’ingénient à copier au maximum (certains diront « singer ») les prestations techniques, afin de tenter de récupérer une partie de leur prestige, de leur « aura ». C’est oublier un peu vite que l’objectif à atteindre est radicalement différent ! Examinons cette comparaison toute simple :

Objectif le plus souvent annoncé d’un système de formation informatique dite « technique » Objectif le plus souvent annoncé d’un système de formation bureautique
Rendre les participants opérationnels sur une liste très précise de concepts et procédures. Permettre aux participants d’accroître leur efficacité personnelle dans le cadre de leur travail de bureau (via le logiciel étudié).

C’est ici que vous pouvez retourner chercher l’histoire du début : Un participant à une formation bureautique n’a pas besoin de connaître toutes les fonctionnalités du produit étudié, pas plus que le possesseur d’une encyclopédie n’a besoin d’en connaître tous les mots ! En poussant plus loin le raisonnement, le participant lambda à une session bureautique ne vient pas chez l’organisme pour apprendre des fonctionnalités produit, mais plutôt pour acquérir un savoir-faire…

Et cela change… tout !

L’exemple des auto-écoles…

voitures écolesCertes, sous un certain angle, les deux approches peuvent sembler « revenir un peu au même », mais méfions-nous des apparences : ainsi, une personne prenant des leçons de conduite dans une auto-école pourra par exemple dire qu’à la suite de la leçon qu’elle vient de prendre, elle commence à être capable d’effectuer un démarrage en côte… alors que si ça se trouve, le moniteur, discutant avec ses collègues, emploiera pour parler de la même chose des termes plus techniques comme « maîtrise du point d’effet », ou encore « synchronisation des manœuvres de débrayage, d’accélération et de desserrement du frein à main ». Il n’empêche : il serait suicidaire pour une auto-école de faire figurer de pareilles formulations  sur ses programmes de cours, car cela risquerait de faire fuir les clients potentiels ! Ils écrivent plutôt « Démarrage en côte », tout simplement, ce qui est bien plus parlant pour tout le monde !

Les plans de cours bureautiques sont (presque) tous écrits en chinois…

visage et clavier chinois

Curieusement, les plans de cours bureautiques qu’il m’a été donné de voir depuis plus de 20 ans (quelle qu’en soit la provenance) sont bien loin de suivre une logique type « auto-école »… Bien au contraire, ils sont quasi-systématiquement orientés « fonctionnalités produit ». Non seulement cela les rend terriblement ennuyeux, et terriblement identiques d’un organisme de formation à l’autre (allez donc demander au client potentiel de comparer quoi que ce soit, dans ces conditions -là !), mais en outre, pour qui n’a pas un profil d’informaticien, cela ne donne pas forcément envie de s’y inscrire !

À mes yeux il serait à la fois plus judicieux et plus payant de remplacer les fonctionnalités produit par des savoir-faire. Avant de concevoir un titre de rubrique de plan de cours, il suffit de se poser une question commençant par « Comment faire pour… ? » à la place de « Quelle(s) fonctionnalité(s) allons-nous étudier ». Cela marche à tous les coups !

Ainsi, pour l’exemple de l’auto-école, cela donne :

Comment faire pour… ? Fonctionnalités étudiées
Démarrer en côte Synchronisation des manœuvres de débrayage, d’accélération et de desserrement du frein à main dans un environnement à forte déclivité…

Si vous avez un profil de « technicien », vous serez peut-être séduits par la colonne de droite, mais si vous ressemblez à monsieur tout le monde, celle de gauche l’emportera haut la main !

Essayons d’étendre le cas à certains extraits des plans de cours de bureautique tels qu’on peut en voir couramment :

Comment faire pour… ? Fonctionnalités et concepts étudiées
…Éviter d’avoir une frappe qui part dans tous les sens de manière qui semble totalement illogique ? (Word débutant) Frappe au kilomètre PUIS mise en forme du texte
…Éviter d’avoir un pourcentage, une somme en euros, ou pire, une date qui vient s’inscrire (avec une horripilante « insistance ») dans une cellule (Excel) alors qu’on voulait tout simplement y frapper un nombre entier ?
  • Format de cellules
  • Préséance du format sur les contenus
  • Dangers du « cliquer partout pour voir comment ça fait »
…Se concentrer sur les valeurs d’un tableau Excel plutôt que sur des questions de bataille navale (de type « A4 : Touché, B14 : Coulé ») ? Références absolues …mais surtout utilisation des noms de (plages de) cellules
…En finir une fois pour toutes avec cette dernière colonne de tableau qui se détache isolément sur une page blanche alors que le rapport doit partir pour hier ? Mise en page
…Éviter le cauchemar des pièces jointes qui font le ping-pong entre deux personnes, si bien que :

  • Personne ne sait plus quelle est la bonne version…
  • Cela encombre la messagerie…
  • Cela ralentit les traitements.
Dossiers partagés

Tout le monde a vécu des situations semblables à la colonne de gauche (« Comment faire pour… ? »), incommensurablement plus « parlante » que la colonne de droite (« Fonctionnalités étudiées »). Mais curieusement, c’est bel et bien à partir de la colonne « Fonctionnalités étudiées », et uniquement de celle-là, que sont construits nombre de plans de cours !

Une idée en l’air…

une idée...

Une idée comme ça en l’air : Et si, faisant preuve d’audace et d’imagination, on braquait le projecteur sur les « Comment faire pour » dans nos plans de cours, quitte à reléguer la partie « Fonctionnalités étudiées » au second plan ? J’en connais même quelques-uns qui ne les font figurer qu’en annexe ! (à vous de voir…).

Du coup, en pareil cas, chaque participant :

  • Pourra être beaucoup plus facilement « accroché » par une approche de ce type…
  • Sera à coup sûr beaucoup plus attentif lors de l’action de formation, puisque pour une fois, il ou elle se reconnaîtra pleinement dans notre manière de lui présenter les choses ;
     
  • Se dira (…et dira autour de lui en quittant le cours) « Voilà des gens qui sont capables de fonctionner comme moi et surtout de m’apporter du concret ! »

Ça marche aussi pour les autres domaines d’intervention !

On peut même s’avancer à universaliser le concept, et poursuivre cette liste pour tous les points abordés lors d’une formation, quelle qu’elle soit, aussi technique ou rébarbative qu’elle puisse paraître, et je pèse mes mots. Bien sûr, cela demande du temps et de la concertation pour trouver à chaque fois la bonne formulation… or, il se trouve mine de rien que la fameuse collection (succès de librairie)  « …For Dummies » (en version française « …Pour les Nuls ») qui fait un véritable tabac en librairie, procède exactement ainsi, d’où son immense succès dans de nombreux pays…

C’est cette même approche que je me propose de partager avec vous, si cela vous intéresse, bien entendu.

Je serai enchanté de répondre à vos questions.

Bien à vous,

Bernard

filet

P.S. : Bien entendu, le fait d’avoir des plans de cours pertinents, vendeurs et efficaces n’empêche pas d’avoir le souci de disposer des ressources matérielles et surtout humaines qui vont avec. Pour moi cela va de soi mais je préférais quand-même le préciser… Comme tout ce qui va sans dire, ça va mieux en le disant 🙂

Apprendre mieux : pédagogie et développement personnel font-ils bon ménage ? (2/2)

Cet article est le plus récemment paru dans le dossier « Apprendre mieux ? » publié sur ce blog. Pour un accès aux articles précédents, voir les liens ci-dessous :

La face cachée du ciel

L’avenir dépend non pas de ceux qui cumulent le savoir, mais de ceux qui le partagent (origine inconnue)

Bonjour,

Avant toute chose, je tiens à remercier tous les commentateurs de ce blog, et à préciser que leurs témoignages, remarques, réactions, suggestions, et propositions sur ce qu’on pourrait y aborder ne tomberont jamais dans l’oreille d’un sourd 🙂

Dans l’article précédent j’ai tenté de présenter une approche du développement personnel à destination des formateurs, enseignants et autres pédagogues intéressés ou simplement intrigués par telle ou telle de ces techniques (l’analyse transactionnelle, l’art-thérapie, le coaching, la communication non violente, l’ennéagramme, l’hypnose, la méthode Coué, la programmation neurolinguistique (PNL), le qi gong, la relaxation, le rêve éveillé, la scénothérapie, la sophrologie, le training autogène, le yoga, et des dizaines d’autres).

Aujourd’hui je vous propose d’explorer quels sont leurs points communs, les constantes qu’on retrouve dans la plupart d’entre elles, si vous préférez.

En effet, au-delà de leurs différentes approches, ces méthodes utilisent, pour la plupart, et à degrés divers, un certain nombre de bases communes que l’on pourrait répertorier ainsi :

Les bases communes à la plupart des méthodes de développement personnel


La pensée positive

À la fin du XIXe siècle, un certain Émile Coué, pharmacien à Troyes, s’interroge sur les effets inattendus de remèdes inactifs (effet placebo) par le truchement de la simple imagination des malades. De fil en aiguille, il en viendra à mettre au point (en 1910) la célèbre méthode d’autosuggestion consciente qui porte son nom. Elle se fonde sur un le principe suivant : toute idée, bonne ou mauvaise, que l’on se met dans la tête d’une façon ou d’une autre, devient pour nous « une réalité dans le domaine des choses possibles ». En quelque sorte, nous sommes ce que nous pensons.

La méthode Coué fait aujourd’hui hausser les épaules de tous ceux qui ne voient en elle qu’une manière stérile et immature de lancer des incantations en l’air dans l’espoir illusoire qu’elles se transformeront en réalité. Mais ce qu’ignorent en général ces détracteurs, c’est qu’il ne s’agit que d’une caricature (qui a hélas la vie dure). Or, à l’origine, cette méthode simple (…c’est curieux comme aux yeux de certains, ce qui est simple fait aussitôt l’objet des plus grandes suspicions, voire d’une fin de non-recevoir en forme de « dénigrement définitif »… les mêmes , d’ailleurs, se montrant en général aussi prompts à tomber en pâmoison devant le premier « sac de nœuds » se trouvant sur leur passage…), cette méthode, donc, consiste tout simplement 🙂 à répéter plusieurs fois, à voix haute, à des moments bien déterminés (comme le soir au moment de s’endormir ou le matin au réveil), une « affirmation » sur nous-mêmes qui nous paraît « portante » et utile. Exemples: « Tous les jours, je sens grandir la confiance en moi »; « Dorénavant, je vais être maître de moi-même et des circonstances » ; « J’ai un but dans la vie et, chaque jour, mon subconscient va me suggérer des idées pour atteindre mes objectifs », etc. Ces suggestions positives ont tout naturellement donné naissance à la « pensée positive », une sorte de philosophie de vie, prônée par Coué lui-même, dont la finalité est de chasser le doute et, partant, d’améliorer la confiance en soi. Pas de « Je voudrais bien » ou de « Je vais essayer » (…termes qui, à coup sûr, cachent des croyances limitantes sur nous-mêmes), mais uniquement des « Je peux ».


La visualisation

C’est une technique très ancienne dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Elle consiste à se représenter mentalement des images, des symboles, des situations ou même la guérison de certaines parties du corps. C’est le cancérologue américain Carl Simonton qui l’a, au cours des années 1970, en quelque sorte « officialisée ». Cette technique va beaucoup plus loin que l’effet placebo. On explique à un malade, lors de la prise de remède, qu’il peut en quelque sorte « aider ledit remède à agir », participant d’une certaine façon lui-même à l’obtention de l’effet escompté. Ainsi il lui sera demandé d’imaginer, de vivre en pensée une scène symbolique, où le remède remporte une éclatante victoire sur la maladie. Les centres d’intérêts, le vécu du patient sont sollicités. S’il est amateur de football par exemple, on l’aide à imaginer un remède « ballon de foot » qui au bout d’une action héroïque finit par « entrer dans les cages » de la zone atteinte par la maladie. Tout ce qui importe, en la matière, est d’utiliser des images qui soient dynamiquescolorées (ou plus généralement « parlant à nos sens ») et exagérées (Tiens ? Cela vous rappelle peut-être quelque-chose ?). Bien entendu, les résultats ne sont pas propres à « inverser totalement la balance », mais ils sont suffisamment significatifs pour susciter l’intérêt de nombreux chercheurs.

Il existe un certain nombre de méthodes de « visualisation positive », mais toutes fonctionnent selon le même principe : en état de relaxation profonde, on « fait le vide » dans son esprit, puis on crée mentalement un écran sur lequel on projette une image ou une scène le plus précisément possible. Par exemple, pour résoudre un conflit avec un proche, on se « voit » en train de lui parler, de dire des phrases précises, on « voit » la réaction (…bienveillante, la réaction, hein ? Sinon on efface tout et on recommence :-)) de la personne, on met véritablement en scène la situation avec un maximum de détails. Selon Simonton, cette technique peut être utilisée pour favoriser les conditions de guérison des maladies, mais aussi plus simplement pour retrouver confiance en soi.


La relaxation

Connue et pratiquée depuis toujours, la relaxation a commencé à être étudiée scientifiquement en Occident au début des années 1920, par le physiologiste américain Edmund Jacobson. Sa méthode, et surtout ses découvertes sur les effets positifs de la relaxation pour la santé ont inspiré de nombreux chercheurs et thérapeutes dont certains ont créé leur propre manière d’adapter cette technique. Aujourd’hui, il est rare qu’une session, un week-end ou un stage de développement personnel ne comporte pas une séance de relaxation. Cela consiste généralement en ceci : On se met en position assise ou allongée (on peut même la pratiquer debout… idéal pour une personne qui attend de passer un oral, par exemple). Ensuite, yeux fermés, on commence par pratiquer une respiration profonde et ventrale (la dilatation abdominale permettant la descente du diaphragme). Guidé par la voix de l’animateur (ou par sa propre voix intérieure, ce n’est une question d’habitude…), on concentre son attention sur nos sensations corporelles. Des petites impulsions de décontraction musculaire permettent de prendre conscience de chaque partie du corps, de repérer les tensions musculaires existantes (…on ne manque jamais d’être surpris de constater à quel point elles sont nombreuses !) et ensuite de les relâcher une à une. Dans le même temps, les émissions d’ondes cérébrales se modifient automatiquement, ce qui procure une sensation de relâchement et de bien-être. Cette pratique, la plus « transversale » de toutes, est si simple qu’elle peut se pratiquer seul, à la maison, sans aucun danger. A noter : pour quelques euros, vous pouvez vous initier tranquillement à cette méthode. Il vous suffit d’aller flâner dans n’importe quelle librairie, ou dans les boutiques style « Nature et Découverte » pour trouver quantité de CD de relaxation, disponibles en général pour une somme modique (dans le cas contraire, ne les achetez pas !). Vous n’avez plus qu’à vous trouver un coin tranquille chez vous, démarrer la lecture du CD, fermer les yeux, et vous laisser guider par la voix de l’animateur, bercé par une douce musique de fond (euh… plus ou moins appropriée, la musique, mais comme on dit par chez moi, « ça, c’est affaire de goût ! »).  Encore une fois, c’est indolore, sans danger, et il ne peut en sortir que du bien !


L’assertivité

deux oursons enlacésPlutôt qu’une technique, on parlera ici plutôt de grille de lecture des comportements humains, en vue de pouvoir mieux les interpréter chez les autres, mais aussi (dans certains cas) de « programmer » pour nous-mêmes des comportements que nous identifions comme souhaitables. Le mot assertivité est issu de l’anglais assertiveness. Initié par Andrew Salter, psychologue New-yorkais dans la première moitié du XXe siècle. Développé plus récemment par Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain comme « Expression libre de toutes nos émotions vis à vis d’un tiers, à l’exception de l’anxiété », l’assertivité est définie comme une attitude dans laquelle on est capable de s’affirmer tout en respectant autrui. En effet, même si cela surprend toujours au début, ou même nous laisse perplexes, il s’agit ni plus ni moins que de se respecter soi-même en s’exprimant directement, sans détour, mais avec considération pour l’autre (…que nous sommes d’ailleurs invités à écouter avec plus d’attention). A celles et ceux que je devine se tortillant sur leur chaise tout en fronçant les sourcils et en esquissant une moue dubitative (…tout ça ? …Ce que vous êtes balèzes !) j’ai envie de dire (comme dans la pub) « Mais si, c’est possible ! ». Et non seulement c’est possible, mais aussi porteur de nombreux bénéfices, puisque cela conduit à diminuer le stress personnel, à ne pas en induire chez autrui et surtout à augmenter notre autocontrôle dans la plupart des situations de face-à-face. La pratique de l’assertivité permet de découvrir qu’il est parfaitement possible (contrairement à l’idée reçue) de tout dire, à condition de savoir d’abord quoi dire, comment le dire, à qui le dire, et en présence (ou pas) de qui d’autre. Le tout en ayant à coeur d’éviter de tomber dans les dérives classiques lors des échanges en situation difficile (à savoir la fuite, la manipulation et l’agressivité).

Alors… quelles sont les bonnes méthodes, les bonnes techniques, finalement ?

Vous l’aurez peut-être remarqué, nos amis d’outre Atlantique sont très présents quand on parle de ce sujet. La raison est très simple : c’est qu’ils sont bien connus pour leur pragmatisme dans bien des domaines, pour le meilleur et pour le pire… Si un « Etats Unien » a la phobie de l’avion, il aura tout naturellement tendance à se tourner vers les « thérapies brèves » (c’est la même mouvance) qui lui permettront le plus souvent de surmonter cette « entrave gênante » en un temps record. Le plus souvent, au bout d’une période relativement… brève, donc, notre yankee remontera gaillardement dans son avion, le sourire aux lèvres, et bien entendu en parlera abondamment autour de lui, assurant succès et prospérité à cette méthode et à ses praticiens.

Dans notre vieille Europe, en revanche, nous avons pendant très longtemps eu tendance à sourire avec condescendance devant de si candides « enfantillages », préférant passer une bonne partie de notre vie à chercher à comprendre toute une série de « pourquoi » existentiels, un peu comme si comprendre était préférable à vivre (…et l’avion là-dedans ? Euh… il attend… il peut même attendre pendant toute notre vie !). Mais bon, la roue tourne, et ces choses-là sont en train de bouger un peu…

À mes yeux il n’y a pas de bonne ou de mauvaise technique de développement personnel à proprement parler. On s’en doutera, la personnalité de la ou les personnes qui nous enseignent ces techniques y est pour beaucoup, pour ne pas dire « pour 100% ». À chacun de se déterminer en fonction des témoignages qu’il aura pu recueillir autour de lui… mais aussi de son propre ressenti ! Ne vous lancez jamais dans une telle démarche d’apprentissage sans avoir rencontré au préalable la personne qui l’enseigne. Il est essentiel pour vous que ces techniques soient dispensées par des personnes que vous trouverez réellement bienveillantes et ouvertes (…ce qui ne va pas de soi, comme dans tout apprentissage !). Ainsi, une très grande dame, qui m’a transmis les quelques techniques de programmation neurolinguistique que je connais (bon, je dis « quelques », mais c’était quand même un dispositif de plus de 300 heures…) a déclaré ceci à notre groupe, en guise d’adieu, lors de notre dernière session d’apprentissage (je la cite de mémoire) :


Une seule rivière, mais une infinité de ponts

une seule rivière, beaucoup de pontsVous avez appris à utiliser une technique. Cette technique est celle de la PNL. Mais il en existe beaucoup d’autres… il y a parfois des milliers de ponts pour traverser une même rivière. L’important est que vous savez maintenant comment passer de l’autre côté… ceci dit, attention, ne vous laissez jamais embarquer dans le piège des querelles de chapelles, et soyez bien persuadés qu’il existe une multitude d’autres ponts que celui que vous venez de franchir, et qu’ils sont certainement tout aussi valables que le vôtre.

…J’ai découvert depuis lors qu’une métaphore semblable est citée par Théodore Monod, dans un film qui lui est consacré : « Il y a une montagne unique, une seule montagne, que nous gravissons les uns et les autres, qui que nous soyons, par des sentiers différents, avec l’espoir bien entendu, de nous retrouver les uns et les autres au sommet dans la lumière au-dessus des nuages » (Théodore MONOD, à la fin du film « Le vieil Homme et la fleur » réalisé lors d’une expédition au Yémen, en 1995.

Source : http://www.espacereinedesaba.org/spip.php?article14 )


Les bouchers et les criminels

On le sait bien : tous les couteaux peuvent à la fois rendre d’incroyables services et faire d’incroyables dégâts, tous les bouchers, mais aussi tous les criminels savent bien cela. Reste que, s’il est complètement erroné d’incriminer le couteau quand on découvre un meurtre, il est infiniment plus prudent d’apprendre à manier cet outil avec un boucher qu’avec un criminel, et ceci pour des raisons évidentes.

menace inattendueOr, les criminels sont fort nombreux, et leurs armes ne se limitent pas aux couteaux. Elles vont même parfois jusqu’à inclure les outils du développement personnel (manipulations, dérives sectaires…), ce qui amène nombre d’esprits mal informés à jeter le bébé avec l’eau du bain.

L’incrédulité est la qualité majeure d’un gendarme, écrivait Pierre Magnan. C’est elle qui fait de lui l’égal d’un scientifique (« Les Secrets De Laviolette », Denoël, p.142). N’ayons pas la cruauté de chercher à savoir si en disant cela, il entendait se gausser des premiers ou des seconds :-). Mais les exemples où les sciences (qu’elles soient dures comme ou molles) me semblent prises en flagrant délit d’insuffisance, de « trop court » ne manquent pas.


Développement personnel et homéopathie : même combat ?

Il est notoire que l’homéopathie, par exemple, a encore du mal à se faire accepter dans la communauté scientifique, faute de pouvoir se prêter à l’analyse, et, partant, aux critères du groupe qui détient le pouvoir de « faire la pluie et le beau temps » en la matière. Et en attendant que tout ce petit monde se mette d’accord, des millions de gens se soignent, souvent avec bonheur, et parfois même sont tirés d’affaire face à de bien fâcheux maux. Nous sommes ici aux antipodes de l’hommage sarcastique qu’aurait adressé Fontenelle en 1757 depuis son lit de mort à la science en général, et à son médecin en particulier, lequel se répandait en doctes explications sur la maladie en cours pendant que Fontenelle agonisait : «En somme, grâce à vous, docteur, je meurs guéri !», aurait déclaré l’écrivain…


Pour conclure…

Ce que je puis affirmer à propos du développement personnel, pour ce qui est de mon modeste témoignage, c’est tout simplement que pour ma part j’ai été pleinement satisfait de l’expérience, qui fut pour moi plus que concluante. Entre ça et le mieux-apprendre, je ne vous raconte pas à quel point je me sens chez moi dans n’importe quelle situation d’apprentissage, de la plus simple à la plus problématique, que ce soit en direct ou à distance… Et, pourquoi ne pas le dire, depuis que je vais plus facilement vers les gens, ceux-ci me le rendent au centuple !

Que ce soit en situation d’apprentissage, de formation, ou de transmission des connaissances (…encore que cela ne s’arrête certes pas là), le développement personnel reste pour moi une ressource précieuse,  sur bien des plans. En gros, cela tourne autour de la capacité à conserver enthousiasme et optimisme contre vents et marées (ce qui n’empêche pas la lucidité). Ainsi je peux déclarer que ma vie de formateur s’en est trouvée fondamentalement changée. Peut-être, dans un avenir prochain ces choses-là seront elles aussi systématiquement enseignées dans les cours de pédagogie ? Je l’ignore… mais j’ai souvent le sentiment qu’à côté des moyens technologiques de communication, la véritable communication entre les êtres humains n’en est… qu’à la préhistoire.

Il n’empêche : aujourd’hui, chaque jour, je fais de mon mieux, à mon humble niveau, et surtout je vais mieux, « de mieux en mieux »… en tâchant de me souvenir qu’il n’est pas nécessaire d’aller mal pour aller mieux.

C’est tout le bien que je vous souhaite 🙂

Bien à vous,

Bernard

Les paragraphes sur la pensée positive, la visualisation et la relaxation ont été librement inspirés d’un article publié par Erik Pigani dans un hors-série de la revue « Psychologies » paru en octobre 2005.

A lire également : cet article très complet et très pédagogique sur le blog de l’ISRI (ingénierie en pratiques sociales), intitulé « Changement personnel : mieux choisir sa thérapie ».

Jalousies et rivalités entre frères et soeurs

(Remarque : j’ai déjà publié cet article sur joueb.com en août 2005)

Le livre dont il va être ici question a été écrit par deux psychothérapeutes américaines spécialisées en communication familiale. Elles ont animé pendant de nombreuses années un certain nombre de séminaires sur divers sujets, dont les phénomènes de jalousies et rivalités et entre frères et sœurs. Le livre qu’elles ont écrit ensemble constitue un condensé de ce qui s’est passé au cours de ces séminaires.

Il s’agit de :

Jalousies et rivalités et entre frères et sœurs

Adele FABER et Elaine MAZLISH – © 1989, 1993, 2003, Éditions STOCK

Dédié « à tous les frères et sœurs adultes qui cachent encore au fond de leur cœur un enfant blessé », cet ouvrage est rempli de récits, de témoignages de parents plus ou moins en souffrance, en colère, ou encore impuissants (…on peut aussi être tout cela à la fois 🙂 face à des phénomènes qui leur pourrissent littéralement l’existence (si jamais vous vous reconnaissez dans ces lignes, eh bien « welcome to the club » ;-).

Ce livre m’a été recommandé lors de l’été 2004 par un couple d’amis Mayennais en proie aux mêmes problèmes (mais je pense que nous sommes plutôt nombreux, en définitive… en fait le problème me semble parfois aller de pair avec le fait d’élever plusieurs enfants…).

En relisant mes notes, je me suis surpris à avoir rétrospectivement ici ou là quelques réactions épidermiques vis-à-vis des auteurs : Je me suis dit parfois « Oui… tout cela est bien… sans doute avec des enfants plus doux que les miens… mais avec ms lascars, je ne vois vraiment pas comment mettre cela en pratique à la maison ! »

Et puis je me suis repris, en me disant que tout est préférable à la médiocrité, au statu quo. Comme dit le sage, « Si vous faites toujours plus de ce qui ne marche pas, vous obtiendrez toujours les mêmes résultats »… alors cela m’a donné envie de franchir le pas, malgré mes réticences et tous mes « gna gna gna » de mauvaise augure.

Précisons donc qu’il ne faut surtout pas voir ce livre comme un ensemble de recettes toutes faites, à appliquer mécaniquement et sans réfléchir, avec l’idée d’en obtenir des effets miracles et immédiats. Non. Plus simplement et plus prosaïquement, il est préférable de se contenter de ceci : certaines attitudes, certains comportements ont démontré leur efficacité pour atténuer la rivalité qui oppose frères et sœurs. Cela étant dit, ce qui compte avant tout est l’état d’esprit dans lequel tout cela est fait. N’oublions pas que rien n’a de sens sorti de son contexte (raison pour laquelle je vous encourage à lire le livre pour le cas où ce que j’en rapporte vous « donnerait des boutons » !).

Tout en étant très intéressé par la lecture de l’ouvrage en question, je me suis même temps senti quelque peu frustré par la longueur et la multiplicité des témoignages de parents, ainsi que par les nombreux états d’âme exprimés par les auteurs lors des différentes séances de groupe. Cela m’a donné l’envie d’en extraire un certain nombre d’« idées fortes » (12, en fait) afin de pouvoir me référer par la suite à tout ce que j’ai trouvé de véritablement utile et pratique pour mon utilisation personnelle.

Je me propose de partager aujourd’hui ces notes de lecture avec vous (si vous le souhaitez, vous pouvez lire auparavant de larges extraits du dos du livre, ou encore quelques précisions légales).

Idée générale développée dans le livre :

Le livre me semble reposer sur un constat paradoxal : Le plus souvent, c’est en voulant à tout prix que nos enfants s’aiment que nous aboutissons à une situation où ils se détestent. A l’inverse, c’est en acceptant l’idée qu’ils ne sont pas tenus de s’apprécier mutuellement (du moment qu’ils se respectent) que nous aboutissons à une situation où ils finissent par beaucoup mieux cohabiter… puis (le plus souvent) par s’aimer !

Les auteurs nous invitent à faire en sorte de ne pas fabriquer des stéréotypes. N’enfermons pas nos enfants dans des rôles (« Décidément, celui-là est bien le sportif … [ou l’artiste… l’intellectuel… le clown… etc.] de la famille »). Tâchons de ne jamais les dévaloriser, même (…et surtout !) si nous sommes à bout de nerfs. Traitons nos enfants non pas en fonction de ce qu’ils sont, mais en fonction de ce que nous voudrions qu’ils deviennent.

Cela dit, si ce qu’ils font ou disent nous met véritablement en colère, n’hésitons pas à dire tout simplement… que nous sommes en colère ! Rappel : La colère est un sentiment parfaitement légitime et adapté lorsqu’il y a attaque dans nos valeurs, ou bien lorsque nous ressentons une injustice ou une frustration. Elle sert à défendre nos valeurs, notre intégrité, et à nous affirmer.

Un très grande place est également accordée à l’importance de l’expérience de chacun d’entre nous (parent) lorsqu’il était enfant, de son propre vécu en tant que frère, ou sœur dans sa fratrie d’origine. Dans les séminaires organisés par les auteurs, il y a toutes sortes de « remontées » parfois poignantes, souvent riches de sens en ce qu’elles éclairent le présent sous un jour nouveau.

Quelques « idées fortes » :

IDÉE FORTE  1 : Toujours penser à la reformulation

Exemple : Tu as l’air furieux… tu ne voudrais pas qu’il prenne toutes tes affaires sans te demander la permission…
(à un enfant qui « se plaint » de son frère ou de sa sœur).

En parcourant mes propres notes sur la question de la reformulation, j’ai pu me remettre en mémoire que reformuler permet de :

– Rester centré sur celui qui parle

– S’intéresser à lui, lui montrer qu’il est écouté et respecté

– Vérifier que nous avons compris

– Gagner du temps

– Se dissocier

– Se reposer (dé stresser par rapport à la situation)

– Mettre l’autre en confiance

– Permettre à l’autre de préciser sa pensée sans qu’il se sente agressé

– Rester soi-même en confiance

IDÉE FORTE  2 : Trouver (autant que possible) des activités symboliques et créatives par rapport au problème posé)

…Comme « dessiner sa colère », ou instaurer un « cahier de rouspétances »…

Cela m’a paru très intéressant… et en même temps pas toujours facile à mettre en œuvre (…ce qui ne constitue pas une raison suffisante pour ne pas essayer 🙂

IDÉE FORTE 3 : Résister à la tentation de comparer

A chaque fois que vous êtes tentés de comparer vos enfants entre eux (« …Ton frère ne ferait jamais cela »), attachez-vous plutôt à décrire ce que vous ressentez, sans faire de référence à l’autre enfant.

Vous pouvez par exemple décrire ce que vous voyez…

Je vois une veste toute neuve par terre…

…ou ce que vous ressentez…

Cela me contrarie…

…ou encore ce que l’on peut faire pour remédier à cette situation…

La place de cette veste est dans la penderie.

IDÉE FORTE  4 :  Pour les conflits liés à la quantité («…L’autre en a eu plus que moi »)

Attachez-vous à proposer à l’enfant autre chose que ce qui fait l’objet du conflit. Exemple : Si votre enfant se plaint que son frère ou sa sœur a eu « plus de pain » que lui, proposez-lui un autre aliment…

Tu dois avoir faim… Tiens, je te propose de manger une crêpe. Veux-tu une demie crêpe, ou as-tu assez faim pour une crêpe entière ?

IDÉE FORTE  5 : Lequel de vos enfants aimez-vous le plus ?…

Si un enfant vous pose la question et que vous lui répondez « Je vous aime autant l’un que l’autre » ; il ne vous croira pour ainsi dire jamais… ou du moins jamais tout à fait. C’est ainsi ! En revanche, vous pouvez par exemple leur dire « Je vous aime chacun d’une manière unique, parce que chacun d’entre vous est unique, et donc incomparable. Tu es le seul « toi » dans le monde entier et personne d’autre ne pourrait prendre ta place ».

Vous pouvez également leur donner des exemples plus parlants pour eux, et plus adaptés :… « Préfères-tu manger une bonne tartine, ou regarder un bon dessin animé ?… ». L’absurdité de la question leur sautera immanquablement aux yeux !

IDÉE FORTE 6 : Ne pas rechercher l’équité à tout prix

Exemple : vous êtes en train de passer du temps avec votre fille pour discuter avec elle de la préparation de son anniversaire. Soudain, votre fils réclame votre attention en vous faisant remarquer que vous avez déjà passé beaucoup (…trop ?) de temps avec sa sœur (…en n’hésitant pas à faire tout ce qu’il peut pour vous culpabiliser). Si vous cédez sans en avoir fini avec la sœur, cela « libèrera » son jeune frère de sa frustration, mais occasionnera probablement une frustration encore plus grande pour elle ! Cela paraît tout simplement cornélien ! Cela dit, j’ai bien aimé la proposition des auteurs :

Quand j’en aurai fini avec ta sœur, tu me diras comment tu voudrais qu’on organise ton anniversaire à toi, et je te consacrerai tout le temps qu’il faudra.

…Ou encore (exemple d’un parent qui aide son enfant à faire ses devoirs)… :

Je sais que je passe beaucoup de temps avec ta sœur sur ce devoir de maths. C’est important pour elle. Quand j’aurai terminé, je veux que tu me dises ce qui est important pour toi.

IDÉE FORTE 7 : Comment traiter une dispute entre des enfants

S’il s’agit d’un échange de mots :

 A l’agresseur : Arrête de t’exprimer comme ça. Tu es tout à fait capable d’obtenir ce que tu veux en t’exprimant plus correctement !

 A l’agressé qui se « victimise », et qui « rapporte » ce que l’autre lui a fait : 
Il t’a dit cela ? Pourtant, il sait aussi être gentil, et demander ce qu’il veut avec beaucoup de gentillesse…

Très bon plan d’action proposé par les auteurs pour traiter une dispute :

1. Écouter la version de l’un et de l’autre avec respect (bien entendu, dans les deux cas, « l’autre » ne doit pas interrompre celui qui parle).

2. Reconnaître la gravité du problème (ne pas minimiser). Exemple : C’est un problème difficile : deux enfants et un seul jouet !

3. Manifester de la confiance quant à la capacité des enfants à trouver une solution qui leur convienne mutuellement.

4. Quitter la pièce.

C’est le dernier point qui m’a le plus surpris… Mais à bien y réfléchir, n’est-ce pas là le meilleur moyen de ne pas être l’objet d’un enjeu ? (c’est tellement tentant d’essayer d’amener un de nos parents à prendre parti !). C’est aussi un moyen d’arriver à ce que nos enfants soient un jour autonomes…

L’important est que chacun des protagonistes comprenne qu’il a intérêt à négocier… car si en définitive il y en a un d’entre eux qui est obligé de « céder », ce sera tôt ou tard préjudiciable pour tous (comme toujours quand on tombe dans le « payer », ou le « faire payer »).

Quand des enfants se disputent, il y va de leur intérêt de trouver une solution qu’ils négocient eux-mêmes. Leur bénéfice est immédiat… sans parler de la tranquillité des parents… J

IDÉE FORTE 8 : En cas de dispute avec agression patente (un « agresseur », un « agressé »).

Il peut être parfois judicieux de ne pas accorder d’importance à « l’agresseur »… et de ne s’occuper que de « l’agressé »…

Viens, je vais te soigner… Ton frère a besoin d’apprendre à s’exprimer avec des mots, pas avec ses poings…

L’idée de ne pas s’occuper de « l’agresseur » a peut-être de quoi faire bondir… mais souvenons-nous que l’agresseur cherche le plus souvent à attirer l’attention sur lui, à tout prix, que ce soit en positif ou en négatif. Il serait en quelque sorte paradoxal qu’il arrive à ses fins !

En cas de danger immédiat, séparer les enfants, et renvoyer chacun dans sa chambre.

Réserver cette manière de faire aux seules situation de danger immédiat (et expliquer aux enfants qu’ils sont en danger).

IDÉE FORTE 9 : En cas d’abus de pouvoir d’un aîné envers un cadet

Exemple d’un enfant qui accuse son frère aîné de vouloir lui extorquer un de ses jouets « par la force » :

Ce jouet t’appartient. Tu peux très bien aller dire à ton frère « C’est moi qui décide quand je veux te le prêter ».

Ainsi, l’enfant apprend à s’affirmer davantage (au lieu d’avoir tout le temps recours à une autorité), et à devenir plus autonome.

IDÉE FORTE 10 :  Si un enfant « rapporte », et que cela nous irrite…

Cela ne me plait pas de t’entendre raconter ce que ton frère fait ou ne fait pas… En revanche, si tu veux me parler de toi, je serai heureux de t’écouter.

IDÉE FORTE 11 : Quelques idées pour des discussions en famille


Les auteurs privilégient l’idée d’instaurer la tenue régulière de discussions en famille, au cours desquelles chacun peut exprimer ses besoins, attentes, et éventuellement frustrations.

Idée intéressante : Faire lister aux enfants les différents sujets de dispute qui existent dans la famille :

 Problèmes de propriété (« cet objet m’appartient »)

 Problèmes de territoire (« C’est ma chambre »)

 

IDÉE FORTE 12 : Bien souvent, les enfants peuvent trouver eux-mêmes des solutions à leurs conflits…

Les auteurs racontent l’exemple d’un père qui, après que ses fils se soient chamaillés pour une chaise, s’est lui-même assis « d’autorité » sur « l’objet de la dispute », et, devant la frustration exprimée par les deux enfants, leur a déclaré « Je suis prêt à me lever de cette chaise si (…et seulement si) vous êtes capables de trouver un arrangement tous seuls. Maintenant, filez ! ».

A la grande surprise du papa, ses deux fils sont revenus très peu de temps après, avec un scénario du type C’est untel qui aura la chaise pour le déjeuner, et l’autre pourra l’avoir au moment du dîner ».

Le père fut à ce moment-là convaincu que lui-même n’aurait jamais eu l’idée de trouver cette solution aussi rapidement… et que, même si cela avait été le cas, il n’aurait sans doute pas pu la faire accepter aussi facilement !


Pour conclure…

Les parents qui échouent dans leurs tentatives de régler les conflits entre leurs enfants ne devraient surtout jamais se culpabiliser… Certains enfants ne s’entendent malheureusement jamais ensemble, quel que soit le savoir-faire des parents. Moins on fera une fixation là-dessus, et plus nous augmenterons nos chances de succès, paradoxalement…

J’ajoute que les auteurs (deux femmes, en fait… je répugne à écrire « auteures », je trouve ce mot très moche 😉

…que les femmes qui ont écrit ce livre, donc, ont fait preuve d’une très grande humilité en n’hésitant pas à relater les expériences pénibles qu’elles ont vécu sur ce point avec leurs propres enfants, tout spécialistes qu’elles sont. Je trouve que ce fait est tout à leur honneur et qu’il doit être porté à leur crédit.

Une notion qui est développée tout au long de ce livre (sans jamais être citée de manière explicite) est celle de « virus de pensée », notion que l’on retrouve dans plusieurs techniques de développement personnel, à commencer par la PNL. En gros, un virus de pensée est une espèce d’idée terrorisante qui vient de manière « parasite » occuper progressivement une part de plus de plus grande de notre espace mental de manière de plus en plus obsessionnelle, pour finir par « prendre toute la place », empêchant ainsi notre cerveau de fonctionner normalement. Les deux virus de pensée les plus connus peuvent se résumer par ces deux interrogations ô combien angoissantes :

– « Y en aura-t-il assez pour moi ? » (virus de l’aîné…)

– « Suis-je aussi fort que… ? » (virus du cadet)

Cette notion de virus de pensée a le mérite de nous permettre de reconsidérer nombre de conflits… petits, moyens, grands… planétaires, territoriaux, conflits de systèmes de pensée… bref, toutes les situations où « ceux qui n’ont pas » sont jaloux de « ceux qui ont », les grands jouant des coudes pour écarter les petits, les petits allant se plaindre aux instances supérieures (cette idée est développée à la toute dernière page du livre).

Voilà. Si ces notes vous ont intéressé, je vous invite à déposer ici vos commentaires éventuels, et bien entendu à lire in extenso « Jalousies et rivalités et entre frères et sœurs » – Adele FABER et Elaine MAZLISH – © 1989, 1993, 2003, Éditions STOCK.

Voici de larges extraits de ce que l’on peut lire au dos du livre :

« Une des grandes sources de stress dans les familles, ce sont les incessantes disputes entre enfants. Les moqueries, les provocations, les chamailleries qui n’en finissent pas pèsent lourdement sur la vie familiale. Pour ramener à tout prix la paix, les parents tour à tour supplient, menacent, punissent, prennent parti, mais rien ne semble avoir d’effet. Au bout d’un certain temps, la plupart des parents se résignent : les conflits entre frères et sœurs leur semblent le prix à payer lorsqu’on veut plusieurs enfants.

Adele FABER et Elaine MAZLISH refusent l’idée que rien ne peut être entrepris dans ce domaine. Fortes de leur expérience – elles ont enseigné pendant des années la communication familiale – les deux auteurs ont constaté que certaines attitudes, certains comportements étaient efficaces pour atténuer la rivalité qui oppose frères et sœurs.

[…] Des dialogues vivants, des bandes dessinées décrivent les nombreuses formes de jalousie et montrent comment favoriser la coopération plutôt que la compétition.

[…] Ce livre se lit comme un reportage et peut changer beaucoup dans l’atmosphère des familles. »

Précision légale :

Il est vrai que je ne suis, très clairement, pas du tout en règle de publier un certain nombre des textes présentés ici. Je joue sur l’autorisation tacite des auteurs à me laisser publier leurs oeuvres. Qu’il soit clair que ceci n’a aucun but commercial. Je ne cherche en aucun cas à nuire aux auteurs mais simplement à leur rendre hommage. Toutefois, si vous, auteur ou ayant droit d’un de ces textes, aviez la moindre remarque à me soumettre, sachez bien que je ne chercherai pas à jouer au plus fin et que si tel est votre souhait, je retirerai séance tenante mon article de ce blog, la mort dans l’âme, il est vrai. Un auteur m’a un jour affirmé par mail que le fait de publier ses textes ne le gênait absolument pas. J’ai été ravi de cet écho. Il m’a cependant bien fait comprendre que ses pairs n’étaient pas tous de son avis. Donc, le cas échéant, n’hésitez pas à m’envoyer un commentaire afin que nous évitions tout litige, si vous, auteur et/ou ayant droit, vous sentiez lésé en quoi que ce soit par cette publication de vos oeuvres.

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