Apprendre mieux

Un blog de Bernard Lamailloux – ingénierie pédagogique et artistique

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Les grenouilles tombées dans la jatte de crème (éloge de la persévérance)

Grenouille

Un jour, deux grenouilles tombèrent dans une jatte de crème. Aussitôt, elles s’aperçurent qu’elles s’enfonçaient : impossible de nager ou de flotter longtemps dans cette pâte molle aussi épaisse que des sables mouvants. Au début, les deux grenouilles agitèrent violemment leurs pattes dans la crème pour atteindre le bord de la jatte. En vain : elles ne parvenaient qu’à barboter au même endroit en s’enlisant. Elles avaient de plus en plus de mal à remonter à la surface et à reprendre leur souffle.

L’une d’elles dit tout haut : « Je n’en peux plus. On ne peut pas sortir de là. Impossible de nager dans cette substance. Je vais mourir, je ne vois pas pourquoi je prolongerais cette souffrance. Où est l’intérêt de mourir épuisée par un effort stérile ? »

Ayant dit cela, elle cessa de s’agiter et s’enfonça rapidement, littéralement engloutie par l’épais liquide blanc.

L’autre grenouille, plus persévérante ou peut-être plus obstinée, se dit : « Rien à faire ! Pas moyen d’avancer dans cette matière. Pourtant, bien que la mort soit proche, je lutterai jusqu’à mon dernier souffle. Je refuse de mourir une seconde avant que mon heure ait sonné. »

Elle continua à s’agiter et à barboter au même endroit, sans avancer d’un pouce, pendant des heures et des heures.

Et soudain, à force de trépigner et de battre des cuisses, de s’agiter et de patauger, il arriva que la crème se transforma en beurre.

Surprise, la grenouille fit un bond et, en patinant à la surface, arriva au bord de la jatte.

De là, elle rentra chez elle en coassant joyeusement.

Extrait de l’ouvrage « Laisse-moi te raconter les chemins de la vie« , de Jorge Bucay, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Lhermillier, éditions Pocket  déc. 2010.

Quelle est votre véritable valeur ? (« […] tu es comme cette bague »)

entre rêve et réalité

Un jour, un jeune disciple zen alla trouver son maître.

« Je viens vous voir maître, parce que j’ai l’impression d’avoir si peu d’importance que cela m’ôte toute envie de faire quoi que ce soit. Tout le monde me dit que je suis un bon à rien, que je suis maladroit et stupide. Comment puis-je m’améliorer? Comment m’y prendre pour être mieux considéré ? »

Le maître, sans le regarder lui dit : « Je suis vraiment désolé mon garçon. Je ne peux t’aider, car je dois d’abord résoudre un problème personnel. Peut-être plus tard… »

Après une pause, il ajouta :

« Si tu voulais m’aider, toi, je résoudrais ce problème plus vite, et, ensuite, peut-être pourrais-je te venir en aide…

– Euh… j’en serai ravi, maître, bredouilla le jeune homme en ayant de nouveau le sentiment qu’on ne lui accordait que peu d’importance et qu’on remettait ses propres besoins à plus tard.

– Bien, poursuivit le maître. Il retira une bague qu’il portait au petit doigt de la main gauche et, la donnant au jeune homme, il ajouta :

– « Prends le cheval qui est dehors et va jusqu’au marché. Je dois vendre cette bague pour rembourser une dette. Il te faut en obtenir la plus grosse somme possible et, de toute façon, pas moins d’une pièce d’or. Va-t’en et reviens avec cette pièce aussi vite que tu pourras. »

Le garçon prit la bague, et s’en fut. Aussitôt arrivé sur le marché, il se mit en devoir de la proposer aux marchands ; ceux-ci la regardaient avec intérêt, jusqu’à ce qu’il annonce le prix qu’il en demandait.

Dès qu’il mentionnait la pièce d’or, certains ricanaient, d’autres détournaient la tête… seul un vieillard fut assez aimable pour prendre la peine de lui expliquer qu’une pièce d’or était à ses yeux bien trop précieuse pour l’échanger contre cette bague. Désirant lui venir en aide, quelqu’un alla jusqu’à lui en offrir une pièce d’argent, et ajouta même un récipient en cuivre, mais le garçon avait des ordres stricts : ne pouvant accepter moins d’une pièce d’or, il rejeta l’offre.

Abattu par son échec, après avoir vainement proposé le bijou à toutes les personnes qu’il avait croisées sur le marché – au moins une centaine – il se résolut à enfourcher le cheval et prit le chemin du retour.

Ses pensées étaient amères. Comme il aurait aimé avoir une pièce d’or à donner au maître pour le soulager de ses soucis et recevoir son conseil ainsi que son aide !

Il revint donc chez celui-ci.

« Maître, dit-il, je regrette. Il est impossible d’obtenir ce que tu demandes. Peut-être aurai-je pu échanger la bague contre deux ou trois pièces d’argent, mais je ne voudrais tromper personne sur la valeur véritable.

– Tu viens de dire une chose très importante, mon jeune ami, répondit le maître en souriant. Il nous faut d’abord connaître la véritable valeur de cette bague. Reprends le cheval et rends-toi chez le bijoutier. Qui mieux que lui peut l’estimer, en effet ? Dis-lui que tu voudrais la vendre et demande lui combien il t’en donnerait. Mais surtout, quoi qu’il te propose, ne la lui vends pas. Reviens plutôt ici avec ma bague pour me dire ce qu’il en est. »

Le jeune homme entreprit donc une nouvelle chevauchée pour se rendre chez ce bijoutier.

Celui-ci examina attentivement la bague à la lumière d’une lampe à huile, puis il la regarda avec sa loupe, la soupesa et finit par dire :

libellule au bout d'une main

« Mon garçon, dis au maître que, s’il veut vendre sa bague tout de suite, je ne peux lui en donner plus de cinquante-huit pièces d’or.

– Cinquante-huit pièces d’or ! s’exclama le jeune homme.

– Oui, répliqua le bijoutier. Je sais qu’avec du temps, on pourrait sans doute en obtenir plus de soixante-dix, mais si la vente est pressée… »

Tout ému, le garçon courut chez le maître pour lui raconter l’histoire.

« Assieds-toi, lui dit celui-ci après l’avoir écouté. Cette bague est un bijou précieux, unique. En tant que tel, seul peut l’estimer un véritable expert. Pourquoi exiger du premier venu qu’il découvre sa vraie valeur ?

Toi-même, tu es comme cette bague ».

Après avoir prononcé ces paroles, il remit la bague au petit doigt de sa main gauche, et retourna tranquillement à ses affaires.

Cette histoire m’a été racontée il y a quelque temps déjà par mon amie Geneviève Gabriel.

En repensant à son sourire magnifique, bienveillant, un tantinet espiègle, je ne peux m’empêcher, à la lumière de certains événements, de penser au côté, disons « prémonitoire » qu’elle revêtait…

Aujourd’hui, étrangement motivé par je ne sais quelle impulsion (suite à un commentaire d’Annette sur mon post précédent), j’ai procédé à quelques recherches sur le net dans l’espoir de retrouver cette histoire, et j’ai fini par en retrouver la trace.

Elle y est présentée comme un Extrait de l’ouvrage « Laisse-moi te raconter les chemins de la vie », de Jorge Bucay, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Lhermillier, éditions Pocket  déc. 2010.

Après être allé y voir de plus près sur Amazon, j’ai immédiatement décidé d’acheter ce livre.

Mes meilleures pensées vont aussi à Stéphane Pietra, pour cette phrase, prononcée jadis :

« La valeur d’une personne doit pouvoir être appréciée…

– Dans  le bon contexte…
– Par des personnes capables de la mesurer ».

 Ce post est dédié à Laurène Castor.

Un conte ultra court – Question de proportions…

Arif, un ami de Nasr Eddin Hodja aimait beaucoup inviter ses amis à boire le thé et leur soumettre des devinettes compliquées pour les voir se torturer l’esprit et rire à leurs dépens.

Ce jour là, Nasr Eddin Hodja prenait le thé chez lui avec d’autres amis. Leur hôte se leva et s’approcha de la cheminée, s’empara d’une braise et la jeta dans un seau d’eau. « Pschhhhh » entendit-on. « Mes amis ! S’exclama Arif, dites-moi. Qu’est ce qui a produit ce son ? Est-ce l’eau, ou bien la braise? »

« Les deux ! » Répondirent tous les amis. « Vraiment ? Les deux ? …Et dans quelles proportions ? » insista Arif, en prenant un air goguenard.

A ces mots, voyant qu’Arif se moquait d’eux, Nasr Eddin Hodja se leva et s’approcha de son hôte. Levant la main, il asséna une grande claque au trublion. « Et ce bruit, mon ami, qu’est-ce qui l’a produit ? Est-ce ma main ? Ou bien ta joue ? …Et dans quelles proportions ?! »

Nasr Eddin Hodja est un ouléma mythique de la culture musulmane, personnage ingénu et faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux, qui aurait vécu en Turquie de 1208 à 1284, né à Sivrihisar et mort à Aksehir. Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célébrées dans des dizaines de langues, du serbo-croate au persan en passant par le turc, l’arabe, le grec, le russe et d’autres (Source : Wikipédia). Avec mes remerciements les plus chaleureux à Anne Deval, comédienne et conteuse.

  Un petit mot rapide avant de terminer : sachez que je nage dans le bonheur depuis que mon livre est paru, tout récemment..
J’aimerais tellement vous en envoyer un tout petit peu en retour (…du bonheur) tellement il a l’air d’être si bien accueilli (…le livre 🙂 ).
Le plus fou c’est que tout à commencé sur ce blog ! La preuve se trouve dans cet article d’Hélène Weber... Un jour, je vous le promets, je vous raconterai l’histoire de  ce livre, de la conception à la fabrication (…sans parler de la promo, et je vous assure que ce n’est pas de la tarte ! 🙂 ).
En espérant que cela suscitera d’autres vocations. Parce qu’encore une fois, les rêves sont faits pour être réalisés, et je suis prêt à le crier bien haut sur tous les toits s’il le faut…
Les personnes qui ne sont pas encore au courant (…et les autres aussi !) pour le livre peuvent toujours aller cliquer que les petites images ci-dessous pour se faire une première idée (je vous recommande particulièrement « Le rêve de Bernard », raconté par… ma fille Alice, en 2 minutes chrono !).
Bien à vous,
Bernard

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Le formateur en contexte B to B : un véritable homme (…ou femme) orchestre !

Homme orchestre

Vous vous souvenez peut-être que depuis quelques semaines je suis en train d’user mes fonds d’e-culottes sur les e-bancs du mooc eLearn²… On nous y encourage notamment à analyser nos propres pratiques pédagogiques à la lumière des enseignements qui nous sont apportés, et pour ma part je bénis cette nouvelle occasion d’apprendre (oui, je sais, de ce côté-là je suis indécrottable).

Bien entendu, j’ai particulièrement à cœur de « jouer le jeu » autant que faire se peut, tant le sujet me passionne. Mais force m’est de constater qu’il y a pour ce qui me concerne une difficulté de taille : dans ma pratique professionnelle je n’ai en effet pas affaire à des « étudiants », mais à des adultes en formation continue, et qui plus est dans un contexte « B to B », ce qui change pas mal la donne.

Vous avez bien dit « Comment vais-je vérifier… » ?

Dans le Slideshare qui accompagne une discussion filmée (avec Christophe Batier) dans le cadre de ce mooc, Marcel Lebrun prend bien la précaution de différencier les trois univers que sont l’enseignement, l’apprentissage et la formation.

Or, dans de nombreux contextes de formation, il est assez ardu de poser les choses dans des termes tels que décrits ci-dessous (j’ai juste rajouté le point d’interrogation) :

L'enseignement aligné est-il adapté à la formation des adultes ?

En effet, un formateur n’est pas toujours en situation de vérifier lui-même ce que ses apprenants sont capables de faire à l’issue du dispositif. Cet aspect-là reste souvent de leur entière responsabilité, même si cette responsabilité-là n’est pas toujours très clairement établie, et qu’elle s’en trouve parfois « diluée » dans les arcanes de l’organisation  à laquelle appartient l’apprenant (parfois, c’est même carrément les oubliettes !). Ainsi il m’est arrivé plusieurs fois de retrouver une même personne assistant au même cours à quelques mois d’intervalle. A mes débuts je trouvais cela très inquiétant… pour moi ! Mais l’expérience m’a appris qu’il s’agit la plupart du temps de personnes « qu’on avait envoyées suivre cette formation »… mais « …qui n’ont pas eu l’opportunité de la mettre en pratique », et ceci pour des raisons diverses et variées. Dans certains cas c’est leur hiérarchie qui leur a donné trop d’autres tâches à abattre pour permettre à la formation de porter ses fruits, dans d’autres c’est l’apprenant a usé de son propre « pouvoir d’inertie » pour éviter soigneusement de changer ses propres pratiques… la liste est immense. De quoi parle notre actualité en ce moment ? De réforme de la formation professionnelle ?…. Ben tiens, tu m’étonnes…

Ainsi, lorsque dans une session de formation je lance une activité de type travaux pratiques, ou études de cas, je laisse chacun de mes apprenants entièrement libre de communiquer ou non au groupe le fruit de ses grattages de tête. Dans le cas contraire ce serait là une manière de les infantiliser, et même une maladresse, du moins à mes yeux.

Curieusement, cette pédagogie si particulière est « forcément » centrée sur l’apprenant…

Quand on pense à une « pédagogie centrée sur l’apprenant », c’est ainsi qu’ mes yeux les choses se passent déjà le plus souvent, je dirais « par la force des choses », dans le contexte la formation continue sur le secteur marchand, B to B, dans les cas (somme toute assez fréquents) où il n’existe pas ce qu’il faut bien appeler des moyens de « coercition du haut vers le bas », de type examen, certification, homologation, etc.

Mis en examen

Car on dira ce qu’on voudra, mais même en y mettant toute la bienveillance du monde, un examen sera peu ou prou forcément vécu par ceux qui le passent comme un moyen de coercition, qu’on le veuille ou non. Dans tout ce bel élan de partage et d’apprentissage collectif, il y en a bien un (l’enseignant) qui se retrouve du côté du manche (…pour les apprenants plus jeunes, cela alimente notamment les situations de friction avec les parents d’élèves, par exemple). Qui dit examen dit qu’il y en a un qui « examine » et un autre qui « se fait examiner », c’est ainsi.

Or, nous sommes de très nombreux formateurs à œuvrer dans les étranges soutes d’un tout autre navire, que ce soit en tant que salariés, ou travailleurs indépendants (aaah, ce merveilleux statut d’autoentrepreneur…). A tort ou à raison, je me dis qu’il en existe forcément un certain nombre dans le mooc eLearn²

Dans notre contexte de travail, nous avons rarement d’autre choix que de « tout centrer sur l’apprenant« , justement, sous peine de graves déconvenues, souvent immédiates et sans appel. Dès 1973,  Bertrand Schwartz déclarait d’ailleurs ceci à propos des adultes: (dans son célèbre « théorème ») :

Un adulte ne se formera que s’il trouve dans la formation une réponse à SES problèmes, dans SA situation.

Je puis témoigner sans réserve qu’à la moindre occasion, les adultes me le rappellent sans détour, ce qui peut être une excellente chose, on ne peut plus « formatrice » pour les formateurs 🙂 … Ainsi, la formation continue en entreprise se distingue de la formation initiale (y compris universitaire) sur plusieurs points :

Bien souvent, pour ce qui concerne les systèmes de formation dits « en salle » (mais pas uniquement), la mission telle qu’elle est assignée au formateur consiste à maintenir un public en haleine, à le faire participer, et à faire en sorte qu’à la fin de la session, ce public se déclare globalement satisfait, avec si possible l’impression d’avoir appris quelque chose.

Beaucoup de monde sur le pont

N’allez pas imaginer que pour mener à bien cette périlleuse mission, le formateur soit nécessairement en possession de tous les éléments d’information nécessaires en amont… et ceci pour une raison très simple : entre lui et ses participants, il y a parfois un grand nombre d’intermédiaires, comme le montre l’illustration qui suit :

 Les deux extrémités d’un « U » qui se réunissent…

_

Dans cet exemple, participant et formateur sont réunis dans une unité de temps et de lieu à l’occasion d’une session de formation. Mais pour que cette session existe, il a fallu que plusieurs personnes entrent en jeu.

Prenons un exemple :

  • Le participant est employé dans une entreprise de taille moyenne. Constatant qu’il ressent un manque pour mener à bien sa mission… par exemple pour s’adapter à l’évolution de son poste de travail (mais il peut en exister beaucoup d’autres), il en réfère à son supérieur direct, que nous appellerons « Intermédiaire 1 » ;
  • L’intermédiaire 1 prend bonne note de la demande de son subordonné, et, n’ayant aucune raison de s’y opposer, va en référer à une personne de son organisation en charge des ressources humaines (Intermédiaire 2) ;
  • L’intermédiaire 2 instruit un dossier qu’il transmet à une personne de son service plus particulièrement chargée des questions de formation (Intermédiaire 3) ;
  • L’intermédiaire 3, après s’être assuré que la demande est recevable et conforme à la politique de formation de son organisation, valide la demande, se met en demeure de trouver parmi le personnel d’autres participants apparemment concernés par la même problématique, puis en réfère à une autre personne qui jouera le rôle de commanditaire (Intermédiaire 4) ;
  • L’intermédiaire 4 (ici le commanditaire) va se mettre en quête d’un organisme de formation susceptible de fournir la prestation souhaitée, puis d’identifier une personne qui sera son interlocuteur dans cette affaire (Intermédiaire 5) ;
  • L’intermédiaire 5 traite la demande…
  • Quelques intermédiaires plus loin, nous retrouvons une personne, que nous appellerons « Intermédiaire N », et dont la mission consistera à missionner le formateur tout en lui donnant les éléments dont il dispose afin que celui-ci puisse préparer sa session ;

Le formateur est enfin saisi du dossier, il peut commencer à se mettre au travail.

Vous pouvez faire varier le nombre de ces intermédiaires à l’infini, rajouter ou supprimer des couches à tous les étages selon les cas de figure, mais une chose est certaine : entre vous et vos participants, il y aura toujours eu en amont « du monde sur le pont »… et il y aura encore en aval. C’est mathématique.

Dans certains cas (mais pas toujours), le formateur peut tenter de remonter la chaîne avant le début de la session en prenant contact avec certains des intermédiaires (voire le participant lui-même) pour recueillir des informations qu’il juge nécessaires. Mais quand bien-même c’est techniquement possible, et qu’on l’y autorise (ce qui est loin d’être toujours le cas), il est aisé de constater que plus vous augmentez le nombre de participants (lesquels n’ont pas forcément des profils semblables, et n’appartiennent pas nécessairement à la même organisation) pour une même session de formation, plus la tâche sera ardue. Sans parler du participant qui vous annonce tout de go en arrivant « Euh, moi je remplace Madame Untel parce qu’elle a eu un empêchement de dernière minute »

Homme-orchestre, dites-vous ? Et pourquoi donc ?

C’est pour cette raison que pour ma part je n’entre jamais « dans le vif » d’une session de formation sans avoir entamé un bref échange avec l’ensemble des personnes présentes (nous y reviendrons dans un prochain billet). En tout cas, il est facile de constater que tout formateur plongé dans un session en contexte « B to B » est le plus souvent mis dans une situation qu’on pourra qualifier d’obligation de résultat, étant entendu qu’il doit faire avec les moyens du bord tout en faisant son affaire personnelle de la manière dont il s’y prendra pour mener à bien sa mission, et que par la suite, nombreux sont ceux qui, à tort ou à raison, s’estimeront en situation de lui demander des comptes…

Ici, c’est plutôt le formateur qui est continuellement « mis en examen »…

Du coup, un tel formateur développe le plus souvent ses aptitudes pédagogiques à la manière du cowboy qui apprend à danser quand le méchant du saloon lui tire dans le pattes en s’esclaffant « Allez, danse, coyote ! ». C’est une sorte d’épreuve du feu permanente dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle forge le caractère… En plus, dans mon cas, à cette époque-là je sortais à peine de l’Education Nationale… Vous voyez un peu le tableau ! En général y’a pas photo, ça passe ou ça casse…

Un homme-orchestre, je vous dis !

(Cet article sera repris dans ouvrage de conseils aux formateurs, à paraître en été 2014 aux éditions DUNOD).

Pour en savoir plus, on consultera avec profit cet Article et infographie de Nicole Legault (community manager de la compagnie de e-learning Articulate), à propos de la spécificité de l’apprentissage des adultes.
Vous y (re)trouverez beaucoup de points en accord avec l’esprit qui souffle sur notre mooc, mais aussi des éclairages qui m’ont paru originaux et dignes d’intérêt…

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