Apprendre mieux

Un blog de Bernard Lamailloux – ingénierie pédagogique et artistique

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Les grenouilles tombées dans la jatte de crème (éloge de la persévérance)

Grenouille

Un jour, deux grenouilles tombèrent dans une jatte de crème. Aussitôt, elles s’aperçurent qu’elles s’enfonçaient : impossible de nager ou de flotter longtemps dans cette pâte molle aussi épaisse que des sables mouvants. Au début, les deux grenouilles agitèrent violemment leurs pattes dans la crème pour atteindre le bord de la jatte. En vain : elles ne parvenaient qu’à barboter au même endroit en s’enlisant. Elles avaient de plus en plus de mal à remonter à la surface et à reprendre leur souffle.

L’une d’elles dit tout haut : « Je n’en peux plus. On ne peut pas sortir de là. Impossible de nager dans cette substance. Je vais mourir, je ne vois pas pourquoi je prolongerais cette souffrance. Où est l’intérêt de mourir épuisée par un effort stérile ? »

Ayant dit cela, elle cessa de s’agiter et s’enfonça rapidement, littéralement engloutie par l’épais liquide blanc.

L’autre grenouille, plus persévérante ou peut-être plus obstinée, se dit : « Rien à faire ! Pas moyen d’avancer dans cette matière. Pourtant, bien que la mort soit proche, je lutterai jusqu’à mon dernier souffle. Je refuse de mourir une seconde avant que mon heure ait sonné. »

Elle continua à s’agiter et à barboter au même endroit, sans avancer d’un pouce, pendant des heures et des heures.

Et soudain, à force de trépigner et de battre des cuisses, de s’agiter et de patauger, il arriva que la crème se transforma en beurre.

Surprise, la grenouille fit un bond et, en patinant à la surface, arriva au bord de la jatte.

De là, elle rentra chez elle en coassant joyeusement.

Extrait de l’ouvrage « Laisse-moi te raconter les chemins de la vie« , de Jorge Bucay, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Lhermillier, éditions Pocket  déc. 2010.

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Quelle est votre véritable valeur ? (« […] tu es comme cette bague »)

entre rêve et réalité

Un jour, un jeune disciple zen alla trouver son maître.

« Je viens vous voir maître, parce que j’ai l’impression d’avoir si peu d’importance que cela m’ôte toute envie de faire quoi que ce soit. Tout le monde me dit que je suis un bon à rien, que je suis maladroit et stupide. Comment puis-je m’améliorer? Comment m’y prendre pour être mieux considéré ? »

Le maître, sans le regarder lui dit : « Je suis vraiment désolé mon garçon. Je ne peux t’aider, car je dois d’abord résoudre un problème personnel. Peut-être plus tard… »

Après une pause, il ajouta :

« Si tu voulais m’aider, toi, je résoudrais ce problème plus vite, et, ensuite, peut-être pourrais-je te venir en aide…

– Euh… j’en serai ravi, maître, bredouilla le jeune homme en ayant de nouveau le sentiment qu’on ne lui accordait que peu d’importance et qu’on remettait ses propres besoins à plus tard.

– Bien, poursuivit le maître. Il retira une bague qu’il portait au petit doigt de la main gauche et, la donnant au jeune homme, il ajouta :

– « Prends le cheval qui est dehors et va jusqu’au marché. Je dois vendre cette bague pour rembourser une dette. Il te faut en obtenir la plus grosse somme possible et, de toute façon, pas moins d’une pièce d’or. Va-t’en et reviens avec cette pièce aussi vite que tu pourras. »

Le garçon prit la bague, et s’en fut. Aussitôt arrivé sur le marché, il se mit en devoir de la proposer aux marchands ; ceux-ci la regardaient avec intérêt, jusqu’à ce qu’il annonce le prix qu’il en demandait.

Dès qu’il mentionnait la pièce d’or, certains ricanaient, d’autres détournaient la tête… seul un vieillard fut assez aimable pour prendre la peine de lui expliquer qu’une pièce d’or était à ses yeux bien trop précieuse pour l’échanger contre cette bague. Désirant lui venir en aide, quelqu’un alla jusqu’à lui en offrir une pièce d’argent, et ajouta même un récipient en cuivre, mais le garçon avait des ordres stricts : ne pouvant accepter moins d’une pièce d’or, il rejeta l’offre.

Abattu par son échec, après avoir vainement proposé le bijou à toutes les personnes qu’il avait croisées sur le marché – au moins une centaine – il se résolut à enfourcher le cheval et prit le chemin du retour.

Ses pensées étaient amères. Comme il aurait aimé avoir une pièce d’or à donner au maître pour le soulager de ses soucis et recevoir son conseil ainsi que son aide !

Il revint donc chez celui-ci.

« Maître, dit-il, je regrette. Il est impossible d’obtenir ce que tu demandes. Peut-être aurai-je pu échanger la bague contre deux ou trois pièces d’argent, mais je ne voudrais tromper personne sur la valeur véritable.

– Tu viens de dire une chose très importante, mon jeune ami, répondit le maître en souriant. Il nous faut d’abord connaître la véritable valeur de cette bague. Reprends le cheval et rends-toi chez le bijoutier. Qui mieux que lui peut l’estimer, en effet ? Dis-lui que tu voudrais la vendre et demande lui combien il t’en donnerait. Mais surtout, quoi qu’il te propose, ne la lui vends pas. Reviens plutôt ici avec ma bague pour me dire ce qu’il en est. »

Le jeune homme entreprit donc une nouvelle chevauchée pour se rendre chez ce bijoutier.

Celui-ci examina attentivement la bague à la lumière d’une lampe à huile, puis il la regarda avec sa loupe, la soupesa et finit par dire :

libellule au bout d'une main

« Mon garçon, dis au maître que, s’il veut vendre sa bague tout de suite, je ne peux lui en donner plus de cinquante-huit pièces d’or.

– Cinquante-huit pièces d’or ! s’exclama le jeune homme.

– Oui, répliqua le bijoutier. Je sais qu’avec du temps, on pourrait sans doute en obtenir plus de soixante-dix, mais si la vente est pressée… »

Tout ému, le garçon courut chez le maître pour lui raconter l’histoire.

« Assieds-toi, lui dit celui-ci après l’avoir écouté. Cette bague est un bijou précieux, unique. En tant que tel, seul peut l’estimer un véritable expert. Pourquoi exiger du premier venu qu’il découvre sa vraie valeur ?

Toi-même, tu es comme cette bague ».

Après avoir prononcé ces paroles, il remit la bague au petit doigt de sa main gauche, et retourna tranquillement à ses affaires.

Cette histoire m’a été racontée il y a quelque temps déjà par mon amie Geneviève Gabriel.

En repensant à son sourire magnifique, bienveillant, un tantinet espiègle, je ne peux m’empêcher, à la lumière de certains événements, de penser au côté, disons « prémonitoire » qu’elle revêtait…

Aujourd’hui, étrangement motivé par je ne sais quelle impulsion (suite à un commentaire d’Annette sur mon post précédent), j’ai procédé à quelques recherches sur le net dans l’espoir de retrouver cette histoire, et j’ai fini par en retrouver la trace.

Elle y est présentée comme un Extrait de l’ouvrage « Laisse-moi te raconter les chemins de la vie », de Jorge Bucay, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Lhermillier, éditions Pocket  déc. 2010.

Après être allé y voir de plus près sur Amazon, j’ai immédiatement décidé d’acheter ce livre.

Mes meilleures pensées vont aussi à Stéphane Pietra, pour cette phrase, prononcée jadis :

« La valeur d’une personne doit pouvoir être appréciée…

– Dans  le bon contexte…
– Par des personnes capables de la mesurer ».

 Ce post est dédié à Laurène Castor.

Un conte ultra court – Question de proportions…

Arif, un ami de Nasr Eddin Hodja aimait beaucoup inviter ses amis à boire le thé et leur soumettre des devinettes compliquées pour les voir se torturer l’esprit et rire à leurs dépens.

Ce jour là, Nasr Eddin Hodja prenait le thé chez lui avec d’autres amis. Leur hôte se leva et s’approcha de la cheminée, s’empara d’une braise et la jeta dans un seau d’eau. « Pschhhhh » entendit-on. « Mes amis ! S’exclama Arif, dites-moi. Qu’est ce qui a produit ce son ? Est-ce l’eau, ou bien la braise? »

« Les deux ! » Répondirent tous les amis. « Vraiment ? Les deux ? …Et dans quelles proportions ? » insista Arif, en prenant un air goguenard.

A ces mots, voyant qu’Arif se moquait d’eux, Nasr Eddin Hodja se leva et s’approcha de son hôte. Levant la main, il asséna une grande claque au trublion. « Et ce bruit, mon ami, qu’est-ce qui l’a produit ? Est-ce ma main ? Ou bien ta joue ? …Et dans quelles proportions ?! »

Nasr Eddin Hodja est un ouléma mythique de la culture musulmane, personnage ingénu et faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux, qui aurait vécu en Turquie de 1208 à 1284, né à Sivrihisar et mort à Aksehir. Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célébrées dans des dizaines de langues, du serbo-croate au persan en passant par le turc, l’arabe, le grec, le russe et d’autres (Source : Wikipédia). Avec mes remerciements les plus chaleureux à Anne Deval, comédienne et conteuse.

  Un petit mot rapide avant de terminer : sachez que je nage dans le bonheur depuis que mon livre est paru, tout récemment..
J’aimerais tellement vous en envoyer un tout petit peu en retour (…du bonheur) tellement il a l’air d’être si bien accueilli (…le livre 🙂 ).
Le plus fou c’est que tout à commencé sur ce blog ! La preuve se trouve dans cet article d’Hélène Weber... Un jour, je vous le promets, je vous raconterai l’histoire de  ce livre, de la conception à la fabrication (…sans parler de la promo, et je vous assure que ce n’est pas de la tarte ! 🙂 ).
En espérant que cela suscitera d’autres vocations. Parce qu’encore une fois, les rêves sont faits pour être réalisés, et je suis prêt à le crier bien haut sur tous les toits s’il le faut…
Les personnes qui ne sont pas encore au courant (…et les autres aussi !) pour le livre peuvent toujours aller cliquer que les petites images ci-dessous pour se faire une première idée (je vous recommande particulièrement « Le rêve de Bernard », raconté par… ma fille Alice, en 2 minutes chrono !).
Bien à vous,
Bernard

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Laissez tomber vos tours de table, préférez-leur la balle magique !

Arrêtez tout !Pour recueillir les attentes des participants dans diverses circonstances, par exemple au début d’une réunion ou encore d’une session de formation, un usage aussi vieux que les conseils d’administration veut qu’on ait recours à ce qu’on appelle le tour de table. Vous qui lisez ces lignes, il est fort probable que vous ayez une expérience de cet exercice de style plutôt convenu, conçu pour permettre à des personnes présentes dans une assemblée de se présenter, et/ou de donner leur avis sur un point quelconque. Voilà comment cela se passe le plus souvent :

L’animateur de la séance suggère que chaque personne présente s’exprime tour à tour, en suivant tout simplement l’ordre d’installation dans la salle ou autour de la table. On commence par régler la question du « On commence par où, la gauche ou la droite ? », et c’est parti comme en 14, chacun y va de son petit couplet. Quand il ou elle a terminé, la personne suivante enchaîne, et ainsi de suite jusqu’à la fin. C’est simple, carré, pratique… sauf que le plus souvent, cela ne sert pratiquement à rien. Pourquoi ? En voici une illustration, qui bien sûr n’engage que moi.

Pour ce qui me concerne en effet, à chaque fois que je suis « pris » dans un de ces fameux tours de table, je ne manque jamais d’admirer l’aisance verbale, et même corporelle, de nombre d’intervenants successifs, qui rivalisent de finesse, d’esprit, de sens de la rhétorique, d’esprit de synthèse, et parfois même d’humour ! Les trouvant tous plus beaux, intéressants, charismatiques et captivants les uns que les autres, j’ai donc tout naturellement à cœur d’être au moins aussi beau, intéressant, charismatique et captivant que les autres lorsque mon tour viendra, quoi de plus naturel en effet ?

Or, panique à bord, je ne suis pas du tout certain d’être à la hauteur, le moment venu. Heureusement, le moment en question n’est pas toujours pour tout de suite, selon le hasard des placements dans la salle. Du coup, constatant que – par chance – je dispose d’un peu de temps, j’en profite pour « préparer mes phrases », à l’image du playboy de boîte de nuit d’une vieille chanson de Cabrel[1]. Et voyez comme c’est bête, le fait même de préparer mes phrases me rend complètement incapable d’écouter en même temps ce que les autres sont en train de dire ! Si bien que, le plus souvent, si on me demandait de résumer ce qu’a dit chacun des autres participants, j’en serais tout bonnement incapable ! Avouez que c’est dommage…

Quelque-chose me dit même confusément que je ne dois pas être le seul dans ce cas-là. Du coup, je me garde bien de lancer moi-même quelque tour de table que ce soit. Lors de mes interventions en formation, par exemple, je le remplace toujours par…

…Une séquence de balle magique !

balle magique

Qu’est-ce que donc que cela ? C’est tout simple, et cela nous vient tout droit de la tradition du bâton de parole en usage dans de nombreuses tribus africaines. Il s’agit de prendre un objet symbolique (une petite balle en mousse c’est idéal, à défaut on peut froisser une feuille de papier en boule) qu’on appellera « balle magique ». Après avoir présenté la balle, je préviens l’auditoire que je vais bientôt lancer cette balle magique dans la salle, à destination d’un participant que je choisirai au hasard (j’avoue franchement que si une personne regarde le plafond, sa montre, ou encore consulte sa messagerie à ce moment précis, je me fais un malin plaisir d’influer un peu ledit hasard).

bâton de paroleLa personne qui se retrouve en possession de la balle magique prend alors la parole… et la garde le temps nécessaire. Nul ne peut l’interrompre (…à part l’animateur, exclusivement en cas de « dépassement du temps raisonnable » qui risquerait de pénaliser le reste du groupe. En pareil cas, il convient de se montrer déterminé, tout en y mettant les formes).

Lorsque la personne a fini de parler, elle jette la balle (de manière toute aussi « aléatoire » que moi il y a quelques instants) à la personne de son choix, qui récupère la parole en même temps que la balle… ainsi de suite, jusqu’à la fin. Vous verrez qu’en fin de parcours, la dernière personne à s’être exprimée a souvent le réflexe de « renvoyer la balle » à l’animateur[2], ce qui lui permet comme par hasard de « rebondir » sur ce qui vient d’être dit, selon l’expression consacrée… qui jamais ne s’est aussi bien appliquée (une balle magique a donc des rebondissements… magiques !).

Bien entendu, les participants à ce « tour de table d’un genre nouveau », sachant que leur tour va peut-être venir juste après (particulièrement pour les derniers d’entre eux !), ne veulent pas paraître « tomber des nuages » au moment où la balle leur tombera dessus… Du coup, par la force des choses, le plus souvent ce dispositif rend tout le monde beaucoup plus… attentif !

Que demande le peuple ?…

Bien à vous,

Bernard

***

Cet article sera repris dans ouvrage de conseils aux formateurs, à paraître au cours de l’été 2014 aux éditions DUNOD.

 


[1] « Samedi soir sur la terre ».

[2] …Dans le cas contraire, pensez tout de même à la récupérer !

Le jeu « Cinq questions pour des champions » [ressource pédagogique]

5 questions pur des champoions - vue de la célèbre émission TV

La plus grande difficulté dans ce monde, ce n’est pas notre capacité à produire, mais notre réticence à partager.  [ Roy Lemon Smith]

Cet article a précédemment été publié en 2009, sous une forme légèrement différente, chez Joueb, puis chez WordPress.

Voici un fantastique jeu pédagogique auquel je me suis souvent livré auprès d’un public d’adultes en situation de formation. Il a été inventé par l’américain d’origine indienne Sivasailam Thiagarajan  (dont il a été plusieurs fois question sous ces lignes), alias Thiagi, génial découvreur du concept des « jeux cadres ». Les français appellent le plus souvent ce jeu « Question à foison ». En voici le principe.

« Le sujet que nous abordons aujourd’hui est ardu… J’ai peur que mes participants décrochent…»

Imaginez plutôt : Vous savez que vous devez effectuer une intervention de type  « cours magistral » sur un sujet plutôt ardu, abstrait, complexe… et comme vous n’êtes pas du genre enseignant autiste (ne riez pas, j’en ai rencontré !), vous savez pertinemment que vos apprenants risquent fort de « décrocher » au bout d’une à deux heures, et encore je suis optimiste (interrogez n’importe quel médecin sur les véritables facultés d’attention d’un adulte dans le temps, vous risquez d’être déçu). Vous supposez même que, la digestion aidant, votre sempiternelle demande : «…Avez-vous des questions? » fera un bide retentissant.
Si vous êtes persuadé que c’est ainsi… qu’on n’y peut rien… qu’après tout ce n’est pas votre problème mais le leur, ou pire, que c’est bien meilleur d’apprendre dans la souffrance sous le simple prétexte que vous-même avez toujours fonctionné ainsi… je me permets de vous conseiller d’arrêter de lire ces lignes, la suite risquant fort de vous déplaire, vous voilà prévenu.

On peut amener sa sonnerie… c’est même conseillé

Arrangez-vous pour emporter avec vous le jour de l’intervention un objet qui fera entendre une sonnerie, grosso modo à l’heure que vous aurez jugée « fatidique » (si vous êtes « high tech », utilisez les fonctionnalités de votre téléphone portable, si vous êtes de type plus rétro, un minuteur pour cocotte minute fera très bien l’affaire). Comptez deux heures environ après le démarrage de votre cours.
Prévenez l’assistance qu’une interruption inopinée surviendra à « telle heure environ  »… que le cours magistral s’interrompra donc, et qu’il sera procédé à une activité agréable et amusante destinée à favoriser en douceur la mémorisation de tout ce qui aura été abordé jusque-là.
Lorsque survient la sonnerie, vous êtes en général le premier surpris, c’est normal (ceux qui se sentent une âme de fantaisiste pourront avec profit détendre l’atmosphère en se lançant dans une tirade du type « Ah mais non, je vous demande un peu, quel est l’outrecuidant qui ose interrompre mon auguste propos ? … Euh oui, effectivement, pardon, ce n’est que moi-même ! »).

Et c’est parti! Formez deux équipes

Demandez à l’assistance de bien vouloir se diviser en deux groupes de tailles à peu près égales. Ces groupes formeront deux équipes, que nous appellerons respectivement l’équipe A et l’équipe B.
Demandez à chaque équipe de s’entendre pour préparer cinq questions portant sur le contenu qui vient d’être abordé depuis… (ici, vous avez le choix : depuis aujourd’hui, depuis ce matin, depuis le début de la session… à vous de voir !). Les apprenants ont – bien entendu – parfaitement le droit de consulter leurs propres notes de cours (c’est même absolument fait exprès !). Précisez juste que ces questions seront bien entendu posées à l’équipe adverse.
Aussi étrange que cela puisse paraître, vous verrez très vite l’ensemble des apprenants relire toutes leurs notes en tous sens, en avec une avidité et une jubilation surprenantes. J’ai bien dit « l’ensemble ». Certes, au début seuls les plus malicieux, les plus extravertis d’entre eux commenceront par se prendre au jeu, mais je vous fiche mon billet qu’au bout d’un moment règnera une joyeuse ambiance de saine émulation et que tout le monde s’y sera mis ! Ce sera à qui trouvera la question la plus tordue, le détail le plus pinailleur…

On a le droit de poser toutes sortes de questions, même les plus farfelues

Précisez bien qu’on a droit à toutes sortes de questions, même celles qui « détourneraient » le jeu (…ne pas hésiter à leur dire qu’on a parfaitement le droit de demander par exemple « Euh, c’est quand la pause ? »… en fait, pour ce qui me concerne, cela ne m’est jamais arrivé… peut-être justement parce que tout simplement les gens se sentaient vraiment libres de le faire !
Tiens, un conseil pratique : mettez donc à profit ces quelques minutes pour quitter la salle, vous détendre un moment, aller prendre un café, et constater au passage que votre présence dans la salle de cours n’a absolument rien d’indispensable pour une bonne acquisition des connaissances (…votre narcissisme dût-il en souffrir :- )  ).
Lorsque chaque groupe a réuni ses 5 questions (…et que vous êtes revenu 🙂 ), vous vous transformez illico en Maître Jaques, sorte d’animateur de jeu télévisé qui se contentera de compter les points.

Important : le (très sérieux) décompte des points

Pour ce faire, tracez donc au tableau deux colonnes intitulées A et B, chacune divisée en 5 lignes. Le jeu entre alors dans sa phase la plus vivante : l’équipe A pose sa première question, l’équipe B s’efforce d’y répondre (bien entendu, tout le monde est toujours autorisé à continuer de consulter ses notes, y compris pour y chercher des éléments de réponse, c’est toujours aussi « fait exprès » que tout à l’heure !).
Si l’équipe B répond de façon satisfaisante aux yeux de l’équipe A, elle marque un point, sinon zéro. Remarque importante : en aucun cas vous ne devez jouer le rôle d’un arbitre à ce stade-là, rappelez-vous que vous n’êtes qu’un « animateur qui se contente de compter les points » ! Seule l’équipe qui a posé la question est habilitée à juger de la recevabilité de la réponse obtenue. En cas de besoin, indiquez clairement que vous vous tiendrez à la disposition du groupe une fois que l’activité présente sera terminée, mais que pour quelques minutes, vous renoncez volontairement à votre casquette de « celui qui détient le savoir » et que vos apprenants ne doivent rien voir d’autre en vous qu’un simple meneur de jeu.
Ensuite on enchaîne de manière toute bête…à son tour, l’équipe B pose sa « première question » à l’équipe A… puis l’équipe A pose sa 2e question à l’équipe B… l’équipe B pose sa 2e question à l’équipe A… et ainsi de suite, jusqu’à ce que les 10 questions (…2 fois 5) aient été posées, comme sur le tableau ci-dessous.

Ce qu'on écrit au tableau...

Ce qu’on écrit au tableau…

A la fin, il suffit de faire le total des points de chaque colonne pour savoir quelle est l’équipe gagnante. On peut aller jusqu’à s’amuser à proclamer le résultat de manière plus ou moins solennelle, ou encore humoristique (« Le gagnant est… The winner is… »).

Au fait, qu’est-ce qu’on gagne ?…

Bien entendu il n’y a absolument rien à gagner, mais vous verrez, cela n’empêche nullement les participants d’entrer dans le jeu et de vivre un moment plaisant.
Important : Comme je le précisais plus haut, à ce stade vous pouvez enfin traiter, le cas échéant, les précisions sur les éléments de cours éventuellement restés en suspens lors du déroulement du jeu.

Attention : ne les laissez pas repartir « comme ça »…

Pour clore cette activité, il est indispensable de procéder à un débriefing digne de ce nom. Je m’explique : Il ne faudrait pas que les apprenants repartent dans la nature en proclamant à qui veut l’entendre (voire à eux-mêmes)… « Ah, cette formation, on s’en souviendra, qu’est-ce qu’on a bien rigolé ! »… Si cela s’arrête là c’est pour le moins un peu court, et au pire dangereux. Ne manquez donc pas d’inviter vos apprenants à se poser franchement la question : « Est-ce que cela a été pour nous l’occasion de revoir – ou de clarifier – des choses qui seraient restées dans l’oubli sans cela ? ». Non seulement ils vous répondront que oui, mais ce « oui » aura tout de enthousiaste, et rien du convenu. Vous pouvez même enfoncer le clou en ajoutant « Imaginez que pendant tout le temps que nous avons consacré au jeu je vous aie demandé de parcourir vos notes pour vérifier que tout est bien clair pour vous, pensez-vous que nous aurions été aussi efficaces ?… moins efficaces ?… plus efficaces ?… ».
Là encore, vous le verrez, il n’y a vraiment pas photo… Mais il est important que vos apprenants en prennent pleinement conscience.

Maintenant, si vous le voulez bien, voici deux des principaux enseignements que, pour ma part, j’ai tirés de cette histoire, et que j’aimerais beaucoup vous faire partager… certainement pas en tant que « donneur de leçons » (…beurk !), mais tout simplement en guise de témoignage à propos de ma façon de fonctionner, qui vaut ce qu’elle vaut… rien de plus, mais rien de moins 🙂
Voici donc deux remarques, pour finir :

Et si on oubliait la théorie, juste pour un temps ?

Ma première remarque sera de vous dire que je n’ai aucune, mais alors aucune envie de tirer des conclusions théoriques à partir de cette histoire. A mes yeux, les meilleurs enseignements que vous en tirerez vous-mêmes se feront… en la vivant, tout simplement. Si vous avez le courage d’aller vers vos apprenants en laissant tomber tous les boucliers certes bien rassurants mais ô combien encombrants (« ah… oui, ici c’est à n’en point douter du socioconstructivisme… et là c’est clairement à la métacognition qu’il est fait référence ! »), vous serez récompensés de votre bienveillance et de votre simplicité. Si d’aventure les oripeaux d’un « Professeur Diafoirus » vous sécurisent, prenez le risque de vous en défaire, ne serait-ce que pour un temps…  N’en doutez pas, les apprenants (…tout comme vous !) savent toujours, au fond d’eux-mêmes, à qui ils ont réellement affaire, d’une certaine façon. Il ne tient qu’à vous de décider si vous avez envie de vivre cela comme un enfer ou comme un paradis…

« Qui suis-je, moi, pour faire ainsi le pitre ? »

La deuxième remarque que je voudrais vous adresser est peut-être plus délicate, plus impliquante : En effet, il est possible que certains d’entre vous se demandent « Qui suis-je, moi, pour faire ainsi le pitre ? En ai-je vraiment envie ? », ou pire : « …En ai-je vraiment les moyens ? ». C’est là qu’intervient une notion centrale, à mes yeux : celle de croyance portante (…ou limitante) pour soi-même et pour les autres (après avoir traité des croyances limitantes à plusieurs reprises dans ce blog, je traiterai des croyances portantes dans un prochain article…). Pour ma part je me situe clairement dans un courant de pensée qui croit fondamentalement en l’homme, et en ses talents. Tout le monde a du talent, d’une manière ou d’une autre. Il suffit à chacun d’entre nous d’aller chercher en lui-même ce qu’il aime, sait, et veut faire pour s’apercevoir de l’immensité de ses possibilités, lesquelles sont généralement bien supérieures à l’idée qu’on s’en fait. Si vous êtes certain (j’ai bien dit certain) de ne pas y croire pour vous-même, alors renoncez définitivement à « faire passer » quoi que ce soit vers les autres, vous ne feriez que leur communiquer vos propres peurs, et grossir les rangs de ceux, trop nombreux, qui commettent d’irréparables dégâts en s’ingénient à rendre ennuyeuses les choses les plus passionnantes.

Conclusion : une fois de plus, il suffit d’oser…

Osez donc utiliser vos propres talents pendant vos heures de cours, que diable ! Cela peut très bien passer par l’humour, bien sûr, mais aussi par mille autres choses. Il suffit de s’en persuader soi-même pour que cela commence à marcher. Parole ! Seuls ceux qui ont fait preuve d’imagination et de créativité ont réellement fait avancer les choses en la matière… Nous le savons tous très bien au fond de nous-mêmes… Et pour ma part, une de mes croyances les plus ancrées est précisément que l’imagination est une chose qui est à la portée de tout le monde (1).
Il ne nous reste plus dans ces conditions qu’ oser nous jeter à l’eau… pour y découvrir un monde agréable et passionnant (je vous le garantis).

***


(Cet article sera repris dans ouvrage de conseils aux formateurs, à paraître au cours d l’été 2014 aux éditions DUNOD).


(1) …Imagine-t-on, en effet, un enfant invité à se joindre à ses camarades de jeu leur répondre quelque-chose du style « Euh, non, désolé, je manque cruellement d’imagination »… ???
…Alors, si tous les enfants peuvent le faire, tout ce qu’il vous reste à faire est de répondre à la question « L’enfant que j’ai été est-il encore présent en moi ? »… puis de le laisser vous donner la réponse 🙂

Le formateur en contexte B to B : un véritable homme (…ou femme) orchestre !

Homme orchestre

Vous vous souvenez peut-être que depuis quelques semaines je suis en train d’user mes fonds d’e-culottes sur les e-bancs du mooc eLearn²… On nous y encourage notamment à analyser nos propres pratiques pédagogiques à la lumière des enseignements qui nous sont apportés, et pour ma part je bénis cette nouvelle occasion d’apprendre (oui, je sais, de ce côté-là je suis indécrottable).

Bien entendu, j’ai particulièrement à cœur de « jouer le jeu » autant que faire se peut, tant le sujet me passionne. Mais force m’est de constater qu’il y a pour ce qui me concerne une difficulté de taille : dans ma pratique professionnelle je n’ai en effet pas affaire à des « étudiants », mais à des adultes en formation continue, et qui plus est dans un contexte « B to B », ce qui change pas mal la donne.

Vous avez bien dit « Comment vais-je vérifier… » ?

Dans le Slideshare qui accompagne une discussion filmée (avec Christophe Batier) dans le cadre de ce mooc, Marcel Lebrun prend bien la précaution de différencier les trois univers que sont l’enseignement, l’apprentissage et la formation.

Or, dans de nombreux contextes de formation, il est assez ardu de poser les choses dans des termes tels que décrits ci-dessous (j’ai juste rajouté le point d’interrogation) :

L'enseignement aligné est-il adapté à la formation des adultes ?

En effet, un formateur n’est pas toujours en situation de vérifier lui-même ce que ses apprenants sont capables de faire à l’issue du dispositif. Cet aspect-là reste souvent de leur entière responsabilité, même si cette responsabilité-là n’est pas toujours très clairement établie, et qu’elle s’en trouve parfois « diluée » dans les arcanes de l’organisation  à laquelle appartient l’apprenant (parfois, c’est même carrément les oubliettes !). Ainsi il m’est arrivé plusieurs fois de retrouver une même personne assistant au même cours à quelques mois d’intervalle. A mes débuts je trouvais cela très inquiétant… pour moi ! Mais l’expérience m’a appris qu’il s’agit la plupart du temps de personnes « qu’on avait envoyées suivre cette formation »… mais « …qui n’ont pas eu l’opportunité de la mettre en pratique », et ceci pour des raisons diverses et variées. Dans certains cas c’est leur hiérarchie qui leur a donné trop d’autres tâches à abattre pour permettre à la formation de porter ses fruits, dans d’autres c’est l’apprenant a usé de son propre « pouvoir d’inertie » pour éviter soigneusement de changer ses propres pratiques… la liste est immense. De quoi parle notre actualité en ce moment ? De réforme de la formation professionnelle ?…. Ben tiens, tu m’étonnes…

Ainsi, lorsque dans une session de formation je lance une activité de type travaux pratiques, ou études de cas, je laisse chacun de mes apprenants entièrement libre de communiquer ou non au groupe le fruit de ses grattages de tête. Dans le cas contraire ce serait là une manière de les infantiliser, et même une maladresse, du moins à mes yeux.

Curieusement, cette pédagogie si particulière est « forcément » centrée sur l’apprenant…

Quand on pense à une « pédagogie centrée sur l’apprenant », c’est ainsi qu’ mes yeux les choses se passent déjà le plus souvent, je dirais « par la force des choses », dans le contexte la formation continue sur le secteur marchand, B to B, dans les cas (somme toute assez fréquents) où il n’existe pas ce qu’il faut bien appeler des moyens de « coercition du haut vers le bas », de type examen, certification, homologation, etc.

Mis en examen

Car on dira ce qu’on voudra, mais même en y mettant toute la bienveillance du monde, un examen sera peu ou prou forcément vécu par ceux qui le passent comme un moyen de coercition, qu’on le veuille ou non. Dans tout ce bel élan de partage et d’apprentissage collectif, il y en a bien un (l’enseignant) qui se retrouve du côté du manche (…pour les apprenants plus jeunes, cela alimente notamment les situations de friction avec les parents d’élèves, par exemple). Qui dit examen dit qu’il y en a un qui « examine » et un autre qui « se fait examiner », c’est ainsi.

Or, nous sommes de très nombreux formateurs à œuvrer dans les étranges soutes d’un tout autre navire, que ce soit en tant que salariés, ou travailleurs indépendants (aaah, ce merveilleux statut d’autoentrepreneur…). A tort ou à raison, je me dis qu’il en existe forcément un certain nombre dans le mooc eLearn²

Dans notre contexte de travail, nous avons rarement d’autre choix que de « tout centrer sur l’apprenant« , justement, sous peine de graves déconvenues, souvent immédiates et sans appel. Dès 1973,  Bertrand Schwartz déclarait d’ailleurs ceci à propos des adultes: (dans son célèbre « théorème ») :

Un adulte ne se formera que s’il trouve dans la formation une réponse à SES problèmes, dans SA situation.

Je puis témoigner sans réserve qu’à la moindre occasion, les adultes me le rappellent sans détour, ce qui peut être une excellente chose, on ne peut plus « formatrice » pour les formateurs 🙂 … Ainsi, la formation continue en entreprise se distingue de la formation initiale (y compris universitaire) sur plusieurs points :

Bien souvent, pour ce qui concerne les systèmes de formation dits « en salle » (mais pas uniquement), la mission telle qu’elle est assignée au formateur consiste à maintenir un public en haleine, à le faire participer, et à faire en sorte qu’à la fin de la session, ce public se déclare globalement satisfait, avec si possible l’impression d’avoir appris quelque chose.

Beaucoup de monde sur le pont

N’allez pas imaginer que pour mener à bien cette périlleuse mission, le formateur soit nécessairement en possession de tous les éléments d’information nécessaires en amont… et ceci pour une raison très simple : entre lui et ses participants, il y a parfois un grand nombre d’intermédiaires, comme le montre l’illustration qui suit :

 Les deux extrémités d’un « U » qui se réunissent…

_

Dans cet exemple, participant et formateur sont réunis dans une unité de temps et de lieu à l’occasion d’une session de formation. Mais pour que cette session existe, il a fallu que plusieurs personnes entrent en jeu.

Prenons un exemple :

  • Le participant est employé dans une entreprise de taille moyenne. Constatant qu’il ressent un manque pour mener à bien sa mission… par exemple pour s’adapter à l’évolution de son poste de travail (mais il peut en exister beaucoup d’autres), il en réfère à son supérieur direct, que nous appellerons « Intermédiaire 1 » ;
  • L’intermédiaire 1 prend bonne note de la demande de son subordonné, et, n’ayant aucune raison de s’y opposer, va en référer à une personne de son organisation en charge des ressources humaines (Intermédiaire 2) ;
  • L’intermédiaire 2 instruit un dossier qu’il transmet à une personne de son service plus particulièrement chargée des questions de formation (Intermédiaire 3) ;
  • L’intermédiaire 3, après s’être assuré que la demande est recevable et conforme à la politique de formation de son organisation, valide la demande, se met en demeure de trouver parmi le personnel d’autres participants apparemment concernés par la même problématique, puis en réfère à une autre personne qui jouera le rôle de commanditaire (Intermédiaire 4) ;
  • L’intermédiaire 4 (ici le commanditaire) va se mettre en quête d’un organisme de formation susceptible de fournir la prestation souhaitée, puis d’identifier une personne qui sera son interlocuteur dans cette affaire (Intermédiaire 5) ;
  • L’intermédiaire 5 traite la demande…
  • Quelques intermédiaires plus loin, nous retrouvons une personne, que nous appellerons « Intermédiaire N », et dont la mission consistera à missionner le formateur tout en lui donnant les éléments dont il dispose afin que celui-ci puisse préparer sa session ;

Le formateur est enfin saisi du dossier, il peut commencer à se mettre au travail.

Vous pouvez faire varier le nombre de ces intermédiaires à l’infini, rajouter ou supprimer des couches à tous les étages selon les cas de figure, mais une chose est certaine : entre vous et vos participants, il y aura toujours eu en amont « du monde sur le pont »… et il y aura encore en aval. C’est mathématique.

Dans certains cas (mais pas toujours), le formateur peut tenter de remonter la chaîne avant le début de la session en prenant contact avec certains des intermédiaires (voire le participant lui-même) pour recueillir des informations qu’il juge nécessaires. Mais quand bien-même c’est techniquement possible, et qu’on l’y autorise (ce qui est loin d’être toujours le cas), il est aisé de constater que plus vous augmentez le nombre de participants (lesquels n’ont pas forcément des profils semblables, et n’appartiennent pas nécessairement à la même organisation) pour une même session de formation, plus la tâche sera ardue. Sans parler du participant qui vous annonce tout de go en arrivant « Euh, moi je remplace Madame Untel parce qu’elle a eu un empêchement de dernière minute »

Homme-orchestre, dites-vous ? Et pourquoi donc ?

C’est pour cette raison que pour ma part je n’entre jamais « dans le vif » d’une session de formation sans avoir entamé un bref échange avec l’ensemble des personnes présentes (nous y reviendrons dans un prochain billet). En tout cas, il est facile de constater que tout formateur plongé dans un session en contexte « B to B » est le plus souvent mis dans une situation qu’on pourra qualifier d’obligation de résultat, étant entendu qu’il doit faire avec les moyens du bord tout en faisant son affaire personnelle de la manière dont il s’y prendra pour mener à bien sa mission, et que par la suite, nombreux sont ceux qui, à tort ou à raison, s’estimeront en situation de lui demander des comptes…

Ici, c’est plutôt le formateur qui est continuellement « mis en examen »…

Du coup, un tel formateur développe le plus souvent ses aptitudes pédagogiques à la manière du cowboy qui apprend à danser quand le méchant du saloon lui tire dans le pattes en s’esclaffant « Allez, danse, coyote ! ». C’est une sorte d’épreuve du feu permanente dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle forge le caractère… En plus, dans mon cas, à cette époque-là je sortais à peine de l’Education Nationale… Vous voyez un peu le tableau ! En général y’a pas photo, ça passe ou ça casse…

Un homme-orchestre, je vous dis !

(Cet article sera repris dans ouvrage de conseils aux formateurs, à paraître en été 2014 aux éditions DUNOD).

Pour en savoir plus, on consultera avec profit cet Article et infographie de Nicole Legault (community manager de la compagnie de e-learning Articulate), à propos de la spécificité de l’apprentissage des adultes.
Vous y (re)trouverez beaucoup de points en accord avec l’esprit qui souffle sur notre mooc, mais aussi des éclairages qui m’ont paru originaux et dignes d’intérêt…

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur votre ordinateur et sur internet…

Ce type-là sait tout... c'est incroyable !

Il n’y a pas d’idée, si profonde ou si subtile soit-elle, qui ne puisse et ne doive s’exprimer dans la langue de tout le monde.

Henri Bergson

 

Bonjour,

« C’est quoi TCP/IP ? Comment ça marche ?… »

« Comment ça marche un moteur de recherche ?… »

« C’est quoi un firewall ? Comment ça marche ?… »

« C’est quoi un virus, un ver ?… »

Je voudrais aujourd’hui vous parler d’une ressource particulièrement utile pour ceux qui souhaitent mieux comprendre comment fonctionnent les arcanes de l’informatique et d’internet.

Elle vous permettra en outre de répondre à un grand nombre de questions courantes (une cinquantaine  en tout) telles que celles énoncées ci-dessus, et que vous n’avez peut-être jamais osé poser…

Il s’agit d’une page conçue par Sébastien Sauvage, à qui je tiens à rendre un grand coup de chapeau pour son travail d’explication et de vulgarisation, dans le meilleur sens du terme. On voit tout de suite que ce monsieur sait très bien de quoi il parle, et comme tous les vrais pros il sait en parler en utilisant des termes simples qui parlent à tout le monde et donnent vraiment l’impression que les choses sont moins compliquées que nous le pensions au premier abord (…alors que tant d’ enthousiastes à gros sabots nous donnent l’envie de nous enfuir à toutes jambes dès qu’ils tentent de nous expliquer quoi que ce soit…)

Personnellement, j’y ai appris des choses passionnantes que je ne connaissais pas. Quant à celles que je connaissais déjà (…ou croyais déjà connaître), j’y suis allé voir quand-même, juste pour le plaisir. Et j’ai bien été obligé de m’avouer que tout cela était décrit bien mieux que je n’aurais pu le faire moi-même. C’est comme la potion magique : il n’y a pas photo, ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits font carrément la différence.

Pour vous donner une idée succincte de qui est Sébastien Sauvage, sachez seulement qu’il est employé d’un groupement d’intérêt public éditant un logiciel de gestion des patients pour hôpitaux, qu’il nage avec aisance dans un ensemble impressionnant de langages de programmation, et aussi qu’il est musicien (violoncelliste… et par ailleurs chanteur dans un groupe rock-funk…) Voilà qui nous fait donc quelques points communs, lui et moi. D’ailleurs je me demande si je ne vais pas carrément écrire un article sur le rapport qu’il y a entre aptitudes musicales et pédagogiques, un de ces jours…

Trêve de digressions, voici enfin LE lien :

http://sebsauvage.net/comprendre/

À faire figurer d’urgence en bonne place dans vos favoris, vos Pearltrees, et que sais-je encore…

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

Bien à vous,

Bernard

Décidément, vous en avez une mémoire extraordinaire !

Bonjour,

Il est bien connu que tout ce qui permet de tordre le cou aux croyances restrictives des apprenants sur leurs propres capacités est bon à prendre.

Il y a quelque temps, il a été ici question d’un moyen infaillible pour retenir durablement une liste de dix éléments (ce moyen utilisait la forme des chiffres). Aujourd’hui voici un moyen d’en retenir… cent !

Ce que nous allons voir aujourd’hui vous permettra également de retenir de nombreuses séries de chiffres, codes, mots de passe, numéros de téléphone et que sais-je encore…

Le système est fondé sur un principe particulièrement ingénieux, mis au point par un certain Bruno Furst 1. Au début, cela semble quelque peu étrange, mais je vous recommande de vous accrocher car c’est une véritable pépite !

Toujours des consonnes…

Bruno Furst a tout  d’abord eu l’idée d’associer chaque chiffre à un son, toujours une consonne, en utilisant la table suivante :

0 Le son « S » ou  « Z »…
1 Le son « T » ou « D »
2 Le son « N »
3 Le son « M »
4 Le son « R »
5 Le son « L »
6 Le son « Ch » ou « J »
7 Le son « K » ou « G »
8 Le son « F » ou « V »
9 Le son « P » ou « B »

On remarquera qu’à chaque fois que c’est possible, le son est disponible dans sa variante sourde (sans vibration des cordes vocales) et sonore (avec vibration des cordes vocales).

Ensuite, il nous est proposé d’associer chacun de ces sons à un mot contenant cette consonne, et aucune autre (mots d’une syllabe, donc, le plus souvent). En voici un exemple :

0 Le son « S » ou  « Z »… Soie
1 Le son « T » ou « D » Thé
2 Le son « N » Noé
3 Le son « M » Mai
4 Le son « R » Roi
5 Le son « L » Loi
6 Le son « Ch » ou « J » Chat
7 Le son « K » ou « G » Cou
8 Le son « F » ou « V » Fée
9 Le son « P » ou « B » Pied

La première étape de la méthode consiste à mémoriser ces dix mots, en relation avec chacun des chiffres donnés. Contrairement à la méthode fondée sur les formes des chiffres, le lien entre chaque mot et chaque chiffre est absolument arbitraire. En revanche, rien ne vous empêche d’utiliser la technique des images mentales pour vous permettre de construire une relation entre chaque chiffre et chaque mot.

Rappel concernant les images mentales :

Elles doivent être…

  • Dynamiques
  • Colorées
  • Exagérées

(Si vous avez besoin de plus de précisions, ces trois conditions ont déjà été commentées et développées ici ).

À titre d’exemple, voici les petites histoires que je me suis racontées pour m’aider à fabriquer des images mentales à partir de cela

Chiffre Mot Image mentale
0 Soie Une écharpe soyeuse, enroulée, formant un cercle parfait…
1 Thé Un grand verre de thé à la menthe, haut, étroit…
2 Noé Une arche de Noé avec un couple de girafes, bien visibles, à l’avant…
3 Mai Un cerisier en fleurs, avec trois branches principales…
4 Roi Un roi de jeux de cartes, avec une couronne stylisée à 4 « pointes »…
5 Loi Un policier disant « au nom de la loi je vous arrête », en brandissant les 5 doigts de sa main ouverte…
6 Chat Un « Chat assis » (je joue avec le son)…
7 Cou Analogie entre « poussette » et « Cou 7″
8 Fée Une belle fée aux formes avantageuses… vue de loin, sa taille de guêpe la fait ressembler à un huit
9 Pied Pour le faire ressembler à une empreinte de pas, Il faudrait à peine modifier le chiffre 9

Insistons bien sur le fait que ceci n’est qu’un exemple… si telle ou telle association d’idée vous paraît par trop « tirée par les cheveux », il ne tient qu’à vous d’en trouver une autre.

Comment passer de dix « chiffres » à cent  « nombres » ?

C’est là que réside tout le talent de Bruno Furst : considérant en effet que chaque nombre est constitué d’une suite de plusieurs chiffres…  il lui a suffi, dans son système de correspondance, de trouver pour n’importe quel nombre, un mot contenant « une suite des bonnes consonnes ».

Ainsi, le nombre 10 étant constitué d’un 1 « puis » d’un 0, il nous suffit, après avoir consulté la table de départ, de trouver un mot contenant  Le son « T » ou « D », puis Le son « S » ou  « Z » pour lui trouver un mot associé. Nous  proposerons ici le mot « tasse ». Suprême astuce : si par la suite, nous avons du mal à retenir que « 10 = tasse », nous pouvons quand-même tenter de partir à la pêche aux souvenirs si nous savons qu’il est constitué de quelque-chose ressemblant à « Thé », puis de  quelque-chose ressemblant à « Soie » au niveau des consonnes… Cela ne semble peut-être un peu maigre… sauf si nous avons retenu parfaitement les sons associés aux 10 chiffres de base !

Pour les nombre 10 à 19, voici ce que cela peut donner :

Nombre …Soit le son… … puis le son… Mot proposé :
10 « T » ou « D » « S » ou  « Z »… Tasse
11 « T » ou « D » « T » ou « D » Tête
12 « T » ou « D » « N » Tonneau
13 « T » ou « D » « M » Tamis
14 « T » ou « D » « R » Tour
15 « T » ou « D » « L » Toile
16 « T » ou « D » « Ch » ou « J » Tache
17 « T » ou « D » « K » ou « G » Tic
18 « T » ou « D » « F » ou « V » Touffe
19 « T » ou « D » « P » ou « B » Taupe

Voilà. Dorénavant, il est plus facile d’apprendre les mots associés aux nombres 10 à 19. Encore une fois, si un mot ne vous plaît pas, rien ne vous empêche d’en trouver un autre… à condition qu’il obéisse aux règles (ainsi, le 18, « touffe » peut aisément être remplacé par « douve », ou encore par l’acronyme « DIF », bien connu de ceux qui – tout comme moi – travaillent dans la formation professionnelle !) Ainsi, vous êtes tous invités à puiser dans votre propre vécu, tous les coups sont permis puisque ça se passe entre vous et… vous 🙂

Maintenant, si le cœur vous en dit, vous pouvez aller plus loin en utilisant le tableau suivant, qui vous propose des exemples d’associations d’idées pour les nombres de zéro à cent (cliquez sur l’image pour l’agrandir).

Universalité de la méthode

Il est à noter que cette méthode a tout d’abord été créée par un anglophone, mais que la structure « consonne / voyelle » étant présente dans toutes les langues du monde, elle est facilement adaptable à n’importe quelle langue (comme nous le faisons d’ailleurs en ce moment).

Exemple d’utilisation : apprenons par coeur le numéro de téléphone du Président de la République !

Imaginez que vous ayez absolument besoin de retenir le numéro de téléphone du Président de la République… Si vous le voulez bien, nous nous contenterons ici de celui du standard du Palais de l’Élysée, qui est à ce jour le 01 42 92 81 00.

Avec le système proposé, cela donne :

Soie – Thé – reine –panneau –fête –soie – soie

En lisant ces mots, il ne m’a pas fallu bien longtemps pour imaginer une phrase magique :

Je me suis inspiré des panneaux que les parents accrochent à tous les carrefours pour aider à trouver l’emplacement de la fête d’anniversaire de leurs jeunes enfants, le jour J, dans les zones de campagne envahie par d’anciens urbains, comme celle où je vis. Ils écrivent le plus souvent des phrases du genre « Anniversaire Chloé » ou quelque-chose dans ce goût-là… avec une flèche pour indiquer la direction…

Et j’ai imaginé que des parents essayaient de créer un panneau original pour leur petite fille, en quelque sorte leur petite reine, qui avait invité plein d’autres petites reines à leur fête (et en plus, reine… l’Élysée n’est pas bien loin !).

Ainsi, le groupe de mots

Soie – Thé – reine –panneau –fête –soie – soie

S’est transformé (après quelques essais, et en vérifiant que le système était respecté) en…

Si t’es reine, panneau « fête », c’est ça

…ou, si vous préférez :

C.Q.F.D…

J’ai déjà rencontré des personnes ayant durablement mémorisé les numéros d’appel de tous leurs amis, ou encore des codes d’accès ou mots de passe multiples et variés, uniquement en utilisant cette méthode. Auprès le leur entourage, ils passent pour des êtres à la mémoire exceptionnelle. C’est bien compréhensible. Après, certains partagent leur combine, et d’autres pas, c’est la vie…

Pour les étudiants qui doivent retenir de gigantesques suites de nombres plutôt fastidieuses (comme des dates historiques, des articles de loi et beaucoup d’autres choses), ce moyen injustement méconnu est idéal.

Voilà, j’espère que ce système vous parle, et vous convient.  Si tout comme moi vous pensez qu’il vaut la peine, diffusez-le autour de vous, vous ferez ainsi oeuvre utile.

N’hésitez pas non plus à utiliser les commentaires, ils sont faits pour cela, et je serai ravi d’y répondre 🙂

Bien à vous,

Bernard

filet

 

1. Dernière minute : Comme on peut le lire plus loin dans les commentaires, il apparaît en définitive que, contrairement à ce que je croyais, cette méthode vient non pas de Bruno Furst, qui n’a fait que la dépoussiérer, mais semble beaucoup plus ancienne. Le code « chiffre-son » daterait de 1643, et on le retenait alors avec la phrase « Dieu Ne Me Rend La Joie Qu’à Vos Pieds Saints » (1 2 3 4 5 6 7 8 9 0). (cf : https://fr.wikipedia.org/wiki/Code_chiffres-sons). Merci à Cym13 pour cette précision.

Cuisiner les mots, accommoder les concepts, pensez-vous que ce soit… nourrissant ?

Super, mon concept !

Dans L’ANATOMIE DU SCÉNARIO, John Truby écrivait ceci :

Tout le monde sait raconter des histoires. Nous le faisons tous, tous les jours : « Tu ne devineras jamais ce qui s’est passé au travail… » Ou « Devine ce que je viens de faire !… » Ou encore « C’est l’histoire d’un type qui rentre dans un bar et qui… »

Au cours de nos vies, nous voyons, entendons, lisons et racontons des milliers d’histoires. Le problème est de raconter une BONNE histoire. Quand on souhaite devenir un spécialiste dans l’art de narrer des histoires, voire en faire son métier, on se heurte à d’immenses difficultés Il faut tout d’abord acquérir une compréhension profonde et précise d’un sujet aussi vaste que complexe. Puis il faut être capable d’appliquer cette compréhension à la fiction Pour la plupart des narrateurs, il s’agit là du plus grand des défis […]

Le premier de tous les obstacles  inhérents aux techniques narratives est la terminologie courante avec laquelle la plupart des auteurs pensent leurs histoires. Des termes tels que « progression dramatique »,  » gradation ascendante » et « dénouement », termes qui remontent à Aristote, sont si vastes et théoriques qu’ils en sont presque dénués de sens. Soyons honnêtes : ils n’ont aucune valeur pratique pour un auteur. Imaginons que vous êtes en train d’écrire une scène dans laquelle votre héros est suspendu par les pieds, à deux doigts de mourir en tombant S’agit-il d’une étape de la progression dramatique du dénouement ou de la scène d’ouverture de l’histoire ? Cela peut être l’une de ces choses ou toutes à la fois, mais quoi qu’il en soit, ces termes ne vous disent pas comment écrire la scène, et si vous devez ou non l’écrire. »

Voilà qui me rappelle toutes ces belles histoires de courants pédagogiques : behaviorisme, constructivisme (socio ou pas), connectivisme et compagnie…  J’en connais certains qui en mangent à tous les repas, s’en font des tartines, s’en gargarisent jusqu’à plus soif… Comme si le fait se faire des nœuds au cerveau pouvait servir à être mieux compris des autres, alors que cela aboutit le plus souvent au résultat diamétralement opposé !

Sûr que ce Monsieur Truby pourrait conseiller à certains d’entre nous : « …Quoi qu’il en soit, ces termes ne vous disent pas comment écrire votre scénario pédagogique, ni même si vous devez ou non l’écrire. »

Tout le monde sait raconter des histoires, nous rappelle le monsieur… à condition toutefois de rester connecté à son âme d’enfant…

Qu’est-ce que vous attendez ?

filet

John Truby est scénariste, réalisateur et enseignant. Il a travaillé en tant que consultant sur ​​plus de 1000 scénarios de films, et est également connu pour être le père du logiciel de scénarisation Blockbuster(à l’origine « Storyline Pro»).

« L’anatomie du scénario »  a été publié en Octobre 2007 par Faber and Faber pour l’édition originale, et en janvier 2010 aux éditions Nouveau Monde pour la traduction française.

Si vous ne pouvez pas expliquer une chose simplement…

J’ai récemment présenté à un ami le questionnement suivant :

On rencontre parfois des gens qui sont franchement du type « Pourquoi faire (…et expliquer) simple quand on peut faire compliqué ? »…et qui semblent prendre un malin plaisir à tout embrouiller, comme si la vie ne s’en chargeait pas suffisamment comme ça.

…Au fond, que signifie réellement cette attitude ?

Mon ami m’a alors répondu par une citation attribuée à un légendaire spécialiste es complication :

Si vous ne pouvez pas expliquer une chose simplement... cela veut dire que vius ne la comprenez pas assez

La différence entre l’école et la vie…

La différence entre l'école et la vie...

Arrêter de jouer, commencer à vieillir…

arrêter de jouer et vieillir

Chaque enfant apprend par l’exemple

Pédagogie et monde virtuels : enfin un résumé sérieux !

Conférence Yann Minh 2 avril 2013

Bonjour. Il y a quelque temps, je vous parlais d’une expérience à venir portant sur le sujet « Pédagogie et monde virtuels ». Il s’agissait de la conférence donnée par Yann Minh le 2 avril dernier dans le cadre du cycle de rencontres Pédagogie et Formation sur Opensimulator que la plateforme MétaLectures accompagne cette année,

Depuis lors j’ai assisté comme prévu à ladite conférence, sans toutefois prendre la peine d’en rapporter ici de compte-rendu précis (me contentant d’une, euh, disons communication d’un genre… particulier 🙂 )

Or, je me suis rendu compte par la suite qu’une autre personne avait elle-même pris une telle initiative… Ma triste lacune étant comblée, tout va donc pour le mieux !

En effet, mon amie Yasmine Kasbi (à qui je tiens à rendre hommage, à la fois pour son sérieux et son humour) a publié un compte-rendu précis et circonstancié de l’événement sur  Le Blog SeriousGame.Be

Je vous invite chaleureusement à suivre le lien ci-dessus  pour en prendre connaissance si le sujet vous intéresse. Précision importante : dans le civil Yasmine est une auteure, blogueuse et web-rédactrice spécialisée dans le domaine des serious games. Sur un plan plus personnel, c’est pour moi une extraordinaire camarade de découverte, compagne de voyage dans l’univers fascinant des mondes virtuels, que nous explorons souvent de concert, en tâchant de nous encourager mutuellement… et ˗ précision non négligeable ˗ en riant beaucoup !

Par ailleurs, si vous souhaitez voir ou revoir le film intégral de la conférence (52’30), il vous suffit de cliquer sur l’image au début du présent article.

Bien à vous,

Bernard

Pédagogie et mondes virtuels

Pédagogie augmentée avec Yann Minh – Cliquez sur l’image pour afficher l’événement

Bonjour

Par les temps qui galopent, plus n’est besoin de prouver que la pédagogie est une chose bien trop sérieuse pour être confiée aux seuls spécialistes des sciences de l’éducation.

Dans cette perspective nous avons déjà évoqué ici à plusieurs reprises les ponts qu’il était possible (et même souhaitable) de jeter entre pédagogie et jeux, pédagogie et mieux-apprendre, pédagogie et développement personnel et même pédagogie et tartufferie pédagogie et sites de rencontres, ou pédagogie et humour !

Aujourd’hui il va être question de rapprochements entre pédagogie et… mondes virtuels !

Mais qu’est-ce qu’un monde virtuel, au juste ?

Rappelons qu’un monde virtuel est un monde créé artificiellement par un logiciel informatique et pouvant héberger une communauté d’utilisateurs présents sous forme d’avatars ayant la capacité de s’y déplacer et d’y interagir.

Jusqu’à il y a peu, je n’avais entendu parler des mondes virtuels que par le biais de «Second Life», dont j’avais entendu dire (comme tout le monde) qu’il s’agissait d’une espèce de monde parallèle dans lequel divers schizophrènes azimutés avaient l’habitude de se réfugier (alors que de nos jours, nous ne connaissons même pas notre voisin de palier, n’est-ce pas ma bonne dame ?) pour aller retrouver (hum, si on peut dire…) des asociaux de leur type. C’est sûr que dit comme ça, ça ne fait pas trop envie…

Sur le pont d’Avignon, on y danse, on y danse,
…et sur les mondes virtuels, on y donne des conférences !

Et puis il y a quelques semaines (mardi 19 février dernier), voilà que sans crier gare (…pourquoi l’aurait-il fait ?) mon ami Marco Bertolini m’invite à une conférence qu’il animait, avec pour sujet l’histoire de la pensée visuelle.

En cherchant à savoir où se tenait cette conférence, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’elle avait lieu dans… un monde virtuel !

Passé ma première surprise, j’ai voulu en apprendre plus, et voici ce que j’ai découvert : Il s’agissait en fait d’une conférence virtuelle proposé sur plateforme Open Simulator, dans la grille de Francogrid, sous la houlette de Métalectures. Pour s’y rendre, nous étions invités à emprunter notre viewer préféré, à savoir «Imprudence» (sic !).

Quel vélo ? Quel cheval ?…

En lisant tout ceci je me demandais si je n’étais pas plongé en pleine histoire d’Alice aux Pays des merveilles, et si, pendant qu’on y était, un lapin ou un raton laveur posté à l’entrée n’allait pas nous proposer un verre de sirop de lames de rasoir ou une louche de purée de scie à métaux… En d’autres termes, le moins que l’on puisse dire est que tout cela nécessitait quelques explications pour le profane que j’étais, et que je demeure encore sur bien des points. Ces explications, les voici donc :

OpenSimulator, souvent appelé OpenSim, fait partie de ces fameux mondes virtuels, dont l’ensemble fait partie de ce qu’on appelle parfois le Web 3D. Concrètement, OpenSim est un serveur open source utilisé pour héberger des mondes virtuels. Il est parfois présenté comme l’alternative libre de SecondLife.

Une grille est un petit bout de monde virtuel dans lequel on se balade en utilisant soit des noms de lieux soit des coordonnées altitude/longitude de type GPS. Lorsque plusieurs grilles parviennent à se connecter entre elles, on parle d’hyper-grilles.

FrancoGrid est une communauté francophone de passionnés des mondes virtuels qui ont créé une grille accessible dans le monde OpenSimulator.

MétaLectures est le premier environnement « web 3D immersive » conçu pour présenter, expérimenter et développer des solutions innovantes dans l’univers du livre et de la lecture francophones, et explorer de nouvelles formes de médiation autour du livre.

Imprudence est un viewer (semblable à un navigateur pour monde virtuel, si on veut, sauf qu’en plus de nous permettre de nous balader un peu partout il est conçu pour nous aider à piloter éventuellement les mouvements et le comportement de notre avatar, ainsi que mille autres choses autrement plus puissantes qui pour le moment me donnent le vertige) utilisé pour naviguer dans OpenSimulator, donc. J’ai appris par la suite qu’il existait un viewer plus perfectionné qui s’appelle Firestorm, mais je préfère vous prévenir qu’il est beaucoup plus gourmand en ressources, et si comme moi vous avez un PC « vieux tacot » (c’est-à-dire, en gros, de plus de six mois d’âge) mieux vaut ne pas se séparer de son Imprudence (c’est dingue, j’ai un mal fou à me faire à ce nom !).

Quand l’auteur de ces lignes se sent une âme de pionnier…


Armé de toutes ces infos (que je suis allé glaner tout seul comme un grand, en fouinant sur le net) je me suis équipé de mon… Imprudence, donc, et je me suis mis en tête de maîtriser un peu la bête, histoire d’avoir l’air un peu moins « bête », précisément, lors de mon « arrivée » sur les lieux (je crois que je vais arrêter de mettre des guillemets, j’imagine que ça doit irriter au plus haut point les aficionados 🙂 )

Par le truchement de mon avatar (que j’avais miraculeusement réussi à créer) je suis donc arrivé sur le lieu de la conférence quelques heures avant, pour y découvrir un super auditorium désert, mais extrêmement bien équipé (en même temps, vu que c’est du virtuel, je me disais qu’ils auraient tort de se refuser quoi que ce soit). J’ai ainsi pu découvrir qu’il y avait un écran géant (mais bon, vu les proportions de ma fenêtre ça revenait en gros à visionner une vidéo sur YouTube, ce qui est plustôt sioux à bien y réfléchir…), écran sur lequel une présentation avait été installée. En bricolant un peu j’ai fini par découvrir qu’il était tout à fait possible de faire défiler les slides de ladite présentation. Je reconnus d’ailleurs immédiatement la patte de mon ami Marco, et mine de rien je pus à cette occasion me familiariser tranquillement à l’avance avec ce dont il allait être question (cela constituait un genre d’ancrage, si on veut). J’ignore totalement si c’était fait exprès, mais qu’importe, le fait est là, et mérite largement d’être salué… et exploité !

Par la suite je suis sorti de la salle de conférences pour me dégourdir les neurones et tenter d’assimiler des rudiments de… appelons ça « pilotage d’avatar » (cela me rappelait les cours de conduite « pirate » de mes aînés tentant de m’initier au maniement automobile en terrain vague à l’époque des mes jeunes années). Le moment venu, à l’heure dite, j’avais bien l’intention de retourner dans la salle… pour assister bel et bien à la conférence en temps réel.

Une tranche de vie : le déroulement de ma première e-conférence (…comme participant)

Pour une surprise ce fut une surprise ! La salle était noire de monde, remplie d’avatars aux aspects et vêtements multiples, et parfois inattendus. Par exemple dans un des fauteuils il y avait une… euh, disons créature, en forme de fumée rose qui n’était pas sans rappeler le film d’animation Aladin…

A l’entrée de la salle je fus très gentiment accueilli par Khéops, une adorable avatarette qui semblait accueillir tout le monde… je trouvai (non sans difficulté) une place au dernier rang, et parvins enfin à m’asseoir.

Quelque temps plus tard le maître de cérémonies prenait la parole, remerciait tout le monde d’être venu, parlait des autres manifestations à venir, et présentait finalement Marco. Et moi dans mon (vrai) fauteuil en face de mon PC, je me pinçais pour me persuader que je ne rêvais pas !

Lorsque Marco prit la parole, je fus pris par son histoire, et peu de temps après, ma voisine de droite (dans la salle virtuelle) me demandait d’être son ami (…par le biais d’un tchat interne, oh et puis zut, je ne vais pas m’étendre sur tous les détails, vous n’avez qu’à essayer vous-mêmes après tout, si j’y suis arrivé, je suis tranquille que vous pouvez le faire aussi !).

J’acceptai avec joie, et par la suite je découvrais qu’il s’agissait d’une personne qui tout comme moi venait ici pour la première fois, et qui avait été amusée de mes essais maladroits et de toutes les vannes que je m’étais amusé à lancer par le biais du tchat interne. Depuis j’ai découvert que ma voisine était Yasmine Kasbi. Faites donc le pitre, vous ferez des rencontres magnifiques !

Conférence de Marco Bertolini dans l'univers virtuel MétaLectures

A la fin de la conférence, il y eut comme dans la vraie vie la traditionnelle série des questions du public, certaines se faisaient par tchat interne, d’autres en utilisant les microphones que beaucoup d’utilisateurs possèdent (ne serait-ce que par le biais de leur webcam…).

Ensuite, certains sont allés se réunir pour discuter (autour d’un endroit appelé point d’eau, ou quelque chose comme ça…). Pour ma part j’ai préféré m’éclipser, en suivant le cortège des avatars qui gravissaient lentement les marches de l’amphi et partaient en s’envolant (ah oui, parce que j’ai oublié de vous dire, on peut faire plein de choses en virtuel, y compris prendre son envol !).

Retour d’expérience (…à tête reposée)

Il me faut bien avouer aujourd’hui que je suis ressorti de cette expérience avec un sentiment étrange : celui d’avoir été immergé dans une extraordinaire machine à fabriquer des souvenirs. Aussi étrange que cela puisse paraître, mon souvenir de cette soirée est bien particulier, unique. Non pas de la manière dont on pourrait se souvenir d’un livre qu’on a lu, ou même d’une vidéo qu’on visionne… mais pratiquement comme un événement auquel j’ai vraiment assisté… participé ! Et je ne peux pas m’empêcher de penser à toutes les implications et possibilités que cela ouvre dans le domaine de la formation et de la pédagogie. Imaginez : il y avait dans cette salle une bonne cinquantaine de personnes venues du monde entier mais qui n’avaient pas quitté leur « home, sweet home » ! Et j’espère bien ne pas être brûlé en place publique si j’affirme que nous avons partagé ensemble des souvenirs très forts ! Quand je pense que le lendemain, sur France Culture (…qui n’est tout de même pas ce qui se fait de plus ringard) , j’entendais un présentateur nous annoncer sans rire dans son émission que tel participant au débat du moment se trouvait dans une ville distante mais qu’en gros ça le faisait quand-même grâce à « la magie des ondes », je me dis que décidément, le 21e siècle est une terre de contrastes, et surtout que nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Un bémol (ou plutôt une inquiétude)

Voilà. J’ajoute que depuis lors j’ai le très net sentiment d’avoir mis ce soir-là le doigt dans un délicieux engrenage, et que les dimensions pédagogiques des mondes virtuels me semblent promises à un brillant avenir. Seul bémol, ou plutôt inquiétude : je me demande vraiment si le monde qui nous entoure est prêt à accueillir tout ça, en d’autre termes si tous ces gens si passionnés et si passionnants n’arrivent pas un peu trop tôt (auquel cas ils risquent d’être plus ou moins durablement ostracisés par les autres, sous l’air bien connu de « Je vous l’avais bien dit, ma pauv’ dame, ils sont pas comme nous ces gens-là… »).

…Pourquoi pas vous ?

Aujourd’hui je pense avec délectation à mardi 2 avril, d’abord parce que ce sera le jour de mon anniversaire, et ensuite parce que j’ai un rendez-vous à 21h30 sur Francogrid. Il s’agit d’une conférence consacrée au thème « pédagogie et mondes immersifs », ce qui, avouons-le, tombe tout simplement à pic !

Pour afficher les détails de l’événement il vous suffit de cliquer ici, ou encore sur l’image au début de cet article. Je vous en reproduis ci-dessous le descriptif :

Dans le cadre du cycle de rencontres Pédagogie et Formation sur Opensimulator que MétaLectures accompagne cette année, Yann Minh interviendra mardi 2 avril à 21h15 sur Francogrid – MétaLectures, sur le thème :

Pédagogie augmentée « Pratique d’une pédagogie dématérialisée à base de jeux vidéo et d’avatars dans les mondes persistants »

Depuis 2003 Yann Minh utilise les jeux vidéo dans un cadre pédagogique de grandes écoles pour enseigner l’histoire de l’art et des sciences, à l’aide de niveaux du jeu Unreal Tournament, de mondes persistants dans les open sims et Second Life et d’applications WEB 3D basées sur le logiciel Unity3D.

Dans cette conférence dématérialisée sur MétaLectures, Yann Minh décrira en détail les expériences et techniques pédagogiques dématérialisées qu’il a exploré, en particulier les techniques d’Ars Memorativa adaptées aux mondes dits virtuels, et aussi il montrera comment utiliser la version libre de son NøøMuseum, pour créer relativement facilement un espace 3D virtuel personnalisé, pour un projet pédagogique, pour des utilisateurs n’ayant pas de compétences en modélisation 3D.

Si cela vous dit, ou si vous êtes tout simplement intrigués, je vous invite à vous plonger, tout comme je l’ai fait, dans cet univers si étonnant. Pour tirer sur le petit bout de fil qui déroulera tout le reste et vous permettra de nous rejoindre, c’est très simple : il suffit de se rendre à l’adresse ci-dessous, tout y est expliqué (c’est d’ailleurs ainsi que j’ai moi-même procédé pour me mettre le pied à l’e-étrier !).

http://metalectures.blogspot.fr/p/pour-acceder-lile-3d-metalectures.html

Voilà. Bonne découverte et, je l’espère, à mardi prochain !

Bien à vous,

Bernard

PS : Depuis l’écriture de cet article, je me suis rendu au rendez-vous, puis fendu d’un… disons d’un compte-rendu assez particulier dans l’article d’après… 

PPS : Si vous êtes vous-même branché Mondes Virtuels et que vous décelez la moindre approximation, la moindre maladresse, petite ou grosse, voire une ou des inexactitudes dans les propos ci-dessus, je vous invite à laisser un commentaire. Après tout ils sont aussi faits pour cela !

PPS de dernière minute : à lire absolument, interview d’Arlette Fétat, auteur, scénariste BD, livrant ses premières impressions sur les mondes virtuels.

A ma grande honte, je viens seulement de découvrir qui est Laurène Castor…

Bonjour.

Dans un article précédent, je vous proposais de (re)découvrir un post écrit par Laurène Castor. Je voudrais à présent vous dire un peu plus sur cette personne, car à mes yeux elle le mérite amplement.

En fait, j’ai commencé par consulter une vidéo d’introduction à VoiceThread et j’ai été scotché par la pertinence des commentaires, la justesse de ton, et surtout la voix de la personne qui parlait… Du coup j’ai eu envie d’en apprendre plus.

C’est ainsi que j’ai découvert que cette jeune personne s’intéresse à l’éducation, à la créativité, au design, au numérique et au durable. Elle se documente régulièrement sur les TICE et déclare notamment sur  son site « […] publier sur ce que j’apprends m’aide à réfléchir sur les moyens de voir le système éducatif autrement ».

Eh bien voilà une vision décapante, souriante, et rafraîchissante comme on aimerait en rencontrer plus souvent ! Si cela peut vous « aider à réfléchir », comme vous le dites, chère Laurène, on ne peut que vous encourager à continuer !

« Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer les images », a écrit Jean Cocteau… En fait, au fur et à mesure qu’on découvre l’oeuvre (largement diffusée sur le net) de Laurène, on peut très facilement constater que cette jeune fille ne se contente pas de réfléchir… mais qu’elle agit également, et avec talent.

Pour vous faire une idée de mon ressenti global, il vous suffit de jeter un oeil à l’image ci-dessous

Bouton j'aime - vert - avec le pouce - très beau 244x275

Bien à vous,

Bernard

Un site de rencontre… qui nous rend moins bête !

Connectée, collaborative, ouverte… l’éducation est aujourd’hui en pleine révolution !

Dernier exemple en date qui provient d’une initiative québécoise : totalement ouvert et gratuit, E-180 (contraction de « Education à 180 degrés ») est un site de rencontre pour… apprendre et partager ses connaissances !

Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir cet article fort intéressant proposé par Laurène Castor, que je suis en train de découvrir progressivement… et dont je vous parlerai dans un prochain post.

Allez les profs, encore un effort… :-)

Livre

_

Un livre vient de paraître…

Un livre vient de paraître. Il s’appelle « Peut mieux faire » et porte la signature d’un artiste qui s’appelle Jean-Baptiste Alméras. tout au long des pages, ce monsieur se souvient, en relisant ses bulletins scolaires, de la violence du système d’enseignement qui était encore en vigueur dans son enfance. D’ailleurs, le sous-titre est clair : « Mon enfance vue par l’Education nationale ». Le contenu l’est encore plus, puisque l’auteur s’est contenté… d’un travail de recopie qui se suffit à lui-même ! « En fait, je ne suis pas l’auteur… juste le héros », précise-t-il même avec gourmandise et, de fait, aucune phrase n’est de lui. Pourtant, ce livre à peine sorti s’est déjà taillé son petit succès (pour plus de précisions, voir cet article de l’Obs).

C’était en d’autres temps, m’objectera-t-on. Aujourd’hui l’ambiance de l’école n’a plus rien à voir avec cela !

En êtes-vous si sûrs ?

_

Des preuves affligeantes…

Voici tout d’abord un diaporama présentant des perles d’élèves recueillies dans des copies, devoirs et autres interros. Certaines sont savoureuses, et l’on y rit de bon coeur. A l’origine j’avais reçu ce diaporama avec un titre du style « La dure vie d’enseignant », ou quelque chose dans ce goût-là…

Autant j’adhère à cette observation (ayant moi-même été enseignant dans une autre vie…), autant je dois dire que j’ai été particulièrement choqué par certaines des « appréciations » (si l’on peut dire) écrites en rouge (comme il se doit…).

Pourtant, le fait que ce diaporama ait circulé un peu partout  en l’état prouve qu’il y a encore du boulot à faire du côté de l’affirmation de soi dans le respect d’autrui… surtout de la part de ceux qui sont censés donner l’exemple ! En effet, si certains élèves y apparaissent sous un jour, disons peu flatteur (sans même s’en rendre compte, ce qui fait tout le charme de cette compil), on peut en dire autant de certains profs ( qui se montrent tout aussi inconscients… sur un autre registre). Ah, la majestueuse et tranquille assurance de « celui qui sait » vis-à-vis de « celui qui ne sait pas »… C’est-y pas mignon ça madame ? …

Tenez, je vous laisse le soin d’en juger par vous-mêmes :

_

Enfonçons le clou…

Si vous en voulez encore une couche, en voici une, sonore cette fois. Il paraît que l’enfer est pavé de bonnes intentions. L’enregistrement sonore ci-dessous en est une brillante illustration. La scène se passe dans un collège, il y a une paire d’années. On peut y entendre une prof (de latin) s’échiner à tirer de ses élèves une réponse qu’elle attend visiblement d’eux… sans succès. En désespoir de cause, elle finit par lâcher ce cri du coeur : « …La réponse est bête ! ». Rien de bien méchant, me direz-vous. Question d’appréciation…

_

Ah oui, au fait, une dernière chose : Jean-Baptiste Alméras, le monsieur du début, qui parle de l’école de son époque dans le livre qu’il vient de publier,  vient d’atteindre l’âge vénérable de… 44 ans !

Bien à vous,

Bernard

Faut-il être optimiste tout le temps ? [inclus un bonus « ressource pédagogique »]

Excès d'optimisme ?

left_guillemet Il y a ceux qui voient les choses telles qu’elles sont et qui se demandent pourquoi…

Il y a ceux qui voient les choses telles qu’elles pourraient être et qui se disent … « pourquoi pas ? »  right_guillemet

_George Bernard Shaw

Bonjour.

Cet article est le deuxième paru dans le dossier « Attitudes appropriées » publié sur ce blog. Pour un accès à l’article précédent voir le lien ci-dessous :

Un beau conte philosophique et une ressource pédagogique en prime… que demander de plus ?

filet

L’attitude appropriée (rappel)

Ainsi que nous l’avons déjà vu, il faut bien admettre que nous avons tous, à des degrés divers, pris l’habitude de porter des jugements « à l’emporte-pièces » sur les comportements de nos semblables, et aussi sur nos propres comportements.

Par exemple, si un jour je venais à m’acheter une paire de souliers vernis, ce fait n’est en soi ni bien ni mal… (car, comme on dit dans ma région, « …c’est affaire de goût » ).
…En revanche, si le lendemain de mon achat vous me croisiez sur un chemin de randonnée, chaussé de ces mêmes souliers, vous seriez parfaitement fondés à trouver cela étrange… autrement dit  non approprié aux circonstances.

Les circonstances

smiley optimisteCe sont, une fois de plus, elles qui nous indiquent ce qui est approprié ou pas. Entendons-nous bien, il ne s’agit en aucune manière de porter un jugement. Car en matière de jugement, il est aisé de découvrir que bien souvent, le juge… ment 😉 surtout lorsque ce juge se trouve être notre petit ego… et qu’en outre personne ne l’a mandaté pour cela !

Non, il s’agit beaucoup plus simplement d’essayer de voir quelles attitudes sont appropriées à quelles circonstances. Dans l’histoire des souliers vernis, c’est beaucoup moins une question de jugement que de… jugeote !

La matrice des attitudes et des circonstances

Dans ce dossier, nous avons pris récemment l’exemple de l’attitude du « lâcher prise » (…qu’il ne faut surtout pas confondre avec le laisser-faire), versus l’attitude « battant, plein d’énergie », et nous avons pu identifier les circonstances dans lesquelles chacune de ces attitudes est appropriée, ou pas.

Aujourd’hui, nous allons utiliser le même schéma (Matrice des Attitudes et des Circonstances)  pour tâche de de donner quelques éléments de réponse à cette question :

  • Faut-il être optimiste tout le temps ?

En d’autres termes, dans quelles circonstances est-il approprié d’être optimiste ? existe-t-il des cas où le pessimisme est indiqué par… les circonstances ?

Cette idée m’est venue en m’intéressant aux travaux de Philippe Gabilliet, professeur associé à ESCP Europe, et auteur d’un ouvrage intitulé Éloge de l’optimisme. Ce monsieur, que je ne connaissais absolument pas, a bien voulu me donner l’autorisation de réutiliser ses travaux sur l’optimisme dans le cadre de la Matrice des Attitudes et des Circonstances, et a eu en outre la gentillesse de me dire tout le bien qu’il pensait de  ce nouveau rapprochement.

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La ressource

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Voilà. J’attends, comme toujours, vos remarques avec impatience, et j’en profite pour renouveler publiquement mes remerciements les plus chaleureux à l’adresse de Philippe Gabilliet pour sa gentillesse, sa disponibilité, sa simplicité et ses paroles d’encouragement.

BD optimisme 3 vignettes (Charb) 2480 x 1040

Bien à vous,

Bernard

Apprendre mieux : Comment faire face à un surdoué

« Arrêtez le monde, je veux descendre !! »

Bonjour

J’ai récemment pris connaissance de plusieurs cas de figure concernant des situations d’apprentissage dans lesquelles des enfants surdoués comprennent plus vite que d’autres que… disons, en termes diplomatiques, que l’enseignement qui leur est dispensé ne leur est pas forcément adapté 🙂 Quand ils s’en ouvrent à leurs enseignants, ils le font en général avec… la franchise qui caractérise leur âge, et avec les conséquences diverses que l’on peut imaginer… Cela me rappelle une histoire :

Un ami surdoué

Il y a quelques années de cela, je me souviens avoir un jour été sollicité par un ami qui est un bourreau de travail bardé de diplômes… certainement un surdoué à sa manière. Cet ami m’avait demandé de l’aider à travailler son anglais à l’oral. Il avait en effet un peu perdu de son aisance parce qu’il ne pratiquait plus l’anglais depuis quelque temps… Or, il avait besoin de prononcer un petit exposé à destination d’un public anglophone dans le cadre de son travail, dans les jours à venir. Sa demande portait essentiellement sur la prononciation (il parlait avec fluidité, mais son accent était déplorable – ce qui est somme toute relativement fréquent dans les entreprises françaises, pour ce qui m’a été donné d’en entendre).

Je lui ai alors expliqué que mes propres compétences étaient, comment dire, un peu rouillées dans ce domaine (j’ai été prof d’anglais avec un statut de maître auxiliaire, mais c’était dans une autre vie…), mais qu’importe, il avait insisté pour que je l’aide, et j’avais accepté.

Tester ses propres connaissances en anglais…

Il est donc venu me trouver avec quelques textes (dont le sien) qu’il a entrepris de lire en ma présence, en me demandant de réagir à ses erreurs de prononciation.

J’interrompais donc quelquefois sa lecture, en lui indiquant de mon mieux la prononciation qui me paraissait adéquate à mesure qu’il parlait… Mais, ce faisant, je procédais à une sorte de « tri », dans la mesure où je voulais éviter de l’interrompre à chaque mot !

…En prenant les choses en main !

Très vite, il s’est mis à prendre littéralement la direction des opérations. C’était à la fois très amusant, très impressionnant et très intéressant. Il me disait par exemple des choses du style « Attends, logiquement, en fonction de ce que tu m’as dit tout à l’heure, là je viens de me planter, non ? ». Et de mon côté j’étais bien forcé de constater… qu’il avait raison ! Du coup, mon ami prenait lui-même la décision de reprendre sa lecture quelques lignes plus haut, à un endroit précis, alors que pour ma part je n’attendais rien de tel ! Il couvrait son texte de graffiti incompréhensibles pour moi, mais qui à coup sûr faisaient sens pour lui ! Visiblement il était beaucoup plus « dur à la tâche » que moi, et surtout il plaçait la barre très haut (bien plus haut que je ne l’avais fait moi-même, je l’avoue bien volontiers) pour ce qui est du niveau d’exigence. C’était impressionnant !

Après une petite demi-heure de ce tonneau-là, il est reparti tout tranquillement, après m’avoir chaleureusement remercié. Et moi j’en suis resté baba !

La posture de l’enseignant n’est plus ce qu’elle était…

Je suis en effet resté avec un sentiment mitigé… D’abord celui d’avoir moi-même appris une leçon magistrale : Avec le temps qui passe et « les progrès du progrès », l’apprenant et le sachant sont de moins en moins celui qu’on croit lors de toute situation de face-à-face pédagogique… les choses sont, de fait, beaucoup plus compliquées que ça !

S’agissant de mon ami, j’étais franchement mort de rire, tout attendri, plein de pensées du style « ah… c’est bien de lui, ça : »… Mais je n’ai pas pu m’empêcher de me poser une question : Que ce serait-il passé dans une situation analogue, mais avec un surdoué qui « n’aurait pas été spécialement mon ami » ?

C’est là que j’ai fait la relation avec des situations extrêmes dans lesquelles peuvent se trouver parfois les enseignants (je pense à la problématique des enfants surdoués, et des relations parents  enseignants, mais pas seulement…).

Dans certaines situations paroxystiques mais de plus en plus fréquentes, l’enseignant le formateur, le tuteur… a tout intérêt à savoir se placer mentalement au-delà du rôle qui lui a été attribué (…pour mieux y revenir après), tout en ayant précisément deux ou trois petites choses en tête…

À propos de la connaissance de soi…

Qui est vraiment l’enseignant, en quoi consiste sa propre identité, quelles sont exactement ses propres valeurs, ses atouts, ses moteurs, ses motivations, où commence mais aussi où s’arrête sa propre légitimité… d’où provient-elle, dans quel champ peut- elle s’étendre… ou pas ? Et surtout, peut-il quand même « …faire sans elle » ?

À propos de la connaissance des autres…

Jusqu’à quel point l’autre est-il mon semblable, mais aussi en quoi est-il différent de moi ? Est-il possible de disposer d’une, ou mieux, de plusieurs grilles de lecture des comportements humains, ne serait-ce que pour savoir tout simplement qu’ils… existent, me permettant ainsi d’éviter une situation de « dialogue de sourds » ?

À propos de la manière de communiquer efficacement avec les autres…

Tous ces préalables étant posés, est-il possible d’établir un dialogue franc, constructif, respectant l’autre dans son altérité, tout en se respectant soi-même sans excès, mais sans non plus se cacher derrière une institution… ou son petit doigt ?

On l’aura compris, il est quasiment impossible de créer de telles conditions sans tenir compte de soi, de l’autre, et surtout de la relation qui est perpétuellement en train de s’établir. Dans ce but il est indispensable de savoir se placer dans une position de « lâcher prise », c’est-à-dire pouvoir sortir la tête du guidon de la communication instinctive, du « …Moi je pars du principe que …» du « …Est-ce que vous trouvez normal que… » dont on sait pourtant qu’ils ne mènent à rien de bien constructif, même s’ils peuvent parfois nous soulager sur le moment…

Tout ceci en étant bien entendu en capacité de se placer non seulement du point de vue de l’autre (…autant que faire se peut) mais aussi de tenter d’appréhender ce que pourrait être le point de vue d’un observateur extérieur (ce qui est encore plus difficile mais tout aussi indispensable !), tout cela pour mieux se remettre dans ses propres godasses, et exprimer son propre point de vue avec sérénité…

Le développement personnel… Quoi ? …encore ? … Si !

Encore une fois, un enseignant ou un formateur peut très bien traverser toute sa carrière sans jamais s’intéresser à la problématique du développement personnel… tant qu’il est dans une position où il peut exercer son art dans un contexte « de droit divin », si l’on peut dire…

Or, de tels contextes existent de moins en moins, au grand soulagement de certains, mais aussi au grand dam de beaucoup d’autres…

Lorsqu’on évolue ainsi « sans filet », si l’on peut dire, il est alors (à mes yeux) de plus en plus dangereux de continuer à exercer ce métier sans entreprendre une véritable démarche dite de « développement personnel », voire de « travail sur soi » digne de ce nom.

Une première approche a déjà été présentée ici, dans les deux articles cités ci-dessous :

Apprendre mieux : pédagogie et développement personnel font-ils bon ménage ? (1)
Apprendre mieux : pédagogie et développement personnel font-ils bon ménage ? (2)

Voilà. Je vous souhaite le meilleur…

Bien à vous,

Bernard

filet

Spéciale dédicace à mon ami Marco Bertolini qui m’a involontairement donné l’idée de cet article…

Par ailleurs, pour mieux connaître le monde des adultes surdoués, je vous recommande cet ouvrage de Cécile Bost.

Différence & souffrance de l'adulte surdoué - Cécile Bost

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