Apprendre mieux

Un blog de Bernard Lamailloux – ingénierie pédagogique et artistique

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Nous sommes tous obnubilés par le désir d’arranger les choses…

Douglas Kennedy - Quitter le monde

left_guillemet._transNous sommes tous obnubilés par le désir d’arranger les choses, au point de nous persuader que nous sommes capables de rectifier le cours de la vie. « Jeter des ponts », « tendre la main », « arrondir les angles » : le lexique de l’Amérique moderne est hanté par le besoin de réconciliation, car nous sommes « le pays où tout est possible », pas vrai ?

Nous nous faisons fort d’esquiver la tragédie, de combler l’abîme insurmontable qui se creuse si souvent entre les êtres humains, de comprendre l’incompréhension… Le point faible de cet optimisme entêté, c’est le refus de reconnaître qu’il existe en effet des divergences insolubles, des tensions insolubles, d’accepter que malgré toute notre bonne volonté nous ne pouvons pas corriger tout ce qui a mal tourné, terriblement mal tourné…right_guillemet_trans

Douglas Kennedy, « Quitter le monde », 2009, Belfond, p. 287

Nous sommes tous des aveugles à l’intérieur d’une boîte noire

Le 12 janvier 2002, je démarrais un cursus de développement personnel qui allait durer deux années, lesquelles comptent encore aujourd’hui parmi les plus importantes de ma vie. Ce jour-là, nous étions une vingtaine d’inconnus réunis autour d’une animatrice qui nous expliquait (entre autres) que le développement personnel est une chose qui permet à chacun d’entre nous de devenir plus tolérant.

Ben tout de même, si j’avais besoin d’être plus tolérant, je m’en serais rendu compte, non …?

« Tolérant ? Quel besoin ai-je de devenir plus tolérant ? Je n’ai pour ma part aucun problème avec la tolérance. La preuve : lorsque je dépose un bulletin de vote dans une urne, je ne donne jamais mes suffrages aux candidats populistes ! »

…Voilà ce que je me souviens fort bien avoir pensé à ce moment-là, sans rire. Par la suite, les occasions de me remémorer cet épisode en étant rouge de confusion ont n’ont pas manqué. Elles ont été fort nombreuses et riches d’enseignements, je n’ai pas peur de l’avouer.

En effet, chacun d’entre nous estime le plus souvent être tout naturellement pourvu d’une espèce de « juste milieu » en matière de tolérance, comme il en va de même à propos de nombreux autres sujets. Oui, j’écris « juste milieu » parce que, n’est-ce pas, il ne faut pas exagérer non plus, pas vrai ?

« Ah, ces américains… »

Prenons un exemple de flagrant délit d’intolérance ordinaire : combien de fois n’ai-je pas entendu proférer de jugements définitifs et à l’emporte-pièce à propos des américains (comprenez « états-uniens ») ? En effet, il m’est arrivé d’entendre certaines personnes affirmer tranquillement et sans faire dans la dentelle que « Les américains sont ceci… les américains sont cela… ». Et quand je m’en étonne, en demandant « …Ah bon, TOUS les américains ? », mes interlocuteurs me regardent en général d’un air désolé, comme s’ils avaient affaire à un non comprenant, et admettent du bout des lèvres que certes, il « y en a des bien », mais que bon, ce n’est certes pas le cas de la majorité sinon « ça se saurait »

Le pire, c’est que ces tristes sires ne se rendent même pas compte qu’il suffirait de reprendre leurs propres paroles, sans en changer une virgule, sauf à troquer « américains » par un bon nombre d’autres nationalités ou ethnies pour les faire hurler au loup, et les propulser derechef dans une forme d’activisme contre l’intolérance et l’étroitesse d’esprit qui, décidément, gangrènent de plus en plus les esprits par les temps qui courent, ma pauvre dame…

Ah… si seulement vous connaissiez le mien…

Will

Le plus drôle c’est qu’il se trouve que j’ai précisément en stock (…que l’intéressé veuille bien me pardonner cette affectueuse familiarité) un américain qui se trouve justement être une des personnes les plus tolérantes de ma connaissance. Mieux : ce garçon fait souvent preuve d’un rare mélange d’intelligence, de sensibilité et de hauteur de vue qui force le respect. Et je ne vous dis rien de sa gentillesse.

Permettez-moi de vous présenter Will, donc. Will est un retraité américain qui a exercé la profession de sociologue pensant sa vie active. Il vit aujourd’hui en France, à Toulouse, depuis déjà pas mal d’années. Il consacre une grande partie de ses loisirs à l’entretien et au pilotage d’un avion minuscule absolument hallucinant (genre de « voiture sans permis » des airs, si vous voulez). Il passe également beaucoup de temps dans diverses lectures, ainsi que sur le net, où il se documente sur tout un tas de sujets (dont la moitié m’échappe totalement 🙂 ).

Une newsletter qui est aussi une pépite

Régulièrement, Will expédie à une brochette de compatriotes avec lesquels il a gardé le contact un mail (sorte de newsletter, si on veut) dans lequel il note ses propres impressions sur divers sujets concernant notre pays, nos mœurs, l’actualité internationale, ou encore d’une manière générale tout ce qui est dans l’air du temps ou lui vient à l’esprit…

Et il se trouve qu’à ma demande Will m’a fait l’amitié de me compter parmi les destinataires de sa newsletter, dont j’apprécie beaucoup chaque livraison, et qui à mes yeux donne un éclairage souvent révélateur sur un grand nombre de nos travers, petits et grands. J’aimerais tellement que cette newsletter se transforme un jour en blog, afin qu’elle puisse être lue par une audience beaucoup plus large… mais pour l’instant l’intéressé (à qui j’ai timidement suggéré de le faire) se trouve très bien ainsi (que pouvons-nous y faire ? A mon avis, pas grand-chose… tant pis pour nous, donc !).

Le tout dernier numéro est un collector !

La dernière livraison de Will m’a particulièrement frappé. Car c’est tout simplement une perle du genre, à tel point que je n’ai pas pu résister au plaisir d’en faire une traduction en français, pour pouvoir la faire figurer au milieu de ces lignes et vous en faire ainsi profiter. Ayant obtenu son accord, je propose donc sans plus attendre que nous lui laissions la parole.


Le texte de Will :

Bonjour. Il y a quelques mois lors d’une fête d’anniversaire donnée à Paris pour une cousine par alliance, j’ai fait la connaissance d’un universitaire aveugle. J’ai apprécié de rencontrer Jacques parce qu’il a fait des recherches considérables dans l’action non violente en Europe et ailleurs. J’ai aussi appris qu’il a eu une activité de chercheur post doctoral avec un groupe associé à Gene Sharp, à Harvard.

Je possède toute une collection de livres de Gene, avec qui j’ai échangé plusieurs e-mails. J’ai même encouragé son Institution Albert Einstein. Son site Web, plusieurs publications et ateliers proposent des conseils pratiques sur les tactiques et les stratégies de l’action non violente à destination de nombreuses organisations à travers le monde, et plus particulièrement les soulèvements en Europe de l’Est après la chute de l’Union Soviétique et les printemps arabes, mais aussi pour des groupes comme « occupy ».

Le voyage de Jacques à travers la cécité

Depuis cette soirée, j’ai acheté l’autobiographie de Jacques, dans laquelle il détaille son voyage à travers la cécité. Il a en effet appris dès l’adolescence que sa vue baissait au point qu’il deviendrait aveugle un jour, mais on ne savait pas combien de temps le processus durerait. En tant qu’universitaire, Jacques se mit à réfléchir sur ce qui se passait pour lui au fil des années. Il avait la fin de la trentaine quand il a fini par perdre complètement la vue.

Au milieu du livre, Jacques déclare qu’il n’aime pas le mot « handicapé ». Comme il le souligne, c’est un terme assez vide de sens quand il est employé en dehors d’un contexte précis. En effet, nous sommes tous « handicapés » d’une manière ou d’une autre à différents moments. Pour ma part, j’étais – par exemple – très handicapé au niveau de la langue française à mon arrivée en France.

Où il est question d’une boîte noire…

Plus loin dans le livre, Jacques décrit sa cécité croissante en expliquant que c’est un peu comme « vivre dans une boîte ». Comme il ne peut pas voir, il ne sait souvent pas ce qui existe de l’autre côté des murs noirs et vides qui l’entourent. Des choses aussi simples que le fait de voir les gestes du corps des gens et leurs expressions faciales, lesquelles nous donnent autant d’indices pour déterminer le véritable sens d’une parole, sont comme « en dehors de la boîte » pour Jacques.

C’est pareil pour nous !

Alors que je repensais à la situation de Jacques, j’ai pris conscience de ceci : d’une certaine façon, ce que Jacques vit et décrit se vérifie bel et bien pour chacun d’entre nous tous dans un grand nombre de circonstances. Le parcours et le penchant, disons « académique » de Jacques lui procurent d’une certaine manière une conscience accrue de l’expérience et de ses implications, par rapport à la plupart d’entre nous. J’ai été enchanté de découvrir à la fin du livre que Jacques fait un lien entre son expérience progressive de la cécité et l’expérience consistant à vivre dans une nouvelle culture (mon expérience, en fait).

Nous vivons tous dans des boîtes culturelles qui nous empêchent de voir les pans entiers de la réalité qui nous entoure, mais la plupart d’entre nous ne sommes jamais conscients de l’existence même de ces boîtes. Nous ne savons pour ainsi dire jamais à quel point la simple capacité de voir nous rend pour ainsi dire « aveugles » à d’autres types d’expériences. Il en va de même pour la manière dont la cécité permet d’ouvrir les portes à d’autres aspects de la réalité : les odeurs, les sons et le toucher constituent tout autant de moyens d’augmenter notre perception et notre mémoire. De la même façon, le fait de découvrir une autre culture permet de prendre conscience d’un certain nombre de « boîtes culturelles » et ouvre les portes à d’autres façons de voir, d’entendre et de sentir.

Devenir français…

Tout comme Jacques a beaucoup appris de son expérience en devenant aveugle, j’ai de mon côté beaucoup appris de l’expérience consistant à « devenir français ». Jacques est devenu plus conscient des boîtes qui limitent toutes nos perceptions, et, dans sa prise de conscience, il s’est trouvé en mesure de repousser les murs de certains de ces boîtes. C’est l’avantage d’une vie consacrée à la réflexion.

Faut-il être stupide, égoïste et muet pour être heureux ?

On entend parfois dire qu’être « stupide, égoïste et muet » résume les trois conditions essentielles au bonheur, ou encore que « l’ignorance est une bénédiction », mais le monde et la vie ont beaucoup plus à offrir à ceux qui, comme Jacques, prennent conscience de leurs propres limites et travaillent à repousser les bords de leurs propres boîtes. Nous ne pourrons jamais échapper aux boîtes, mais nous pouvons jeter un coup d’œil sur les bords et tâcher d’en repousser les murs.

Profitez des merveilles de vos boîtes, mais jetez aussi un œil sur les bords de temps en temps, et, ce faisant, devenez un peu plus conscients de l’infinie beauté de l’univers.

Ces fameuses croyances limitantes : le top 10

La liberté n'a pas de limites...

Bonjour,

Voilà maintenant longtemps que je vous parle de croyances limitantes. Leur appellation complète est « croyances limitantes sur soi-même ». Nous les connaissons bien, et savons à quel point elles peuvent nous pourrir la vie. Or, jusqu’ici, l’idée d’en faire un inventaire ou d’en dresser une liste ne m’était jamais venue…

Mais aujourd’hui je suis tombé sur un article de blog que j’aimerais bien vous faire partager. Il s’agit d’une proposition de « Top 10 des croyances limitantes ». Voici cette liste…

C’est dangereux d’essayer quelque chose de nouveau…

Je suis trop vieux pour apprendre quoi que ce soit…

Je ne suis pas assez créatif pour réussir…

Je n’ai pas le droit à l’erreur…

Pour mériter ce que je veux, je dois souffrir…

Si je réussis ce que j’entreprends, je ne serai plus le/la même…

Je suis trop timide pour rencontrer quelqu’un…

C’est du regard des autres que dépend mon épanouissement ou mon malaise…

Je ne suis pas capable de réaliser ce projet …

Je suis comme je suis. C’est trop tard pour changer.

Vitesse limitée : l'infini !Ajoutons que le concept de croyance limitante y est très bien explicité, et que chacune de ces dix croyances a droit à son petit texte explicatif, ainsi qu’à une proposition de « question qu’on peut se poser (…ou poser à autrui, dans le cadre d’une relation d’aide) pour réfléchir au moyen d’en sortir ». Normal, l’auteur (Christophe Peiffer) est un coach professionnel chevronné.

Le lien se trouve ci-dessous :

http://www.leblogdesrapportshumains.fr/top-10-des-croyances-limitantes-sur-soi-meme/

Bien entendu, je vous invite à en profiter pour fouiner un peu partout (comme je l’ai fait) sur ce blog plein de ressources…

Bonne  lecture !

Bien à vous,

Bernard

Apprendre mieux : pédagogie et développement personnel font-ils bon ménage ? (1/2)

Cet article est le plus récemment paru dans le dossier « Apprendre mieux ? » publié sur ce blog. Pour un accès aux articles précédents, voir les liens ci-dessous :

Apprendre mieux ? (découverte de la grande galaxie du Mieux-Apprendre)
Apprendre mieux ? Épisode 2 : Les grands principes
Apprendre mieux ? Épisode 3 : Vous avez une mémoire extraordinaire !

Comment sortir de la bouteille

L’éducation est une épée à double tranchant. Elle peut devenir dangereuse si elle n’est pas maniée correctement. (Wu Ting-Fang)

Comme nous commençons à le voir, le mieux-apprendre est tout sauf une science. Cette « discipline pédagogique de l’action » repose plutôt sur le bon sens, mais aussi sur notre propre capacité à oser nous remettre en question et tenter quelque chose de nouveau. Il est aisé de comprendre que sur ce registre-là, le développement personnel (pfffft…. encore un truc aux contours pas toujours très précis, encore une galaxie, quoi… :-)), bien que complètement « déconnecté » du mieux-apprendre à proprement parler, peut avoir un rôle essentiel à jouer dans une pareille démarche. Étant donné que ce fut mon cas, et que j’en ai retiré un énorme bénéfice, je n’hésite pas à développer ce sujet ici (…que les éventuels puristes des deux galaxies en question daignent me pardonner).

Être au clair avec nos propres croyances et nos propres émotions

Il est aisé de remarquer qu’une grande partie du succès ou de l’échec d’une démarche d’apprentissage tient aux représentations mentales que les uns et les autres se font de l’apprendre, de « l’idée qu’ils s’en font », en quelque sorte. L’acte d’enseigner, de former, n’étant pas de tout repos (…certains d’entre vous l’ont peut-être déjà remarqué 🙂), il est naturel qu’en pareil cas nous ne mettions pas toujours le plus grand empressement à sortir du connu pour aller vers ce qui ne l’est pas…

En outre, pour accepter ne serait-ce que l’idée d’apprendre (dans le sens « enseigner ») en s’amusant (…ce qui, rappelons-le, fait partie des fondamentaux du mieux-apprendre), il est indispensable d’être au clair avec nos propres croyances et émotions. En général, plus on possède un bagage intellectuel conséquent, plus on est en mesure d’invoquer – à juste titre – de raisons pour expliquer que notre propre conduite ne doit pas se laisser guider par nos émotions.

Les croyances limitantes, ça limite, mais d’un autre côté, les croyances portantes, ça porte… 🙂

J’ai abordé plusieurs fois ici la notion de « croyance », en particulier pour ce qui concerne les croyances en nos propres capacités (j’ai parlé de croyances limitantes). Nous savons qu’une croyance limitante a pour effet de diminuer de facto nos performances dans la matière étudiée. Mais il faut également bien considérer qu’à l’inverse, une croyance diamétralement  opposée (qu’on peut appeler croyance portante) aura pour effet… de les augmenter ! En d’autre termes, nous ne savons jamais avec exactitude jusqu’où nous pouvons aller, mais ce qui est sûr, c’est que si nous « n’y croyons pas », nous irons moins loin… et que si nous « y croyons », nous irons plus loin ! D’où les nombreux aphorismes du style « Ils ne savaient pas que c’était impossible, du coup ils l’ont fait ».

Les émotions sont de très mauvais maîtres, mais…

Quant aux émotions, si nous savons tous instinctivement qu’elles sont de très mauvais maîtres, on ignore parfois – jetant inconsidérément le bébé avec l’eau du bain – à quel point elles peuvent se révéler d’excellents auxiliaires, à condition toutefois que nous ayons acquis une capacité à « arbitrer » de manière satisfaisante nos éventuels conflits intérieurs en la matière. Faute de quoi la solution – et c’est bien compréhensible – que nous adoptons le plus souvent consiste tout simplement à nous couper purement et simplement de nos émotions pendant l’exercice de nos fonctions (ce qui me paraît dommageable pour tout le monde, surtout en situation de formation, que ce soit pour le formateur ou pour l’apprenant). Or, on sait confusément qu’il est illusoire de vouloir les accrocher, ces satanées émotions, au mur, à côté de notre manteau en arrivant le matin, pour les récupérer le soir en partant. Mais bon, faute de mieux, on fait comme si…

Se couper de ses émotions, est-ce rédhibitoire ?

Celui qui « se coupe de ses émotions »  pourra peut-être accéder à toutes les connaissances livresques et théoriques qu’il voudra (…dans des cas pas si isolés que ça, ce sera même pour lui un salvateur refuge), mais il prendra – de ce fait – le risque de passer à côté de phénomènes (beaucoup plus nombreux qu’il n’y paraît) se prêtant peu, voire pas du tout à l’analyse intellectuelle. Et il passera – vis-à-vis de ses éventuels amis moins lettrés que lui – comme quelqu’un de très brillant, et même, si ça se trouve, je sais pas moi, peut-être pour un expert de la méta-cognition (…rires dans l’assistance), mais en même temps, ce faisant, il risque fort d’être perçu comme quelqu’un « qui passe à côté de l’essentiel », ce qui ne manquera d’ailleurs pas de l’irriter au plus haut point. L’évidence, pas plus que l’essentiel, ne se prêtant volontiers à l’explication (« si tu ne comprends pas ce qui est évident, nous ne pouvons rien pour toi ») nous nous dirigeons encore vers un dialogue de sourds, et notre fameux lettré, déconfit et frustré par cet état de choses, n’aura de cesse que de se réfugier auprès de ses pairs, nettement plus « civilisés » que tous les goujats qui « refusent le dialogue » !

L’histoire d’un formateur en informatique qui rêvait de donner des cours de ressources humaines…

rêveJe me souviens très bien qu’il y a bien longtemps, alors que j’étais un jeune formateur en informatique, très à l’aise dans le domaine de « la logique », du « démontrable »,du «  factuel »… j’étais en même temps très intrigué et très attiré par le contenu de tous les catalogues de stages de formation tournant autour des ressources humaines, de l’animation et du management d’équipe, et plus généralement du comportement. Je me demandais bien à partir de quoi on pouvait arriver à dire quoi que ce soit de pertinent… et – surtout – faire face aux attentes et réactions des participants, sur des sujets aussi vastes que la manière de communiquer en situation difficile ou hostile, l’accompagnement au changement, la gestion de son propre stress, la prise en compte de celui des autres, les attitudes appropriées en situation d’entretien, de réunion, de conflit, la préparation de sa retraite, la dynamisation des équipes, le renforcement de sa propre performance managériale, l’animation d’une équipe de travail en situation non hiérarchique, ou à distance, et j’en passe…

Dis-moi, cher ami, comment fais-tu, toi ?

A un de mes amis, qui exerçait cette activité (et semblait d’ailleurs s’en tirer parfaitement indemne), je me souviens même m’être ouvert de mon attirance pour ces sujets, et en même temps de l’angoisse qu’ils suscitaient en moi. Par exemple je me souviens parfaitement avoir formulé mes craintes d’alors à peu près en ces termes : « Comment diable pourrais-je me passer de la présence physique des ordinateurs, présence qui m’a toujours rassuré lorsque un de mes participants, manifestant des états d’âme inattendus, semblait vouloir amener le groupe vers des rivages ne faisant pas vraiment partie du programme prévu… comment, disais-je, imaginer pouvoir me passer de cette présence si salvatrice pour moi (…celle des ordinateurs), puisqu’il m’a toujours suffi d’un effort minime, parfois d’un simple geste désignant les ordinateurs de la salle, pour que les choses rentrent très vite dans l’ordre, parfois à ma grande surprise, et – toujours – pour mon plus vif soulagement ? »

 

S’il vous manque un élément… inventez-le !

Capturons nos rêves…

…Après avoir entendu le récit de mes inquiétudes d’alors, mon ami  éclaté d’un rire sonore, puis m’a répondu quelque-chose dans ce goût-là : « Eh bien, qu’à cela ne tienne, si tu n’as plus d’ordinateur dans ta salle pour te rassurer, tu n’auras qu’à t’en inventer un et faire comme s’il y était ! Pour y arriver facilement, va donc suivre une formation en développement personnel, et si c’est bien fait, tu verras, tout marchera comme sur des roulettes ! ».

Sur le moment j’ai trouvé cette idée totalement incongrue… et pourtant, j’ai mis un point d’honneur à suivre le même cursus de développement personnel que mon ami (en effet, j’avais entièrement confiance en son témoignage… Du coup, j’en ai pris pour deux ans, à raison d’un weekend par mois !). Et je suis en mesure d’affirmer aujourd’hui qu’entre ça et je ne sais quelle démarche épistémologique (je pouffe…) il n’y a vraiment pas photo pour qui veut vraiment apprendre à « retomber sur ses pattes »…

Tout est dans la tête…

Par la suite, l’expérience m’a montré qu’effectivement TOUT était dans ma tête, et que j’étais en quelque sorte « mon pire ennemi » à chaque fois qu’il s’agissait d’adopter des postures, des attitudes, ou des comportements… auxquels je ne parvenais pas.

Peut-être ai-je eu besoin quelque temps d’imaginer la présence d’un ordinateur lors des premières interventions en communication (que j’ai dispensées par la suite, quelques années plus tard, et que je continue à dispenser aujourd’hui) ? Très franchement je ne m’en souviens plus. Il est probable que non.

Car la formation en développement personnel que j’ai suivie, donc, m’a également montré que j’avais également un meilleur ami… et que là aussi il s’agissait… de moi-même ! La différence c’est que maintenant j’ai beaucoup plus de choix ! Libre de suivre les injonctions de mon pire ennemi ou de mon meilleur ami, il m’arrive rarement d’hésiter. Je peux donc désormais maîtriser un éventail de situations infiniment plus grand qu’à l’époque. Encore une fois, il n’y a pas photo, pour moi c’est donc « Merci le développement personnel ! »

Comment peut-on présenter le développement personnel ?

Défini par certains sociologues comme un « bricolage » syncrétique de pratiques et de croyances (sic !), le développement personnel vise à harmoniser les rapports du conscient avec l’inconscient et ayant pour but le développement de la personnalité de l’individu pour une meilleure connaissance de soi, des autres, et des mécanismes de relations interpersonnelles. Il a favorisé l’émergence du concept de « scénario de vie », qu’il définit comme une approche personnelle de la vie, où chacun peut se forger sa  propre image de soi et sa manière de faire face aux problèmes. Ce concept  a été repris par plusieurs  théories managériales (avec le MBTI) qui l’ont traduit (avec plus ou moins de bonheur) par la recherche d’un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

équilibre de vie

Tout en puisant ses origines chez des psychanalystes (notamment Carl Gustav Jung et Alfred Adler), le développement personnel se place dans une optique résolument pragmatique, à l’anglo-saxonne : Plutôt que d’entrer dans une (parfois très longue ) période d’analyse introspective (un peu comme on entre en religion), le développement personnel  nous permet plus prosaïquement de modifier, parmi  nos habitudes, représentations et schémas de comportement, ceux que nous jugeons inadaptés (…aux autres, au contexte, aux circonstances, que sais-je encore ?).

Quels concepts abordés (et surtout travaillés) en développement personnel peuvent-ils être utiles en situation d’enseignement et d’apprentissage ?

Un éléphant ça peut aider...

Là aussi, je donnerai une liste forcément subjective, et forcément incomplète…

Les croyances Elles tournent autour de tout ce qui nous permet ou nous interdit de faire quelque chose.
La confiance en soi Un cuisant déficit chez beaucoup d’entre nous… Si nous n’en sommes pas suffisamment pourvus, nos apprenants le sentent forcément ! Comment pouvons-nous prétendre les aider efficacement, dans ces conditions-là ?
Les facultés sensorielles : auditives, kinesthésiques (le toucher), gustatives, olfactives Leur étude nous montre à quel point chacun de nous perçoit la réalité d’une manière qui lui est propre (d’où des notions telles que les intelligences multiples, ou le « mode préférentiel d’apprentissage »…)
Les métaphores D’une puissance extraordinaire (parce que s’adressant directement à nos perceptions), elles sont à la base même de toute activité pédagogique.
La communication interpersonnelle Savoir décortiquer son fonctionnement permet incontestablement d’être beaucoup plus efficace, notamment par les techniques d’écoute active et de reformulation.
La congruence Correspondance exacte entre l’expérience et la prise de conscience (…cohérence interne, si on veut)
La gestion des objectifs personnels Pour mettre en place des stratégies qui tiennent la route
La gestion du changement Ou comment progresser sans se renier…
Les pièges du langage Nous accordons à la parole des vertus magiques… pour le meilleur, mais aussi pour le pire !
La ligne du temps Nos différentes façons de gérer et cadrer le temps
Éléments de dynamique des groupes Étude de plusieurs mécanismes courants (comme celui de la pression de conformité)
Les émotions Très mauvais maîtres, mais excellents auxiliaires, comme on l’a vu…

Citons quelques méthodes…

On peut aujourd’hui dénombrer les méthodes de développement par dizaines (faisant un choix forcément subjectif, je citerai simplement ici l’analyse transactionnelle, l’art-thérapie, le coaching, la communication non violente, l’ennéagramme, l’hypnose, la méthode Coué, la programmation neurolinguistique, le qi gong, la relaxation, le rêve éveillé, la scénothérapie, la sophrologie, le training autogène et le yoga).

Bon. C’est bien gentil tout ça, mais que choisir ? Et que faut-il éviter ?

J’imagine qu’à ce stade, une personne intéressée par tout ça ne saura pas forcément « par quel bout l’attraper »… ce qui est parfaitement compréhensible 🙂

Surtout que ces techniques (et leurs inévitables débordements) charrient inévitablement avec elles comme une odeur de soufre, tant il est vrai que dans l’imaginaire collectif, on y associe souvent des histoires de manipulation, ou de dérives sectaires, de gourous… parfois à juste titre !

Manipulations

Encore une fois, gardons-nous bien de jeter le bébé avec l’eau du bain. Pour comprendre comment tout cela fonctionne, prenons un exemple qui vous surprendra peut-être, celui des pédophiles : on sait que ceux-ci sont naturellement enclins à choisir des activités – ou même une profession – les mettant en contact avec les enfants. D’où le syllogisme courant : La plupart des pédophiles travaillant avec la petite enfance, certaines personnes en concluent un peu hâtivement que la plupart des travailleurs de la petite enfance seraient pédophiles (?!), sur le modèle archi-connu de « Tous les chats sont mortels. Or Socrate est mortel, donc Socrate est un chat ».

Eh bien il en va de même avec la question du développement personnel et des gourous. Il est évident que tout gourou qui se respecte (…façon de parler, hein ?) ira tôt ou tard s’intéresser aux techniques de développement personnel ! De là à en conclure que « ça marche dans les deux sens », c’est aller un peu vite en besogne. Mieux, même : Plus nous serons nombreux à connaître ces techniques-là, plus nous serons armés pour nous défendre (et défendre les nôtres) contre les manipulateurs et les gourous. Par exemple, je peux vous dire que lorsque l’occasion m’en est donnée, j’assiste toujours avec une joie sans mélange aux joutes oratoires auxquelles les hommes politiques aiment tant se livrer sur les médias audiovisuels… incontestablement, ils ont été abreuvés à des sources que je peux très souvent identifier, et je suis très heureux de pouvoir ainsi décrypter nombre de leurs mécanismes… Plus nous serons nombreux à le faire, et mieux ce sera, ne serait-ce que pour des « raisons démocratiques » !

Voilà. Si après ces lignes, vous êtes toujours tentés par la question de savoir comment vous initier à tout ça, je me propose de vous amener des billes sur cette question, mais aussi sur les points communs (…car il y en a ! ) qu’on peut trouver  – du moins de mon point de vue – à la plupart des techniques de développement personnel, et ceci dans le prochain article à paraître ici.

Bien à vous,

Bernard

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Isabelle Quentin

Usages, numérique, éducation, réseaux d'enseignants, MOOC

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